Démission du député de Rousseau - Cher François...
Bernard Landry - Ex-premier ministre du Québec
9 juillet 2009
Il y a dix ans tu es venu m'apprendre à Verchères que tu te joignais à notre équipe pour faire l'indépendance et mieux gouverner le Québec. Dans les mêmes lieux, j'ai appris par les médias que tu quittais la vie publique.
Si ton arrivée dans nos rangs m'avait rempli de joie, inutile de préciser que ton départ a eu l'effet inverse. C'est une très mauvaise nouvelle pour la démocratie québécoise, le Parti québécois et la cause indépendantiste. Je comprends ta décision et la respecte; je ne suis pas placé pour te faire la leçon, surtout que tu es le premier à être venu me dire ce fameux soir de juin 2005 que je devais reconsidérer ma décision de partir.
Précieux services
Ton passage à l'Assemblée nationale comme au gouvernement a été extrêmement fécond. Tu as été excellent dans l'opposition, ce qui est une chose. Mais par l'exercice du pouvoir, dans des missions extrêmement difficiles, tu as rendu à notre nation de très précieux services: répartition des effectifs médicaux, groupes de médecine familiale, contrats de performance universitaire, etc. Sans compter tes efforts louables pour respecter la discipline de parti, ce qui n'était pas forcément dans ta nature!
Et tout cela accompagné d'un zèle inlassable pour la cause de l'indépendance nationale, qui est restée au centre de ton engagement. Tu as contribué puissamment à la définition de notre projet de pays et à l'esquisse de son premier budget.
Au service de la démocratie
J'espère que ton départ aura des effets positifs, même s'il est regrettable. Tu donnes en partant une sorte de coup de poing sur les tables du cynisme et de la fatalité. Le métier politique est difficile à assumer et le traitement médiatique souvent sommaire qu'on lui réserve n'est pas sans lien avec son invraisemblable discrédit populaire. En te voyant partir, il est à souhaiter que l'on réfléchisse à tes mérites et à ceux des personnes qui consacrent leur vie au service de la démocratie.
Tu as aussi, en partant, lancé un avertissement crucial auquel je souscris, comme la plupart des analystes réalistes. Notre Québec est en danger pour des raisons mathématiques implacables, puisque liées à la démographie. Les jeunes d'aujourd'hui auront sur les épaules, en raison de la dette accumulée, il est vrai, mais surtout à cause du vieillissement de la population, un fardeau beaucoup plus lourd que celui que les générations antérieures ont eu à supporter.
Ils devront générer deux fois plus de valeur par heure travaillée pour simplement maintenir leur niveau de vie tout en soutenant solidairement les inactifs, jeunes et vieux. Travailler deux fois plus d'heures serait évidemment contre-productif et inacceptable humainement et socialement.
La productivité
Les solutions ne sont donc pas nombreuses, elles s'articulent autour d'une notion qui doit faire l'unanimité: la productivité. Et elle ne s'obtient pas en abusant de la main-d'oeuvre, bien au contraire. Elle est le fruit de l'éducation, de la science, de la technologie, de la recherche et du développement et de l'investissement dans l'équipement sophistiqué requis. Le travail sera même beaucoup moins pénible qu'avec plusieurs des anciens procédés et beaucoup plus lucratif.
Tourner le dos au textile a été une épreuve pénible pour les travailleurs touchés, mais les emplois qu'ils ont perdus étaient rémunérés à environ 10 $ l'heure. Il faut aller le plus rapidement et le plus massivement possible vers des heures qui rapportent en moyenne le triple et le quadruple. Si nous réussissons cela — et nous le pouvons après ce que nous avons réussi à faire depuis 1960 —, le Québec de nos enfants sera encore meilleur que celui que nous avons connu.
Tout cela n'a rien à voir avec quelque rigidité idéologique de droite ou de gauche. C'est comme pour l'indépendance nationale: elle n'est en soi ni à droite ni à gauche, elle est en avant et basée sur la rationalité.
Mon cher François, je ne sais pas ce que tu feras maintenant et à l'avenir. J'ai la certitude que d'une manière ou d'une autre, tu serviras la nation. Dans l'immédiat, tu pourrais être très utile en donnant des conférences, devant les jeunes en particulier. Ils ont besoin d'un tel message. Je peux t'assurer d'expérience que c'est en plus très agréable et stimulant. Amicalement.
