Le ministre Bolduc et la pénurie de personnel
Jean Bottari - Saint-Mathias-sur-Richelieu
3 juillet 2009
Le ministre de la Santé du Québec, M. Yves Bolduc, croit avoir trouvé le moyen d'attirer de nouvelles infirmières et infirmières auxiliaires dans le réseau de la santé. Il offrira dorénavant une prime de 2000 dollars par année aux infirmières auxiliaires nouvellement graduées et 3000 dollars aux infirmières. Cette prime sera renouvelable pour une période de trois ans. Afin qu'elles demeurent au travail, le ministre Bolduc offre aux infirmières prêtes pour la retraite une prime de rétention de 8000 dollars.
Le ministre ne croit pas que ces primes vont régler la pénurie à court terme, mais il est optimiste: à long terme, l'effet se fera sentir. Ce qu'il a omis de mentionner, c'est que les nouvelles primes sont évidemment imposables. Il ne nous dit pas non plus que les travailleuses de la santé qui choisissent de pratiquer en agences privées continueront d'être mieux rémunérées, et ce, même en tenant compte des sommes qu'il propose aux nouvelles recrues et aux futures retraitées.
Prenons comme exemple le salaire horaire d'une infirmière oeuvrant dans le réseau de la santé qui est au sommet de l'échelle salariale. Elle gagne aujourd'hui 31,89 $ l'heure. L'infirmière en agence privée, quant à elle, reçoit environ 55 $ l'heure et n'est pas soumise aux horaires de travail contraignant du réseau public. Ce n'est donc pas avec ses primes que le ministre peut espérer décourager les infirmières et infirmières auxiliaires d'aller vers le privé! N'oublions pas que les agences offrent à leurs employés la possibilité de choisir leurs horaires de travail. Elles peuvent même, et ce, dès le début, exprimer leur disponibilité pour un seul quart de travail. Ce qui n'est pas le cas dans le réseau de la santé.
Il y aurait environ 7000 personnes embauchées par les diverses agences de placement en soins infirmiers au Québec. Or, si le ministre de la Santé faisait preuve de courage, il interdirait aux établissements de santé d'avoir recours au personnel d'agences privées. Des millions de dollars seraient ainsi économisés et les infirmières et infirmières auxiliaires, si elles voulaient continuer leur carrière, devraient travailler dans le réseau public de la santé.
Ceci aurait pour effet de régler, en partie du moins, la pénurie de personnel qualifié et donnerait un peu d'air aux personnes qui tiennent le réseau à bout de bras depuis trop longtemps déjà. Cette nouvelle vague d'embauches apporterait aussi une stabilité de la main-d'oeuvre et la continuité des soins, faisant en sorte que les patients seraient enfin soignés par les mêmes personnes.
L'organisation du travail devrait aussi être dans la mire du gouvernement. Certains établissements sont totalement dépourvus de plans de travail adéquats, de suivi et de formation de leur force ouvrière. Le ministre devrait, pour une fois, nous écouter. Nous, qui sommes sur le terrain jour après jour et qui connaissons les forces et les faiblesses de ce système de santé qui se dégrade et devient de moins en moins humain au fil du temps.
Visiblement, monsieur Bolduc n'entend que les cadres du réseau. Ce sont ces mêmes cadres qui, dans plusieurs cas, ne connaissent pas la réalité que nous vivons sur le terrain qui informent le ministre et le conseillent sur les possibles modifications à apporter au fonctionnement quotidien des hôpitaux, CHSLD et CLSC. En passant, je me demande ce que sont devenues les belles promesses faites par Jean Charest et Philippe Couillard en 2003?
Le ministre ne croit pas que ces primes vont régler la pénurie à court terme, mais il est optimiste: à long terme, l'effet se fera sentir. Ce qu'il a omis de mentionner, c'est que les nouvelles primes sont évidemment imposables. Il ne nous dit pas non plus que les travailleuses de la santé qui choisissent de pratiquer en agences privées continueront d'être mieux rémunérées, et ce, même en tenant compte des sommes qu'il propose aux nouvelles recrues et aux futures retraitées.
Prenons comme exemple le salaire horaire d'une infirmière oeuvrant dans le réseau de la santé qui est au sommet de l'échelle salariale. Elle gagne aujourd'hui 31,89 $ l'heure. L'infirmière en agence privée, quant à elle, reçoit environ 55 $ l'heure et n'est pas soumise aux horaires de travail contraignant du réseau public. Ce n'est donc pas avec ses primes que le ministre peut espérer décourager les infirmières et infirmières auxiliaires d'aller vers le privé! N'oublions pas que les agences offrent à leurs employés la possibilité de choisir leurs horaires de travail. Elles peuvent même, et ce, dès le début, exprimer leur disponibilité pour un seul quart de travail. Ce qui n'est pas le cas dans le réseau de la santé.
Il y aurait environ 7000 personnes embauchées par les diverses agences de placement en soins infirmiers au Québec. Or, si le ministre de la Santé faisait preuve de courage, il interdirait aux établissements de santé d'avoir recours au personnel d'agences privées. Des millions de dollars seraient ainsi économisés et les infirmières et infirmières auxiliaires, si elles voulaient continuer leur carrière, devraient travailler dans le réseau public de la santé.
Ceci aurait pour effet de régler, en partie du moins, la pénurie de personnel qualifié et donnerait un peu d'air aux personnes qui tiennent le réseau à bout de bras depuis trop longtemps déjà. Cette nouvelle vague d'embauches apporterait aussi une stabilité de la main-d'oeuvre et la continuité des soins, faisant en sorte que les patients seraient enfin soignés par les mêmes personnes.
L'organisation du travail devrait aussi être dans la mire du gouvernement. Certains établissements sont totalement dépourvus de plans de travail adéquats, de suivi et de formation de leur force ouvrière. Le ministre devrait, pour une fois, nous écouter. Nous, qui sommes sur le terrain jour après jour et qui connaissons les forces et les faiblesses de ce système de santé qui se dégrade et devient de moins en moins humain au fil du temps.
Visiblement, monsieur Bolduc n'entend que les cadres du réseau. Ce sont ces mêmes cadres qui, dans plusieurs cas, ne connaissent pas la réalité que nous vivons sur le terrain qui informent le ministre et le conseillent sur les possibles modifications à apporter au fonctionnement quotidien des hôpitaux, CHSLD et CLSC. En passant, je me demande ce que sont devenues les belles promesses faites par Jean Charest et Philippe Couillard en 2003?
|
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
|
Envoyer Fermer
Haut de la page

