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Éducation: tolérer l'intorérable?

Pierre Lacerte - Outremont  17 juin 2009 
Le 11 juin dernier, le professeur Pierre Anctil publiait une lettre ouverte dans ces pages à propos de la «nouvelle ronde de négociations entre le ministère de l'Éducation et certaines écoles hassidiques».

Personne ne reprochera au professeur Anctil de s'intéresser à l'histoire de la communauté hassidique établie au Québec depuis le début du XXe siècle ou d'avoir traduit du yiddish les souvenirs d'Israël Medresh, un jeune juif d'Europe de l'Est débarqué à Montréal en 1916. Au contraire, il est fort instructif de découvrir et de comprendre les rapports entre la communauté juive et les Québécois francophones depuis leurs premiers contacts.

Par contre, quand sa fascination pour la secte hassidique se transforme en un serment d'allégeance inconditionnel qui l'amène à justifier le jusqu'au-boutisme fanatique, rien ne va plus.

Il est important de comprendre les motivations profondes qui ont amené les hassidim à se replier sur eux-mêmes, à vivre en reclus au milieu d'une société qu'ils abhorrent ouvertement. Les raisons historiques évoquées par M. Anctil sont extrêmement dramatiques, mais pendant combien de siècles encore les sociétés occidentales devront-elles battre la coulpe et faire amende honorable? Il n'y a aucune raison pour la société d'accueil de se plier aux préceptes ultrareligieux de cette frange orthodoxe de la communauté juive. La démocratie ne peut céder à la théocratie d'une minorité sans bafouer les droits de tous, y compris les droits des enfants que sont les petits hassidim.

Que les dirigeants de sectes hassidiques soient ou non motivés par un isolationnisme malveillant ou par un mépris des lois du pays comme le réfute M. Anctil, il n'en demeure pas moins que des ultrareligieux influents font manifestement fi des lois et règlements qui s'appliquent à toutes les autres communautés, qu'elles soient de souche ou non. Doit-on tolérer l'intolérable? Doit-on leur permettre de créer leur propre «apartheid» avec la complicité de certains élus alors que nous décrions et sanctionnons l'abject phénomène partout ailleurs sur la planète?

En matière de scolarisation, Pierre Anctil avance que les rabbins hassidiques ne rejettent pas les exigences officielles. L'excuse pour ne pas se conformer résiderait dans le fait qu'une fois le rigoureux programme judaïque injecté dans le cerveau de leurs jeunes, il ne reste plus suffisamment de temps dans la journée pour le superflu théorique exigé par le ministère. C'est vrai que même pour les pieux hommes, les journées n'ont que 24 heures!

M. Anctil met en garde la ministre de l'Éducation, Michelle Courchesne. Il insinue qu'elle perd son temps à négocier avec les rabbins un contrat qui les engagerait à respecter le cursus du ministère, dont le cours d'éthique et de culture religieuse. Ce dernier cours violerait supposément la liberté de conscience des juifs de confession hassidique. Mais que faites-vous, M. Anctil, du droit à l'éducation et de celui de devenir un citoyen éclairé à part entière qui ne vive pas aux crochets de la société qui l'accueille et qui lui offre les subventions à l'éducation?

Avez-vous lu le rapport annuel 2008 de la Banque d'Israël qui révèle que seuls 32 % des hommes de la communauté ultraorthodoxe israélienne occupaient un emploi en 2007? Chez nous, le pourcentage de ces hommes en noir sur le marché du travail équivaudrait au nombre de nos... décrocheurs. Que cela nous vaudra-t-il dans quelques années? [...] Pendant combien de temps encore, M. Anctil, endosserez-vous béatement les conséquences de cette redoutable réalité appréhendée?

S'il faut une bataille juridique, que les autorités ne s'en laissent pas imposer, car si certains dirigeants hassidiques ne respectent pas nos lois, ils les utilisent à souhait pour atteindre leurs fins. Ce n'est qu'en abdiquant devant les ultraorthodoxes que nous perdrons vraisemblablement tous, collectivement.
 
