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Présidentielles iraniennes 2009 - Les raisons d'une victoire controversée

17 juin 2009 
Des élections présidentielles controversées se sont déroulées en Iran la semaine dernière. Mahmoud Ahmadinejad a été réélu avec 62,63 % des voix, tandis que son principal rival, Mir Hossein Moussavi, n'a récolté que 33,75 % des votes. Même si le président sortant restait le grand favori de ce scrutin, l'intensité de la campagne électorale laissait présager la tenue d'un deuxième tour.

Durant ces trois dernières semaines, les manifestations de tous bords se sont succédé, les réseaux Internet ont été mobilisés et les candidats se sont affrontés lors de débats télévisés. Et surtout, ce scrutin avait tout de même réussi à mobiliser 70 % de l'électorat iranien. Les Iraniens savent, en effet, que l'issue de ces présidentielles est déterminante pour l'avenir du pays sur bien des aspects. Le dossier le plus préoccupant reste évidemment l'économie intérieure, structurellement en crise. Mais le programme nucléaire que l'Occident juge suspect et la «main tendue» de Barack Obama à l'égard de Téhéran font également parler dans le pays. Comment expliquer la victoire triomphale de Mahmoud Ahmadinejad dès le premier tour? Et surtout, quelles en seront les conséquences sur l'équilibre politique du pays?

«Coup de force» électoral

La reconduction de Mahmoud Ahmadinejad au poste de président restait certes prévisible. Le président sortant possède le soutien du guide suprême, Ali Khamenei. Ce dernier avait d'ailleurs déclaré: «Il vaut mieux choisir quelqu'un qui comprend les problèmes des gens, qui vient du peuple.» L'appui du guide a permis au président sortant de bénéficier, durant toute la campagne électorale, du soutien de la télévision d'État et de la radio, ou encore des prières du vendredi prononcées dans toutes les mosquées.

Mahmoud Ahmadinejad a également le soutien d'une partie des institutions paramilitaires et des services de renseignement iraniens, lui-même issu des Bassidji, la partie la plus idéologique et plébéienne des institutions paramilitaires. Disposant de ressources économiques considérables, ces réseaux ont soutenu Mahmoud Ahmadinejad dans son ascension politique jusqu'à la présidence en 2005. Ces coalitions paramilitaires se doublent de réseaux cléricaux extrêmement influents permettant à Mahmoud Ahmadinejad d'avoir le soutien de grandes figures cléricales ultraconservatrices.

Tout au long de son mandat présidentiel, Mahmoud Ahmadinejad a charmé son électorat par une redistribution de la rente pétrolière et par ses multiples déplacements en province. Ces Iraniens ont évidemment répondu présents au scrutin présidentiel du 12 juin 2009. C'est précisément grâce à sa plateforme de justice sociale que Mahmoud Ahmadinejad avait remporté le scrutin présidentiel en 2005.

Son programme électoral d'injection massive de pétrodollars dans l'économie iranienne avait réussi à mobiliser les couches sociales défavorisées. Mahmoud Ahmadinejad s'engageait à multiplier les prêts à faible taux d'intérêt, les subventions aux catégories défavorisées, ou encore d'augmenter les salaires minimums. Son discours tranchait avec celui de ses concurrents, qui avaient largement négligé les enjeux quotidiens des populations n'appartenant pas à la riche bourgeoisie des grandes villes. En cultivant une réputation d'homme du peuple et de dévot de l'islam, il avait réussi à charmer le petit peuple.

Un camp réformateur déçu

Mais la haute bourgeoisie et les classes moyennes des grandes villes demeurent réticentes vis-à-vis de Mahmoud Ahmadinejad. L'inflation a atteint 19 % et le chômage avoisine les 12 %, tandis que le secteur industriel souffre d'un sérieux manque de liquidités bancaires. La rente pétrolière se dilapide au profit des populations défavorisées, au lieu qu'elle soit investie dans des activités productives. Durant toute la campagne, le camp réformateur a cultivé ces ressentiments sociaux. Prônant des réformes intérieures, ainsi qu'une politique de détente avec l'Occident, ce mouvement s'appuie particulièrement sur les jeunes. Mehdi Karroubi, ancien président du Parlement, s'était bien sûr présenté aux élections, même s'il n'a pu réunir que 0,85 % des voix.

C'est surtout le candidat réformateur Mir Hossein Moussavi qui avait suscité de nombreuses attentes au sein de la population. Même s'il n'a pas occupé de fonction politique majeure depuis 1989, il bénéficie d'une solide assise dans le pays, dont le soutien de la principale figure réformatrice, l'ancien président Mohammad Khatami (1997-2005). Il a aussi su gérer le pays au plus fort de la guerre Iran-Irak (1980-1988). Il bénéficie par ailleurs d'une solide assise dans sa région natale, en Azerbaïdjan. Sans oublier que la participation de son épouse à la campagne avait mobilisé un public féminin souvent laissé pour compte par le régime.

Un clan conservateur divisé

Des voix politiques critiques envers Mahmoud Ahmadinejad s'étaient également fait entendre au sein même de la mouvance du président sortant: le clan conservateur. Ces rivalités s'étaient formalisées lors des élections législatives de mars 2008, où les conservateurs qui s'opposaient à Mahmoud Ahmadinejad s'étaient réunis au sein de la Coalition élargie des défenseurs des principes.

Le président sortant n'avait donc pas réussi à obtenir le soutien des députés conservateurs les plus en vue durant cette campagne présidentielle. Il s'agit de vétérans des Gardiens de la Révolution. Professionnels et élitistes, ils militent pour une approche plus rationnelle de la politique. En tête de file, Mohsen Rezaï, ancien commandant des Gardiens de la Révolution, s'est retrouvé candidat au scrutin présidentiel de 2009. Il n'a récolté que 1,73 % des voix.

Les adversaires de Mahmoud Ahmadinejad s'étaient donc ligués contre le président sortant durant la campagne électorale. Ils avaient cherché à mobiliser leurs réseaux au sein de la haute hiérarchie cléricale. Certains clercs haut placés voient en effet d'un mauvais oeil les allégations religieuses entretenues par un président sortant qui n'a pas même le titre de mollah. Ils entretiennent également de vieilles rivalités avec le guide suprême. De leur point de vue, la victoire de Mahmoud Ahmadinejad ne ferait que consacrer la prééminence du guide, à leurs dépends.

La victoire de Mahmoud Ahmadinejad est maintenant vivement contestée. Mir Hossein Moussavi dénonce les irrégularités dans le processus électoral. Certes, Ali Khamenei se voit réconforté dans sa position de guide suprême. Mais ce «coup de force» électoral témoigne aussi de l'affaiblissement de ses pouvoirs sur le plan interne. Jusqu'où les opposants d'Ahmadinejad iront-ils pour exprimer leur mécontentement? Déjà, les conservateurs issus des Gardiens de la Révolution s'agitent, pendant que les camions de police anti-émeute pro-Ahmadinejad défilent dans les rues pour faire taire les émeutiers pro-Moussavi.






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