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Chronique d'une mort annoncée trop tôt

Ce texte est une version remaniée d'un article publié dans le numéro de juin 2009 de la revue Options politiques

Catherine Cano - Présidente de Canovision, cabinet-conseil en médias et gestion stratégique  10 juillet 2009 
Je sais bien que je ne suis pas l'exemple type de la consommatrice de télévision moyenne puisque je travaille dans ce domaine depuis plus de 20 ans. Mais chaque fois que j'entends des experts en prédire la fin, je souris.

Rassurons-nous, le médium ne disparaîtra pas, mais l'industrie vit des bouleversements majeurs, et ce, sur quatre plans: le plan technologique, le commercial, celui du contenu et celui de l'utilisateur, dorénavant devenu roi et maître. Les habitudes d'écoute sont en transition. Pour le moment, la télévision demeure favorisée, mais la tendance est inquiétante, particulièrement en information.

Le plus important changement, et de là le premier grand défi pour la télévision, est la transition vers Internet. Les adolescents grandissent aujourd'hui avec un ordinateur et ne regardent plus la télévision, ou très peu. Les sources d'information sont multiples, particulièrement sur Internet où il est également possible de télécharger la plupart des émissions de télévision.

Ce changement fondamental pour une culture «sur demande» s'opère depuis déjà quelques années. Les consommateurs veulent non seulement choisir le médium et le contenu qui les intéressent, mais ils ne souhaitent plus se faire imposer le moment de la diffusion. Plus encore, ils aiment le fait de partager des articles avec leurs amis, ce qu'ils peuvent faire avec Internet.

Pour le moment, la plupart des télédiffuseurs se contentent de transférer sur leurs sites Internet la même programmation que celle présentée en ondes, ce qui permet aux internautes de visionner les émissions en tout temps. Ce contenu, même s'il est parfois modifié, est peu souvent original ou interactif, la plupart des grands réseaux n'ayant pas encore procédé à une réelle intégration des secteurs de la télévision et d'Internet. La réalité est pourtant incontournable: le citoyen désireux de participer se détache des médias traditionnels et est en constante mouvance entre les plateformes (Internet, radio, télévision, cellulaire, etc.).

Les technologies sont responsables de ce développement qui encourage la participation des citoyens. À titre d'exemple, le prix d'une production est de plus en plus abordable, et il est plus facile d'offrir au citoyen, confortablement installé dans son salon, la chance de contribuer au contenu. Même si ce n'est pas encore la norme, de plus en plus de vidéos réalisées par le public attirent un large auditoire.

Cette notion de démocratisation, plutôt alléchante, comporte toutefois une grande part de responsabilités. Dans un environnement où l'information est surabondante et disponible à la vitesse de l'éclair, où le citoyen devient journaliste-témoin et où les médias décident d'établir une nouvelle relation avec les citoyens, le journalisme doit primer.

L'apport citoyen pourrait certes immensément enrichir les contenus, mais l'information doit néanmoins être rigoureusement vérifiée. Il ne s'agit pas de faciliter l'expression populaire sans y apposer un droit de regard. Les médias traditionnels ont un devoir de préserver leur crédibilité et de demeurer les gardiens de l'objectivité et de la véracité. Être à l'écoute du citoyen ne signifie pas qu'il faille abdiquer notre rôle d'informer et d'éduquer.

Le développement de l'information se fait à l'heure actuelle de façon horizontale. C'est-à-dire qu'un même contenu est offert aux différentes plateformes ou aux différents systèmes de distribution. Les médias devraient plutôt valoriser une approche verticale et développer des contenus plus approfondis, et ce, à travers le journalisme d'enquête et spécialisé. C'est là que les télédiffuseurs se font piéger. Les télédiffuseurs doivent surtout comprendre que la génération des YouTube et des réseaux sociaux tels MySpace, Facebook et Twitter, habituée à réagir et à interagir, ne s'identifie plus aux médias traditionnels et à leur contenu.

De fait, la méconnaissance de l'auditoire est l'obstacle principal auquel la télévision et ses artisans font face. Entre autres choses, on accuse cet auditoire d'être devenu nombriliste, hyperactif et désintéressé. Par conséquent, la couverture de proximité est à la mode, mais se limite au sens géographique. La durée des contenus continue de raccourcir, au point où la notion de contexte est exclue de tout reportage. La quantité et la répétition prévalent sur la réflexion et la profondeur. Enfin, la popularité des réseaux de télévision d'opinion du style de Fox News justifie le culte de la personnalité et les points de vue extrêmes.

À la défense des artisans de la télévision, l'environnement médiatique actuel est devenu presque intenable. Le défi est de taille: la multiplication des plateformes ajoute aux tâches des artisans en même temps que les ressources sont coupées. La présente récession économique a pour effet de diminuer considérablement les revenus publicitaires, nuisant ainsi à la capacité des médias de produire des contenus originaux de qualité. De fait, les effets de cette situation sont si importants que la structure même des réseaux est menacée par la mise à pied d'un bon nombre d'artisans et l'arrêt de productions. La télévision, toute l'industrie des médias est pratiquement en chute libre. Plus de 10 000 journalistes ont perdu leur emploi depuis le début de l'année au pays et partout dans le monde.

La télévision est prise dans une sérieuse impasse. Le paysage médiatique changeant a le potentiel d'être garant de son avenir, mais l'instabilité économique vient assombrir cette perspective. Selon une récente recherche du magazine L'actualité, le journalisme ne figure pas parmi les 100 métiers qui sont les plus payants et qui ont le plus d'avenir. Par contre, on trouve le métier de programmeur et de développeur en médias interactifs au 67e rang. La télévision survivra, et sa contribution à la société restera possible tant et aussi longtemps qu'elle saura attirer ceux qui l'aideront à se réinventer.
 
 
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