 
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  • Gebe Tremblay
    Inscrit
    mardi 8 décembre 2009 12h48
    Le reclus des hassidiques

    Pourquoi acceptez-vous si légèrement les raisons historiques du reclus des hassidiques évoquées par M. Anctil ?

    La proposition de Pierre Anctil est sans fondement :

    "Mis à part les motivations strictement théologiques déjà citées, certaines raisons historiques expliquent la volonté que manifestent les Juifs hassidiques de se garder en retrait du mouvement général de la société, dont les sévices qu'ont vécus leurs communautés en Europe durant l'Holocauste." (Pierre Anctil)

    Les hassidiques vivent en reclus depuis les débuts de la création de ces sectes mystiques en Pologne. Au XVIII e siècle, les juifs établis en Europe de l'est avaient réussi à dominer le commerce dans plusieurs centres et ce succes engendra avec les années une surpopulation juive qui atteint la limite de cappacité économique et donc une classe pauvre de juifs fit son apparition et devint très nombreuse. Ces juifs ont échoué à controler leur démographie et la pauvreté s'empira. Il y eu grand ressentiment entre ces juifs et la classe juive riche et leurs rabbins. C'est ainsi que les sectes hassidiques sont nées chez les pauvres et cherchèrent à concilier pauvreté et religion dans le mysticisme et la réclusion du monde.

    Des sévices pendant la deuxième guerre mondiale, toutes les nations en ont subies, autant et plus que la communauté juive. On ne vois aucune de ces autres communautés se mettre en réclusion.

    Il ne faut plus accepter ces malhonnêtes sous-entendus qui cherchent à culpabiliser pour obtenir des faveurs.

  • André/Andrés 71
    Inscrit
    mardi 8 décembre 2009 19h05
    Les excès du privé financé par le public
    Retraité de l’éducation collégiale publique au Québec où j’ai œuvré de 1970-1995, j’ai toujours défendu, par principe, le transfert des taxes publiques aux écoles privées. Ce que l’on donne au privé revient à accorder des « privilèges indus » à des entreprises qui devraient pouvoir s’autofinancer ou disparaître du paysage éducatif.

    Nous voyons ici même une conséquence malheureuse de ce refus du principe de laïcité (1) en éducation. L’introduction de valeurs religieuses au frais du système public d’éducation est, à mon avis, un pas de trop dans la mauvaise direction. Sous prétexte de favoriser l’intégration à la société québécoise de Juifs hassidiques auto-marginalisés depuis plus de 25 ans, force nous est de constater que les résultats sont plus que décevants. On ne pourra accuser les Québécois d’intolérance à ce chapitre bien au contraire. Il me semble que leur processus d’intégration pêche par sa lenteur excessive ou leur entêtement dans la résistance passive malgré tous les efforts consentis en leur faveur. Ces gens vivent décidément sur une autre planète et forts de leurs traditions et écrits, ils se croient au-dessus des lois humaines et civiles. Pourtant le Christ auquel ils croient les a respectés à son époque: "Donnez à César ce que appartient à César et à Dieu ce que appartient à Dieu"

    La vigilance citoyenne et médiatique à leur endroit est plus que nécessaire, car leurs descendants et les disciples qu’ils recrutent vont totalement à l’encontre de nos valeurs récemment clarifiées et pourtant bien redéfinies dans nos Chartes et lois récentes démocratiquement adoptées.

    Il est grand temps que les ministres de l’Éducation et des Communautés culturelles prennent tous les moyens pour éradiquer TOUT financement aux écoles ou institutions privées, quelle que soient leurs orientations religieuses, caritatives ou sociales. « A bon entendeur salut ! »

    (1) LAÏCITÉ : Copyright © LAROUSSE - VUEF 2001
    1. Système qui exclut les Églises de l'exercice du pouvoir politique ou administratif et, particulièrement de l'organisation de l'enseignement public.
    2. Caractère de ce qui est laïque, indépendant des conceptions religieuses ou partisanes.

    Signé : André Lacombe, le joyeux retraité de la « Perle du Pacifique » !

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