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Chrétien ne parvient pas à colmater les brèches

À défaut d'explications claires sur l'avenir du premier ministre, plusieurs députés libéraux restent sur leur faim

Manon Cornellier   6 juin 2002 
Malgré quelques actes de contrition, le premier ministre Jean Chrétien n'a pas réussi à colmater les brèches dans son caucus à la suite de la mise à l'écart, dimanche, de l'ex-ministre des Finances, Paul Martin.

À l'issue de la réunion d'hier du caucus, tous les députés étaient prêts à redonner priorité aux affaires gouvernementales mais plusieurs, en privé, ont avoué que ce ne sera pas tâche facile tant que le premier ministre ne dira pas clairement ce que sont ses plans d'avenir. D'autres, qui souhaitaient obtenir une explication claire de Jean Chrétien à propos du renvoi de Paul Martin, ont confié au Devoir être restés sur leur faim.


Ouvertement critiqué à ce sujet par nombre de députés, M. Chrétien a décidé de prévenir les coups en prenant l'initiative dès le début de la réunion du caucus. Alors qu'il se contente d'habitude de conclure ces travaux tenus à huis clos, il a lui-même ouvert les discussions en parlant pendant plus de 20 minutes et en s'attirant des ovations.


Tout en jouant la carte de l'humilité, il a insisté sur l'importance de donner priorité aux affaires de l'État et de préserver la tradition d'unité du parti. Selon la députée Marlene Jennings, M. Chrétien a «reconnu qu'il aurait pu faire mieux dans le cas de M. Martin mais que, dans l'intérêt du pays, il devait agir vite à cause de l'ouverture des marchés».


M. Chrétien n'a pas dit s'il se représentera aux prochaines élections mais a répété qu'il restera en poste jusqu'en 2004 et se soumettra au vote de révision du leadership, prévu pour février prochain. Il a soutenu n'avoir jamais songé à le remettre en question.


Une vingtaine de députés sur la quarantaine massée aux microphones ont eu le temps de lui donner la réplique. La majorité d'entre eux ont désapprouvé le traitement accordé à M. Martin, ont indiqué plusieurs sources.


À la sortie, Jean Chrétien a parlé d'un «très bon caucus». Qui a calmé les troupes? «Oui, oui, oui, ben oui.» Déterminé à donner une image bien arrêtée de cette rencontre, son bureau conseillait aux journalistes le nom de quelques députés prêts à faire des confidences sur la réunion, ce qui est contraire à la pratique.


Son message a en effet passé puisque tous les députés parlaient de leur désir de garder le parti uni et de gouverner de façon responsable. Mais le consensus s'arrêtait là. En privé, plusieurs députés ont confié au Devoir être restés sur leur faim, avoir encore des questions sur le sort réservé à M. Martin et sur l'avenir du premier ministre. Personne n'a parlé d'imposer un ultimatum à Jean Chrétien mais plusieurs ont dit en avoir assez de «ce jeu du chat et de la souris qui se poursuit toujours autour de l'avenir du premier ministre». «Nous avons besoin de clarté de sa part», a dit un député, car le vote de février n'a de sens que s'il veut se représenter, a-t-il fait comprendre. Sinon, pourquoi imposer cette épreuve au parti?


Un de ses collègues a dit douter franchement de la capacité des parlementaires à se concentrer sur leur travail tant que la campagne vers le vote de février battra son plein. «Tout le monde sera absorbé par la révision du leadership», a-t-il dit.


Plusieurs députés s'entendaient aussi pour qualifier d'«erreur monumentale» la décision du premier ministre, prise il y a plus d'un an, d'autoriser ses aspirants successeurs à s'organiser. Lui-même a reconnu son erreur devant le caucus, a indiqué le député Nick Discepola.


Cette façon de créer des attentes et de changer d'idée par la suite a laissé des traces. Un député qui avait d'abord été rassuré au sujet du vote de février était de nouveau inquiet après la période des questions. «Si nous avons une revue en février et si... », a commencé à dire le premier ministre en réponse à un député conservateur. L'opposition a vite répliqué en scandant des «si!» bien sonores. Le premier ministre s'est repris, mais le député en a pris note au crayon gras. «Parce que M. Chrétien a très souvent, par le passé, envoyé des signaux contradictoires», a-t-il dit.


Par ailleurs, M. Chrétien a soulevé un bref émoi en avant-midi lorsqu'il a déclaré, dans le cadre d'un point de presse, que le gouverneur de la Banque du Canada lui avait conseillé d'agir vite pour régler la situation de M. Martin, ce dernier ayant indiqué vendredi soir dernier qu'il réfléchissait à son avenir. Le premier ministre voulait justifier pourquoi il n'avait pas attendu lundi matin, comme l'avait suggéré M. Martin.


«Le gouverneur de la Banque du Canada m'avait avisé à travers une autre personne qu'il était beaucoup mieux de solutionner ce problème avant l'ouverture du marché à Tokyo à 8h [dimanche]. Le gouverneur était préoccupé parce que [mardi] était le jour où il devait fixer les taux d'intérêt. Les affaires de la nation devaient être menées avec les intérêts de la nation en tête», a-t-il affirmé.


Or le gouverneur de la Banque du Canada, David Dodge, peut conseiller le gouvernement sur des questions de politique monétaire ou financière mais n'a pas le pouvoir de se mêler de politique. Selon le porte-parole de la Banque du Canada, Pierre Laprise, c'est le Bureau du Conseil privé qui a sollicité son avis et non pas lui qui a offert le sien. «Le gouverneur a répondu à des questions du Bureau du Conseil privé portant sur la façon dont les marchés financiers pourraient réagir à un éventuel remplacement du ministre des Finances. Le gouverneur a indiqué qu'il était préférable qu'un tel changement, le cas échéant, ne soit pas annoncé pendant que les marchés financiers sont ouverts.»


Avec la collaboration d'Hélène Buzzetti
 
 
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