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Le déclin tranquille du Québec

«Je pars inquiet pour l'avenir du Québec»

François Legault  26 juin 2009 
Nous publions des extraits de l'allocution livrée hier par le député du Parti québécois François Legault, au moment d'annoncer son retrait de la vie politique.

Il y a plus de dix ans, j'acceptais l'invitation de Lucien Bouchard de me joindre à son gouvernement. Si je l'ai fait, c'est parce que je souhaitais contribuer au développement économique du Québec de façon différente après une carrière active dans le monde des affaires. Je voulais aussi redonner à cette société qui m'avait donné la chance de réussir professionnellement.

Après plus de dix ans de vie politique, et au terme d'une mûre réflexion, j'en suis venu à la conclusion qu'il est temps pour moi de passer à autre chose et d'envisager d'autres formes d'engagement dans la société québécoise. C'est pourquoi j'annonce ma démission en tant que député de la circonscription de Rousseau et mon retrait de la vie politique.

J'ai réalisé au cours des dernières semaines que j'étais de plus en plus inconfortable dans mon rôle de critique. C'est une fonction nécessaire et incontournable dans notre système politique, mais après avoir occupé cette fonction pendant six ans, je souhaite aujourd'hui retrouver une occupation qui me permettra d'agir autrement.

Je suis un gars d'action. Un gars qui, avec des associés, a bâti une compagnie aérienne. À 52 ans, je dois dire que cette soif d'action, autre que politique, m'a rattrapé...

Pas de moment idéal

Certains diront que ce que n'est pas un bon moment pour partir. Je leur réponds qu'il n'y a malheureusement pas de moment idéal... L'automne dernier, le gouvernement libéral a tenu une élection qui avait pour thème central l'économie. Je croyais à cette époque avoir la motivation pour faire un mandat de quatre ans, et ce, même dans l'opposition.

Mais au cours des dernières semaines, j'ai bien vu que ma motivation déclinait et que je ne serais pas en mesure de continuer. J'ai cependant souhaité participer à la commission parlementaire spéciale sur la Caisse de dépôt et terminer la session parlementaire. Je pars donc aujourd'hui, à la veille du congé estival, serein quant au travail accompli.

L'avenir par l'éducation

[...] Malgré les limites de mon action, il y a deux réalisations dont je suis fier et que je voudrais brièvement souligner. D'abord, d'avoir réussi, à la suite du Sommet du Québec et de la jeunesse, à convaincre le premier ministre Lucien Bouchard d'investir plus d'un milliard de dollars en éducation. Cet investissement nous a permis de mettre en place les programmes «Agir tôt» et «Agir autrement» pour lutter contre le décrochage, notamment dans des écoles de milieux défavorisés. Ça nous a aussi permis d'investir dans nos cégeps et dans nos universités en échange des fameux contrats de performance. Cependant, il y a encore beaucoup à faire en éducation. Il faut établir chez les Québécois un rapport plus étroit entre l'éducation et l'avenir de notre nation. [...]

La deuxième réalisation dont je suis le plus fier concerne la mise en place d'outils qui favorisent une culture de résultats dans nos écoles et nos hôpitaux, notamment les contrats de performance, les plans de réussite et les bulletins des hôpitaux. Là encore, il reste encore beaucoup à faire.

Inquiétude

Je pars toutefois inquiet pour l'avenir du Québec. Inquiet parce que je sens que le Québec s'est engagé dans un déclin tranquille. Et cela, malheureusement, trop souvent dans la résignation et l'indifférence.

Tout projet politique ambitieux, quel qu'il soit, peu importe les partis, est difficile à réaliser actuellement. Certains me parleront sûrement de la souveraineté que nous n'avons pas encore réalisée, mais je pourrais aussi dire la même chose du renouvellement du fédéralisme dont le fruit n'en finit plus de mûrir. La question du Québec n'est pas réglée, mais c'est comme si on refusait de se l'admettre collectivement.

Déclin tranquille

La même apathie existe pour les défis économiques et sociaux auxquels nous faisons face. Les raisons sont multiples, mais il faut d'abord constater que la perte de confiance et le cynisme de la population envers la classe politique freinent tout élan. Avant de jeter la pierre à d'autres, je prends ma part de responsabilités, ayant été impliqué en politique depuis plus de dix ans.

Politiciens, citoyens, médias et groupes de pression, nous sommes tous responsables de cette réalité. Cela dit, la fatigue, le cynisme, le fatalisme ne peuvent servir d'excuses pour accepter l'immobilisme, et surtout le déclin tranquille du Québec.

Défis à relever

Le Québec doit retrouver la voie du courage et de l'audace. C'est mon souhait le plus cher. J'aime bien la remarque que le président américain reprend dans plusieurs de ses discours. Il affirme que chaque génération fait face à des défis imposants, mais que c'est la responsabilité de chacune de ces générations de se retrousser les manches, de relever ces défis pour son bien et pour celui des générations futures.

Pour moi, il y a trois défis qu'il nous faudra surmonter:

- d'abord, le Québec a toujours un écart de richesse important avec les autres États de l'Amérique du Nord;

- ensuite, nos réseaux publics de santé et d'éducation connaissent de graves problèmes d'efficacité;

- enfin, le Québec vit une crise des finances publiques.

Richesse et efficacité

Premièrement, le Québec n'a pas réussi à réduire l'écart de richesse qui le sépare des autres États en Amérique du Nord. Il a un revenu moyen trop faible qui risque d'encourager l'exode de nos jeunes et de nuire au financement de nos programmes sociaux. Pour créer de la richesse, le Québec devrait investir davantage en éducation. Il faudrait aussi avoir une fiscalité des entreprises plus attrayante pour accroître les investissements, et du même coup améliorer notre productivité. Nous devons également mieux utiliser tous nos outils de développement économique, en particulier la Caisse de dépôt, pour protéger et favoriser la croissance de nos grandes entreprises québécoises.

Deuxièmement, les problèmes d'efficacité qui assaillent nos grands réseaux publics restent trop nombreux. Il faut changer la culture dans nos écoles, dans nos commissions scolaires, dans nos hôpitaux et dans nos agences de santé pour mettre en place une culture de l'évaluation et une culture des résultats.

Troisièmement, l'état des finances publiques du gouvernement du Québec est tel que l'on peut véritablement parler d'une situation de crise. Si on refuse d'y faire face, ce problème de déficits structurels va s'accentuer au cours des prochaines années en raison du vieillissement de notre population. On ne réussira pas à protéger nos programmes sociaux si on accepte l'endettement perpétuel du Québec et de ses générations futures. Il est encore temps d'agir. Ne restons pas collectivement les bras croisés.
 
 
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