Si ton arrivée dans nos rangs m'avait rempli de joie, inutile de préciser que ton départ a eu l'effet inverse. C'est une très mauvaise nouvelle pour la démocratie québécoise, le Parti québécois et la cause indépendantiste. Je comprends ta décision et la respecte; je ne suis pas placé pour te faire la leçon, surtout que tu es le premier à être venu me dire ce fameux soir de juin 2005 que je devais reconsidérer ma décision de partir.
Précieux services
Ton passage à l'Assemblée nationale comme au gouvernement a été extrêmement fécond. Tu as été excellent dans l'opposition, ce qui est une chose. Mais par l'exercice du pouvoir, dans des missions extrêmement difficiles, tu as rendu à notre nation de très précieux services: répartition des effectifs médicaux, groupes de médecine familiale, contrats de performance universitaire, etc. Sans compter tes efforts louables pour respecter la discipline de parti, ce qui n'était pas forcément dans ta nature!
Et tout cela accompagné d'un zèle inlassable pour la cause de l'indépendance nationale, qui est restée au centre de ton engagement. Tu as contribué puissamment à la définition de notre projet de pays et à l'esquisse de son premier budget.
Au service de la démocratie
J'espère que ton départ aura des effets positifs, même s'il est regrettable. Tu donnes en partant une sorte de coup de poing sur les tables du cynisme et de la fatalité. Le métier politique est difficile à assumer et le traitement médiatique souvent sommaire qu'on lui réserve n'est pas sans lien avec son invraisemblable discrédit populaire. En te voyant partir, il est à souhaiter que l'on réfléchisse à tes mérites et à ceux des personnes qui consacrent leur vie au service de la démocratie.
Tu as aussi, en partant, lancé un avertissement crucial auquel je souscris, comme la plupart des analystes réalistes. Notre Québec est en danger pour des raisons mathématiques implacables, puisque liées à la démographie. Les jeunes d'aujourd'hui auront sur les épaules, en raison de la dette accumulée, il est vrai, mais surtout à cause du vieillissement de la population, un fardeau beaucoup plus lourd que celui que les générations antérieures ont eu à supporter.
Ils devront générer deux fois plus de valeur par heure travaillée pour simplement maintenir leur niveau de vie tout en soutenant solidairement les inactifs, jeunes et vieux. Travailler deux fois plus d'heures serait évidemment contre-productif et inacceptable humainement et socialement.
La productivité
Les solutions ne sont donc pas nombreuses, elles s'articulent autour d'une notion qui doit faire l'unanimité: la productivité. Et elle ne s'obtient pas en abusant de la main-d'oeuvre, bien au contraire. Elle est le fruit de l'éducation, de la science, de la technologie, de la recherche et du développement et de l'investissement dans l'équipement sophistiqué requis. Le travail sera même beaucoup moins pénible qu'avec plusieurs des anciens procédés et beaucoup plus lucratif.
Tourner le dos au textile a été une épreuve pénible pour les travailleurs touchés, mais les emplois qu'ils ont perdus étaient rémunérés à environ 10 $ l'heure. Il faut aller le plus rapidement et le plus massivement possible vers des heures qui rapportent en moyenne le triple et le quadruple. Si nous réussissons cela — et nous le pouvons après ce que nous avons réussi à faire depuis 1960 —, le Québec de nos enfants sera encore meilleur que celui que nous avons connu.
Tout cela n'a rien à voir avec quelque rigidité idéologique de droite ou de gauche. C'est comme pour l'indépendance nationale: elle n'est en soi ni à droite ni à gauche, elle est en avant et basée sur la rationalité.
Mon cher François, je ne sais pas ce que tu feras maintenant et à l'avenir. J'ai la certitude que d'une manière ou d'une autre, tu serviras la nation. Dans l'immédiat, tu pourrais être très utile en donnant des conférences, devant les jeunes en particulier. Ils ont besoin d'un tel message. Je peux t'assurer d'expérience que c'est en plus très agréable et stimulant. Amicalement.
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