Cachez ce français!
Paule Des Rivières
15 avril 2003
Craignant que les Américains du nord-est de États-Unis, habituellement nombreux à passer leurs vacances au Québec, ne boudent nos atouts cet été en raison de notre identité francophone, Tourisme Québec s'apprête à retirer de ses brochures les références au fait français au Québec. Motif? Taire les liens entre la France et le Québec, en raison de la francophobie qui s'est développée aux États-Unis depuis que la France a pris la tête du camp des opposants à la guerre en Irak. À Tourisme Québec, on assure que les changements sont mineurs. Par exemple, au lieu de parler de «French joie de vivre», on parlera de «culture unique». Musées et gastronomie restent au programme, de manière inoffensive.
Curieux. Depuis de nombreuses années, Tourisme Québec insiste justement sur notre différence française, qui contribue à faire du Québec une destination attrayante pour les Américains. Alors quoi? Subitement, il faudrait cacher notre identité et nos racines? L'identité que nous portons fièrement deviendrait une maladie honteuse parce qu'il ne faut pas effaroucher les Américains? (Bon an mal an, 2,3 millions d'Américains déversent l'équivalent d'un milliard de dollars au Québec.)
Dans la même logique, devrait-on condamner Jean Chrétien pour s'être opposé à l'intervention américaine en Irak, parce que cette position risque d'avoir des répercussions de nature économique? Une minorité croit que oui et elle est en émoi parce que le président Bush a annulé la visite qu'il devait faire au pays le mois prochain. Mais une majorité de Canadiens ont compris qu'il fallait être prêt à composer avec les conséquences de ses convictions, tout en espérant que ces répercussions, quoique réelles, ne seront pas incontrôlées.
La décision de Tourisme Québec nous ramène à la dynamique des attitudes et des convictions identitaires. Par crainte de représailles, l'on s'apprête à mettre son identité sous le boisseau. Même mineurs, les «changements» envisagés représentent une insulte pour les Québécois dont l'identité n'a pas de prix. Ils constituent également un soufflet pour les Américains censés être incapables de faire la distinction entre la France et le Québec. À moins que les Américains, qui formeraient par ailleurs un bloc unidimensionnel et uniforme, soient désormais incapables de tolérer la moindre allusion au fait français. Heureusement que le ridicule ne tue pas.
Curieux. Depuis de nombreuses années, Tourisme Québec insiste justement sur notre différence française, qui contribue à faire du Québec une destination attrayante pour les Américains. Alors quoi? Subitement, il faudrait cacher notre identité et nos racines? L'identité que nous portons fièrement deviendrait une maladie honteuse parce qu'il ne faut pas effaroucher les Américains? (Bon an mal an, 2,3 millions d'Américains déversent l'équivalent d'un milliard de dollars au Québec.)
Dans la même logique, devrait-on condamner Jean Chrétien pour s'être opposé à l'intervention américaine en Irak, parce que cette position risque d'avoir des répercussions de nature économique? Une minorité croit que oui et elle est en émoi parce que le président Bush a annulé la visite qu'il devait faire au pays le mois prochain. Mais une majorité de Canadiens ont compris qu'il fallait être prêt à composer avec les conséquences de ses convictions, tout en espérant que ces répercussions, quoique réelles, ne seront pas incontrôlées.
La décision de Tourisme Québec nous ramène à la dynamique des attitudes et des convictions identitaires. Par crainte de représailles, l'on s'apprête à mettre son identité sous le boisseau. Même mineurs, les «changements» envisagés représentent une insulte pour les Québécois dont l'identité n'a pas de prix. Ils constituent également un soufflet pour les Américains censés être incapables de faire la distinction entre la France et le Québec. À moins que les Américains, qui formeraient par ailleurs un bloc unidimensionnel et uniforme, soient désormais incapables de tolérer la moindre allusion au fait français. Heureusement que le ridicule ne tue pas.
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