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Musée d'art contemporain de Montréal - Une nomination révoltante

4 juillet 2009 
C'est avec étonnement que nous apprenions, le 16 juin dernier, la nomination de la nouvelle directrice générale du Musée d'art contemporain de Montréal (MACM) [Paulette Gagnon]. Notre surprise est d'abord venue du fait qu'une large partie de la communauté culturelle espérait à cette occasion un changement en profondeur pour l'institution. Le concours public que vous avez ouvert pour ce poste a d'ailleurs compté pour beaucoup dans la promesse d'une telle revitalisation.

Notre étonnement a toutefois fait place à de l'indignation lorsque nous avons constaté que votre comité de sélection, composé uniquement de membres du conseil d'administration, ne comprenait aucun expert externe, a choisi de ne pas recevoir en entrevue des candidats très valables repérés par votre chasseur de têtes et a plutôt décidé de procéder à une nomination interne, ce qui revient à dire que ce concours était un leurre. Pourquoi, M. DeSerres? Avions-nous besoin d'une telle illusion — échafaudée aux frais de l'État et coûteuse pour tous en temps et en énergie — alors que rien ne vous empêchait de récompenser d'office une fidèle employée?

Réputation ternie

Cette situation ternit la réputation du MACM, qui n'a pas osé, en les circonstances, s'exposer à la comparaison de différents profils d'excellence. Il ne faudrait pas sous-estimer la perte de motivation et de confiance qui en résulte au sein de la communauté artistique québécoise, qui est la base et la première énergie du Musée.

Cette communauté se caractérise par ses expertises professionnelles solides, son niveau d'exigence et ses approches inventives en matière d'art contemporain et de gestion des organismes culturels — toutes choses dont nous nous sommes collectivement dotés par l'émulation, une ouverture sur le monde et des formations universitaires avancées. Le recrutement de candidats sur la scène internationale aurait par ailleurs été, pour le Québec, un exercice hautement stimulant, nécessaire même puisque nous souffrons d'isolement. Il aurait également permis de prendre la mesure de l'intérêt que suscite le MACM dans le monde élargi de l'art contemporain.

La procédure d'embauche privilégiée par le comité, quoiqu'elle demeure légale, est, sur le plan éthique, extrêmement contestable dans le contexte d'une société d'État puisqu'elle ne correspond pas aux critères élémentaires de tout processus de sélection: transparence, égalité des chances et rigueur dans l'analyse des propositions. La situation nous préoccupe d'autant plus que l'embauche récente de deux conservateurs a également été le fruit de discussions internes plutôt que d'appels publics.

Faut-il y voir l'installation d'une culture institutionnelle qui prévaudra à nouveau dans le traitement du poste de conservateur et de la direction artistique et éducative toujours à combler? Pouvez-vous expliquer, à cet effet, quelle est votre conception des obligations qu'a, vis-à-vis des professions auxquelles elle est liée, la société d'État exceptionnellement placée sous votre responsabilité pour un troisième mandat?

Une vraie vision

Si votre approche déçoit tant, c'est que nous voyons dans le MACM — longtemps la seule institution de cette nature au Canada et de loin la plus importante encore aujourd'hui — un outil extraordinaire qui ne fonctionne pas à la mesure de son potentiel. Nous trépignons d'impatience de voir ce joyau de la modernité québécoise proposer une véritable vision de l'art contemporain et actuel, entrer en dialogue avec sa communauté immédiate, faire preuve d'audace dans ses réalisations, susciter la réflexion sur la pratique de l'histoire de l'art, du commissariat et de la muséologie, être le fer de lance du mouvement culturel canadien en ce qui concerne les arts visuels et médiatiques, rayonner dans le monde, bref, agir en véritable institution nationale.

Pour le moment toutefois, et malgré certaines belles réalisations, le Québec sous-utilise de manière flagrante ce véhicule inestimable. Timoré, le MACM se contente généralement d'accueillir des valeurs sûres de l'extérieur sans y porter un regard précis, ignore sans raison apparente des acteurs essentiels de son milieu (artistes, commissaires, chercheurs, designers, etc.), ne se sert pas de l'exposition comme d'un mode de réflexion, privilégie le plus souvent des pratiques artistiques qui ne posent aucun défi aux règles de la muséologie (au détriment de tout un pan de la création actuelle), voit rétrécir d'année en année son cycle de colloques et de conférences, et ne fait qu'exceptionnellement circuler un artiste québécois vivant sur la scène internationale où le Musée demeure méconnu, voire invisible.

Le MACM, en ce qu'il acquiert et présente les productions visuelles les plus actuelles, a le devoir de se placer au premier rang de notre développement culturel et intellectuel. Il a plus que jamais besoin d'une importante réforme. Soyez assuré que vous pourrez vous appuyer sur les signataires de cette lettre et sur plusieurs autres intervenants pour mener à terme les changements nécessaires afin de permettre au Musée de jouer pleinement son rôle dans notre société. Espérant que vous saurez reconnaître la dimension constructive de cette réflexion, nous vous prions d'agréer, monsieur le président, l'expression de nos salutations distinguées.






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