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Les liaisons dangereuses - L'amour au temps de Facebook

Josée Blanchette   3 juillet 2009 
Davantage velcros que boutons à quatre trous, ils ne font pas vivre les fleuristes mais ils font bourgeonner l'intrigue et réinventent le jeu d'échecs, quand ce n'est pas la bataille navale (B-12: coulé!). Leurs amours palpitantes se nouent et se dénouent au vu et au su de tous, surtout de leurs 587 «amis». Pour les ados et les jeunes adultes, la joute amoureuse ne peut se concevoir désormais sans un profil Facebook. Tout part de là, tout achoppe là aussi. Pouponnière et salon mortuaire à la fois, chapelle pour les mariages et les funérailles de première, bière virtuelle en prime.

Les réseaux sociaux n'ont pas fini d'intriguer les sociologues et les chercheurs puisqu'ils redéfinissent à peu près tout, des liens dits lâches (des voisins digitaux ou contacts virtuels) aux liens plus intimes. Et c'est précisément dans les zones grises que FB devient aussi intéressant que les jardins de Versailles du temps de Louis XIV (avec bosquets, bassins, fontaines, théâtres de verdure à l'écart et allée royale dégagée) pour batifoler à l'ombre ou au grand soleil. On peut se servir de son profil et des photos afin d'y exposer la marchandise, du chat (clavardage) pour provoquer le hasard et réchauffer l'assistance, du mur (babillard) pour pavoiser, du Inbox (messagerie) pour tirer au pigeon d'argile et faire voler les plumes.

«La drague sur FB, c'est un jeu d'échecs et ça demande plus que du doigté; c'est aussi une stratégie de marketing», m'informe «Valmont», 25 ans, une gueule d'amour, qui utilise un surnom sur FB pour laisser le moins de traces possibles plus tard... «Et si je veux me débarrasser d'une fille dans un bar, je lui dis de me contacter sur FB sous mon vrai nom. Elle ne pourra pas me retrouver...» Brillant stratège, «Valmont» prenait déjà des cours d'échecs à cinq ans, à Saint-Germain-en-Laye. Aujourd'hui, il vend des pick-up lines dignes d'un crooner à ses amis, contre une bière ou deux. «Je dirais que 90 % des célibataires sont sur Facebook. C'est comme une agence de rencontres sans le nom.» Et sans avoir l'air d'y toucher.

«Valmont» utilise toutes les techniques que lui offrent les nouvelles technologies mais il ne se cache pas derrière son écran d'ordi; il fréquente les bars, les tournois de volley, et rêve de la femme avec qui il aura des enfants et sera infidèle jusqu'à ce que mort s'ensuive. Prématurée, peut-être... Il ne se fait pas d'illusions sur la nature de l'homme et ne connaît pas encore les affres de la jalousie. Grand bien lui en fasse.

SMS, Hotmail, FB ou cellulaire ?

Quant à savoir par quel moyen on entre en contact avec le copain ou la copine convoité(e), le choix des armes est complexe et la diligence du postier passe davantage que deux fois par jour, ce qui laisse peu de temps pour réfléchir. Laclos n'aurait pas écrit le même roman s'il avait été publié au XXIe siècle, et ses Liaisons dangereuses auraient peut-être pris une tout autre tournure.

En résumé, le téléphone est jugé trop direct et intimiste et le courriel, trop compromettant, à moins d'avoir quelque chose de spécifique (comme «Je te quitte») à dire. Le SMS (short message service) est une voie de service utile quand on veut se protéger ou tâter le terrain tout en restant bref.

Le chat sur FB (qui a complètement supplanté MSN) est le fruit du hasard et peut laisser penser qu'on glandait sans but: «Je peux consacrer deux heures à chatter avec une fille que je n'appellerais pas, confirme «Valmont». Le degré d'intimité est moindre.» Sur le mur, ou wall (ce babillard que tout le monde peut voir et où chacun peut inscrire un commentaire), on ouvre son jeu et on place des pions en public. Certains s'en servent pour générer la concurrence, voire susciter des jalousies, quand ce n'est pas pour alimenter des rumeurs...

«Les filles ont mieux compris que les gars la game sur FB; elles sont plus stratégiques et la solidarité est plus forte. Elles vont même utiliser une "amie" pour mettre des photos compromettantes d'elles en ligne, soit pour foutre la merde dans une autre relation, soit pour susciter la jalousie d'un gars, soit pour marquer leur territoire», souligne «Valmont», à qui il est déjà arrivé d'écrire sur le mur d'une fille pour raviver l'intérêt d'une autre. «Les gars ont plus tendance à être des chasseurs solitaires... De toute façon, la meilleure stratégie consiste à ne pas tout montrer», dit celui dont la photo de profil est moins avantageuse que le format 3D. L'art de se garder des munitions.

Dis-moi quel est ton statut

Chez les filles, même intérêt, parfois mitigé, pour les jeux de séduction sur FB. «Cécile de Volanges », 21 ans, est passée du statut «En couple» à «Il m'a flushée» sur son profil. Il faut savoir que lorsqu'un couple se brise et qu'un des deux l'annonce officiellement en redevenant célibataire, un coeur brisé apparaît et toute la communauté FB en est immédiatement informée. «Je ne dis plus rien dans mon statut, confie «Cécile». Je ne veux pas qu'on me parle en fonction de ça.» «Valmont» non plus, il n'indique plus s'il est célibataire ou non (ça dépend des heures). «Ça évite qu'une fille s'attende à ce que tu officialises ta relation avec elle après un mois de fréquentations.»

