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Lettre au président de la Corporation minière Osisko - Des citoyens sont inquiets pour Malartic

2 juillet 2009 
Monsieur Sean Roosen, président et chef de la direction de la Corporation minière Osisko, permettez-nous de vous adresser cette missive. Le 25 juin dernier, vous avez réagi à un éditorial paru le 19 juin dans Le Devoir. À notre tour, nous sentons le besoin de vous répondre. Votre texte d'opinion rapporte des faits, mais ne livre qu'une partie de la vérité. Nous souhaitons en dévoiler une autre partie.

D'entrée de jeu, Monsieur, nous admettons que la compagnie Osisko n'avait pas à vérifier et à s'assurer que la Ville de Malartic, dans l'intérêt de ses citoyens, avait pris soin de consulter des experts et des avocats avant de vous «offrir» une partie de son territoire (et ce, avant même l'obtention de votre permis d'exploitation). Votre façon d'agir est donc parfaitement légale, en accord parfait avec les lois actuelles. Il existe cependant une expression pour qualifier de manière précise les injustices et tous les dommages provoqués par cette façon d'agir: il s'agit des dommages collatéraux. Dans le cas qui nous occupe, ils sont très nombreux!

Citoyens mal informés

Vous avez qualifié de «gré à gré» votre opération de négociation avec les citoyens; il nous semble que l'expression «bon gré, mal gré» serait plus appropriée et plus juste. Si certains citoyens ont su tirer leur épingle du jeu — pour diverses raisons qu'il serait ici fort intéressant d'analyser, mais beaucoup trop long dans ce cadre restreint —, vous savez pertinemment que d'autres citoyens, fort nombreux, mal informés de leurs droits, sans soutien, n'avaient pas la capacité de mener des négociations équitables avec Osisko.

À cet égard, vous nous permettrez de vous rappeler que des citoyens attendent toujours de vous une réponse à la suite d'une lettre qui vous a été personnellement adressée il y a déjà plusieurs mois. Ils ignorent jusqu'à ce jour ce qu'il adviendra d'eux, de leur maison et de leur avenir.

Les chiffres

Vous dites faire économiser 29 millions à la Ville en travaux d'infrastructure. Nous ne pouvons contester vos chiffres, car malgré des demandes répétées des citoyens au conseil municipal sur cette question, celles-ci sont restées sans réponse. Par ailleurs, sur le fond de la question, il convient de préciser que toutes les villes doivent faire face tôt ou tard à des infrastructures vieillissantes et que ces travaux normalement s'échelonnent sur plusieurs années. Malartic ne fait pas exception à cette règle.

Vous dites consacrer 60 millions pour la construction de nouveaux établissements. Monsieur Roosen, Malartic possède déjà cinq de ces établissements, payés depuis fort longtemps avec les taxes des contribuables, tant de Malartic que de tout le Québec. Vous les démolissez; faut-il applaudir pour que vous les reconstruisiez à vos frais? Il est certaines choses que vous ne pourrez jamais reconstruire ni remplacer, et nous citerons un passage du mémoire de la Société d'histoire de Malartic présenté devant le BAPE pour vous le rappeler: «Autrement dit, sur la plus grande partie de son parcours, la rue de la Paix est un lieu historique qu'on peut aisément qualifier de quasi sacré à cause de la fonction sociale, religieuse et scolaire des édifices qui y sont érigés depuis près de trois quarts de siècle, mais surtout à cause du rôle rassembleur que cette artère a joué dans la vie de tous les jours auprès des habitants de Malartic depuis 70 ans. La démolition et la disparition prochaine de cet ensemble historique relèvent encore de l'impensable.»

L'âme d'une ville

C'est le coeur, l'âme de la ville, les racines et les repères de milliers de Malarticois qui disparaissent. Ce sont les témoins majeurs de 70 ans d'histoire que vous démolissez. Nous savons que ce discours fait bien mauvais ménage avec celui de «l'économie d'abord»; mais comment ne pas sourire, après cela, en entendant Osisko nous parler d'école verte et de développement durable! Si jamais votre projet devait ne pas démarrer, quel immense gâchis inutile ce serait!

Personne n'est assez naïf pour croire que la minière Osisko est une oeuvre caritative. Encore moins vos investisseurs. Pourtant, vos propos pourraient presque nous le laisser croire.

Voilà un volet de la vérité certes moins glorieux que plusieurs n'aiment pas voir étalé sur la place publique, mais qu'il nous semblait important de dire. Notre opinion n'est pas dictée ou conseillée par une firme de communication; elle est dictée par notre conviction qu'il faut donner la parole à ceux qui vivent des choses difficiles et qui gardent le silence, à ceux qui ont peur de dire et de subir le rejet social et à ceux qui ont peur de parler parce qu'ils savent que la liberté de parole, même dans une société démocratique comme la nôtre, est parfois chèrement payée.

Plus jamais

En terminant, qu'il nous soit permis de vous dire que sous le couvert de l'anonymat, de nombreuses personnalités publiques, dont des élus, nous déclarent ne pas comprendre pourquoi et comment Osisko peut déménager tout un quartier et démolir cinq établissements publics avant même d'avoir obtenu son permis d'exploitation.

Certes, nous pouvons regretter leur silence, mais leur appui, même silencieux, est important pour nous. Nous savons que certaines personnes influentes attendent les recommandations du BAPE ou encore le dépôt à l'automne du projet de loi à venir sur une réforme de la Loi sur les mines pour se manifester publiquement. Tout comme nous, elles aussi croient que plus jamais, une situation comme celle vécue à Malartic ne doit se reproduire dans une communauté et qu'il est important de prendre les moyens pour atteindre ce but.






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