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Grande Bibliothèque - Un rêve, rue Berri

Marie-Andrée Chouinard   27 juin 2009 
Elle en avait rêvé tout haut dans une chronique publiée dans ce quotidien, un samedi de février 1996, peut-être gris mais propice aux idées lumineuses. Lise Bissonnette conviait le gouvernement à «doter Montréal — et le Québec qui s'y brancherait — d'une maison centrale du livre et de la connaissance» pour notre «solide petit peuple» qui «tient à sa grande culture».

Treize ans plus tard, l'ancienne directrice du Devoir, devenue présidente-directrice générale de Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ), laisse à son successeur Guy Berthiaume, qui prendra lundi sa relève, une institution culturelle dont tous peuvent s'enorgueillir, fréquentée chaque jour par 10 000 usagers curieux des livres, une réussite, non seulement pour la quantité de documents qu'elle abrite, d'activités qu'elle propose, d'archives qu'elle protège, mais surtout parce que sa seule existence consacre la lecture, la culture et la connaissance comme les socles sur lesquels peut reposer la société québécoise.

De cela, on peut assurément tirer une certaine fierté. Lise Bissonnette, insatiable amoureuse des livres, et son équipe ont doté ce navire amiral planté en plein centre-ville d'une âme, perceptible de plus d'une manière: du spectacle qu'offre le soir son bel intérieur de bois éclairé jusqu'à l'émouvante fébrilité de l'Espace jeunes, animé de cultures et d'accents divers, en passant par la communion tranquille et feutrée de tous ces studieux lecteurs, campés çà et là dans l'établissement. Sans les quelques malheureuses chutes de lamelles, qu'y aurait-il à y redire?

BAnQ a certes le vent dans les voiles; cela ne doit pas freiner les ardeurs de M. Berthiaume, que quelques défis attendent. À commencer par le rayonnement de cette institution phare, qui masque encore les immenses besoins de certaines bibliothèques publiques aux rayons encore dégarnis. La numérisation des collections archivées, à l'ère d'Internet, est aussi une entreprise gigantesque qui appelle une solide maîtrise.

La Grande Bibliothèque avait pour mission de (re)donner à un peuple le goût de lire. Les Québécois, hélas, ne lisent pas encore suffisamment. Il faudra plus qu'une institution pour faire tourner les pages! À cet égard, les partenariats entre l'école et BAnQ pourraient être multipliés. Ses activités gagneraient aussi à être connues davantage: la Grande Bibliothèque n'est pas que prêteuse de documents, elle constitue un lieu d'animation trop anonyme.

On ne peut manquer de rappeler que cette construction de «béton» a coûté quelque 170 millions de dollars au gouvernement. À côté des immenses chantiers qui s'annoncent et des catastrophes financières récentes, il s'agirait donc de toute une «affaire»...

C'est surtout un beau rêve, né d'un esprit visionnaire soucieux de démocratiser la culture. Le voilà passé avec grand succès au stade de la réussite bien ancrée dans la réalité. Chapeau, madame. Bonne continuité, monsieur.
 
 
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