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Monsieur Fauteux, vous me manquez

Lise Payette   2 juillet 2009 
Exceptionnellement, nous publions la chronique de Mme Payette une journée à l'avance, en raison du décès de Jacques Fauteux. Il coanima Appelez-moi Lise en sa compagnie au cours des années 1970.

Mon ami Jacques Fauteux a quitté la vie comme il l'avait vécu, discrètement. Cet homme exceptionnel n'a pas cru qu'il était nécessaire d'ameuter la presse people pour raconter ce qui lui arrivait, ni d'offrir aux producteurs de faire un documentaire sur sa maladie. Pas de cirque pour lui. Juste lui, face à la mort, la sienne. Lui qui aimait pourtant la vie aura eu bien peu de temps pour s'ajuster. Il l'a fait avec la classe qui le caractérisait et qu'il a toujours cultivée, autant en privé qu'en public. Jacques était un noble dans le meilleur sens du mot. Noble jusqu'au bout des doigts.

On se téléphonait régulièrement. Comme de vrais amis, on faisait ensemble le tour des informations, on disait du mal des politiciens en rigolant et on refaisait le monde, convaincus que le nôtre serait bien meilleur que celui que nous connaissions. On parlait souvent de la télévision qui nous avait permis d'être si heureux et on ne la ménageait pas dans nos critiques parce qu'elle devenait de plus en plus insignifiante. Récemment, il m'avait avoué s'être repris de passion pour le hockey et ne plus pouvoir s'en passer. Nous étions nés aux antipodes: lui dans une famille aisée où on l'avait préparé à une carrière diplomatique à laquelle il avait vraiment cru jusqu'à ce qu'il découvre les communications. Et moi, comme je disais... aux antipodes.

Il était fédéraliste. Moi pas. Quand il nous arrivait d'aborder le sujet, nous le faisions avec politesse, histoire de ne blesser personne. En 30 ans d'amitié, nous ne nous sommes jamais disputés. Absolument jamais. Nous nous aimions beaucoup.

Un jour, il s'est inquiété parce qu'il a découvert une bosse dans son cou. Qu'est-ce qu'il a fait? Il m'a téléphoné. C'était il y a trois mois. Je lui ai dit qu'il fallait voir un médecin le plus rapidement possible et que c'était important parce que ça pouvait faire la différence. Cette maladie-là, quand elle est prise à temps, il arrive qu'on puisse s'en tirer. J'avais l'impression d'être sa mère qui lui disait ce qu'il devait faire.

J'ai attendu deux jours, puis trois, et je l'ai rappelé. Il m'a dit en riant qu'il était allé à l'urgence de l'Hôpital X, que ça l'avait complètement découragé, qu'il s'était retrouvé avec plein de monde et qu'il avait immédiatement renoncé à attendre son tour. Il était donc rentré chez lui. Je lui ai parlé des cliniques privées, celles où on paye avec sa carte de crédit, mais où l'attente est moins longue et où des gens, comme lui, pouvaient se sentir plus à l'aise. Je lui en ai recommandé une dont on avait parlé dans les journaux peu de temps auparavant.

Quelques jours plus tard, il m'a appris qu'il souffrait d'un cancer et qu'on lui donnait de six mois à un an à vivre. Il avait été pris en charge par Sacré-Coeur, où on lui proposait des traitements de chimio pour atténuer la douleur. Il m'a dit en riant: «Ils veulent que j'aille à l'hôpital à 7h le matin pour les traitements... tu me vois à l'hôpital à 7h le matin?»

Ses choix étaient déjà faits. Aucun traitement. Il a juste ajouté: «Je te promets d'essayer de faire ça avec dignité.» C'est ce qu'il a fait. Chapeau, Monsieur Fauteux.

Je l'ai souvent entendu déplorer la pauvre qualité du français parlé partout, mais ça lui faisait encore plus mal quand c'était à Radio-Canada ou ailleurs à la télé ou à la radio. Il avait conçu un projet pour corriger les fautes les plus flagrantes et il a essayé d'y intéresser tout le monde des communications, sans succès. Il a fait le tour des radios, des journaux avec son petit projet, pour se faire dit non partout. Il disait de ceux qui parlent en public: «Si au moins ils savaient où mettre l'accent tonique, mais ils ne le savent même pas.»

Jacques Fauteux était un ami précieux, car il était loyal et fidèle. Il avait un immense respect du public et je me souviens qu'il m'avait expliqué un jour qu'on ne devait jamais accepter de prendre un micro pour dire n'importe quoi. Que c'était un privilège qu'il fallait exercer avec respect et retenue. Ce qui mériterait d'être médité dans notre monde où le «n'importe quoi» tient si souvent lieu de contenu.

Mon ami Jacques, ce matin, le monde est moins intéressant parce que tu n'y es plus. J'ai perdu le goût de rire. Je m'incline avec respect et je t'assure de mon amitié indéfectible..






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