«Pour moi, Facebook, c'est comme une cour d'école, pleine de ragots, de manipulation. C'est pas mon genre...», ajoute «Cécile», superbe jeune femme qui a pourtant des centaines d'amis sur FB et beaucoup d'autres en chair et en os dans la «vraie» vie. «C'est facile de devenir parano et FB détruit l'ère de la communication directe. C'est tellement impersonnel et, souvent, totalement couillon, pense «Cécile». Les gens ne se doutent pas à quel point ça peut aller loin. Si quelqu'un écrit un message ambigu sur ton mur, tu peux te nuire en le laissant, mais si tu l'enlèves, tu as l'air de vouloir cacher quelque chose. FB peut ruiner une relation amicale et amoureuse.»

Chose certaine, l'amour au temps de Facebook perd de son mystère, un des ingrédients essentiels du soufflé. On sait qui fréquente qui, à quel party il ou elle se rend, les groupes qu'il ou elle joint, les messages qu'il ou elle laisse à d'autres. 40 % des jeunes y feraient connaître leur emploi du temps, 22 % leur adresse, et près de 16 % les deux...

Et, bien sûr, tout cela est gratuit, légal et 100 % distrayant. Je n'irais pas jusqu'à dire inoffensif. Reste à savoir combien d'entre eux y perdent leur reine ou leur roi. Quant à moi, j'y ai gagné un mari. Échec et mat.

cherejoblo@ledevoir.com

***

Joblog

Valmont: «L'aider, moi? Il aurait plutôt

besoin de quelques obstacles. S'il en

escalade suffisamment, il peut retomber par inadvertance entre les cuisses de la petite.

Ainsi donc, il n'aurait pas conquis ses galons.»

La marquise de Merteuil: «Un échec

désastreux... Comme bien des intellectuels, il est d'une extrême stupidité.»

— Les Liaisons dangereuses,

adapté du roman de Laclos

«Toutes les vérités ne se peuvent pas dire; les unes parce qu'elles m'importent à moi-même, et les autres parce qu'elles importent à autrui.»

— Baltasar Graciàn, L'Art de la prudence

«Pour vivre heureux, vivons cachés.»

— J.-P. Claris de Florian

J'ai l'impression d'être suivie

Déjà avec Street View, qu'on surnomme Cheat View (après que certains se soient fait pincer au mauvais endroit au bon moment), on peut se demander qui nous surveille. Mais avec Google Latitude (une fonction de Google Maps qui permet de vous localiser en tout temps sur une carte par GPS), on va un pas plus loin.

Mettons que votre mec est un jaloux chronique. Il programme Latitude sur votre portable tandis que vous êtes dans la douche et vous voilà sous haute surveillance. Pareil pour votre patron qui fait installer Latitude sur le Blackberry qu'il vous «offre». Bonjour la pression.

Paraît qu'il y a une fonction pour désamorcer le truc et faire croire que tu es au Palais des Congrès plutôt que chez Wanda. C'est merveilleux, j'en veux!

Mais il faudra combien de temps pour qu'on nous dise: «T'es pas sur Latitude?» comme on nous dit déjà «T'es pas sur Facebook?» ou «T'as pas de cellulaire? Come on! Tout le monde a un cell en 2009!». Il faudra combien de temps pour snober les réfractaires et les itinérants technologiques, pour les rayer définitivement de la mappe?

Heureusement, je suis entourée de délinquants, de marins et de ringards, ça simplifie bien des choses. Je peux encore aller pisser en paix.

www.chatelaine.com/joblo

***

Vu: le film Chéri avec la magnifique Michelle Pfeiffer, surnommée «Nounoune» et qui ne l'est pas du tout. En fait, la caméra n'en a que pour elle, lui pourlèche l'anatomie qu'elle a très jolie. C'est pas aussi bon que Les Liaisons dangereuses, du même réalisateur, Stephen Frears. C'est pas aussi bon que du Colette non plus, mais c'est nettement plus crédible que The Reader qui a plu à tout le monde et que j'ai arrêté de visionner après 30 minutes. Eh! Oh! Faut pas pousser mémé dans les orties! Pour Chéri, moins d'intrigues que Les liaisons, une histoire somme toute banale aujourd'hui mais assez croustillante pour la Belle Époque, une femme d'un certain âge avec un jeunot de 19 ans. Ils fileront le parfait bonheur durant six ans. À voir, surtout pour les costumes recherchés, les décors surchargés et la délicieuse prestation de Kathy Bates. Ma mère s'est tout de même endormie...

Lu: King Kong vu par Anthony Browne d'après Edgar Wallace et Merian C. Cooper (kaléidoscope). Une histoire d'amour entre le grand singe et la belle, de très jolis dessins. Ça se lit comme filent les vacances: rapidement. Et le personnage principal se meurt d'amour, ce qui est du dernier romantisme. Un grand classique, très rétro (circa 1933).

Tripé: sur le dernier CD de Misstress Barbara, I'm no human. La grande maîtresse de la musique électro nous donne à entendre des chansons qui parlent beaucoup d'amour. Une refonte de Dance me till the end of love de Cohen, très réussie, en prime. En spectacle dans le cadre du Festival de jazz de Montréal, le samedi 11 juillet à minuit, au Club Soda.






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