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SOS-Démocratie

19 juin 2009 
J'ai fait un rêve. Un rêve troublant. Dans ce rêve, le vote n'existait plus. Il avait été décidé que le choix de nos gouvernants se faisait désormais par sondage.

Boudés par trop de gens depuis trop longtemps, les processus électoraux, coûteux et complexes, avaient disparu. On avait simplifié l'exercice en confiant à une firme de sondage dûment assermentée la tâche de recueillir, par Internet et par téléphone, la volonté politique de la société à partir d'un échantillonnage représentatif de la population. Les citoyens étaient exemptés de se rendre déposer leur bulletin dans l'urne, le jour J.

La «idémocratie», dans ce rêve, était peut-être en voie de gagner ses lettres de noblesse! En effet, pourquoi se priver plus longtemps d'appliquer à l'élection des gouvernements des techniques de cueillette d'opinion qui avaient fait leur preuve? Les sondages et groupes de réflexion dictaient depuis longtemps non seulement le palmarès des savonnettes, des automobiles et des assurances, mais aussi celui des valeurs de la société. [...]

Sans doute pas un effet du hasard, ce «icauchemar»! Plutôt l'expression de mes préoccupations pour une démocratie en péril... et pas seulement chez nous.

En effet, il est de moins en moins rare que le «parti des abstentionnistes» dicte les résultats de l'élection. Quand moins de 50 % des électeurs se rendent voter et partagent leurs voix presque également entre deux ou trois partis, il est difficile de donner beaucoup de légitimité démocratique aux gagnants... à moins qu'une extrapolation fumeuse nous amène à répartir à peu près également entre les différentes options les volontés non exprimées. L'équation me paraît un peu simpliste. À travers la stratégie du silence, c'est non seulement le désintérêt pour la chose publique qui est exprimé, mais aussi la méfiance et le scepticisme envers la démocratie. Comme société, il est plus que temps d'en prendre acte.

Conscience citoyenne en érosion

[...] Pendant que les pourcentages de participation aux élections s'effritent, un peu partout dans nos sociétés les projets de loi ciblant une démocratie améliorée — refonte de la carte électorale, réforme du mode de scrutin, mesures favorisant l'élection de femmes et de minorités culturelles, réforme du Sénat — dorment sur les tablettes des gouvernements. Pas facile, l'objectivité, lorsqu'on est juge et partie! Quant au beau concept de la responsabilité, l'actualité économique de la dernière année a fini de le saboter. [...]

Sûre du fait qu'il est encore possible d'éviter de se voir dépouillés du droit de parole individuel et collectif que nous donnent les élections, je propose un chantier de revalorisation de la démocratie. Pas une commission parlementaire. Pas des états généraux ponctuels. Un véritable chantier faisant appel à des artisans-citoyens d'horizons différents pour imaginer des solutions inédites.

L'offre récente des cours d'éducation à la citoyenneté au secondaire, les élections de représentants des élèves dans les classes, dès le primaire, les simulations, par les enfants, d'élections provinciales ou fédérales en temps réel: autant d'initiatives porteuses de l'intérêt pour la démocratie. Mais on pourrait aller plus loin.

Pour quoi faire?

Et de ce chantier, que pourrait-on voir émerger comme idées? Une carte d'identité citoyenne qui — sans obliger les gens à voter — témoignerait de l'intérêt porté par un individu à la vie de sa communauté et l'inciterait, dès son jeune âge, à prendre conscience de ses responsabilités comme citoyen. Offerte, pourquoi pas, à l'adolescence, cette identité valoriserait l'appartenance communautaire des Québécois de demain.

Ainsi, comme les diplômes permettent d'évaluer les connaissances et la compétence professionnelle d'une personne, cette carte témoignerait de sa préoccupation citoyenne et de son engagement dans son milieu. Une information utile si l'on cherche, par exemple, à confier la direction d'un service public, d'une caisse de placement, d'une école, d'un corps policier ou autre, à un homme ou à une femme. [...] Cette nouvelle empreinte confirmerait l'importance que notre société accorde à «l'ancrage terrain» de la démocratie.

Des idées

Et, pourquoi pas, l'abonnement d'un an de tous les jeunes à un quotidien. La lecture assidue de journaux (papier ou Internet) est une école de réflexion et d'analyse que la navigation Web et la fréquentation des blogues n'égalent pas. Récemment, le président Nicolas Sarkozy donnait le feu vert de l'État français pour l'abonnement gratuit de tout jeune atteignant 18 ans au journal de son choix. Pourquoi n'imiterions-nous pas ce projet expérimental?

Aussi, la limitation de la durée des mandats électoraux dans les municipalités et la mise en oeuvre d'un système de mentorat, d'élus suppléants ou de stagiaires préparant jeunes et moins jeunes à assurer la relève; la valorisation des postes élus au municipal, notamment dans les petites municipalités; la reconnaissance en points de retraite des années consacrées au service de sa collectivité.

Écrire la nouvelle démocratie

Au-delà de l'évocation de ces quelques pistes, il y a au Québec une mine de créativité politique à exploiter, notamment chez les jeunes, les femmes, les personnes qui, jusqu'à présent, sont spectateurs de la démocratie. En effet, plusieurs assistent à l'heure actuelle à un théâtre quelque peu décevant et auquel ils hésitent à participer, notamment lorsque les débats autour de projets leur tenant à coeur prennent des allures de batailles de ruelles ou donnent lieu à des imprécations grossières.

En 2009, renoncer à une réflexion de fond, voire à des changements de pratiques, c'est ouvrir la porte à une démocratie qui, d'ici peu, n'en aura plus que le nom. Les risques sont grands, entre autres celui de perdre les acquis importants des dernières décennies en matière de participation sociale. [...]

Enfin, en amont des Parlements, il y a un immense potentiel créatif citoyen dans notre société. Je suis de ceux qui croient non seulement en l'importance d'y consacrer l'écoute et les efforts nécessaires, mais aussi le nombre d'années qu'il faudra.






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