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Élections 2003 - Le choix du Devoir - Le Parti québécois, avec réserve

Bernard Descôteaux   12 avril 2003 
Lundi, au terme d'une campagne électorale qui aura duré près d'un an, il nous faudra choisir un nouveau gouvernement. Déjà, l'Action démocratique du Québec est éliminée. Restent le Parti libéral et le Parti québécois, qui se partagent la faveur de l'électorat. Lequel de ces deux partis est le plus apte à gouverner? Lequel peut le mieux faire avancer la société québécoise? Le Devoir propose une réponse.

La réaction des Québécois d'écarter l'ADQ est sage. L'attrait subit qui s'est manifesté envers cette formation au printemps 2002 traduisait la lassitude des électeurs à l'endroit des partis traditionnels. Plusieurs ont été séduits par les idées et les approches nouvelles prônées par Mario Dumont. Le débat qui s'en est suivi a vite laissé entrevoir le manque de profondeur et d'expérience de l'Action démocratique, qui n'est pas assez mûre pour accéder à la direction des affaires publiques.

À l'ADQ, il faut reconnaître certains mérites. Par sa présence, elle a enrichi le débat démocratique, provoquant une réflexion collective sur nos valeurs comme cela ne s'était pas vu depuis des années. La discussion n'est pas close! Il faut même espérer qu'elle se poursuive. Les idées de l'ADQ ont l'appui d'un nombre important de Québécois, et il serait sain que ceux qui les défendent puissent continuer à le faire depuis l'Assemblée nationale.

***

Pour former le gouvernement, le Parti libéral et le Parti québécois représentent donc les deux seules options raisonnables. Rappelés à l'ordre par leur jeune adversaire adéquiste, le PLQ et le PQ ont compris que le pouvoir ne leur appartient pas de droit divin et qu'il faut le mériter. Aujourd'hui, ces partis nous présentent des équipes et des programmes qui sont propres à inspirer confiance.

À l'issue de cette campagne, il est difficile, par exemple, de départager libéraux et péquistes en ce qui a trait à leurs qualités de gestionnaires. Cet aspect des choses n'est pas secondaire. La gestion du quotidien accapare l'essentiel des énergies d'un gouvernement et, souvent, c'est à sa capacité de bien administrer qu'on le jugera. On sait l'importance, parfois démesurée, qu'a prise ces derniers mois la gestion des salles d'urgence et des listes d'attente pour certains traitements médicaux. Le gouvernement est d'abord là pour donner des services pour lesquels on s'attend à une qualité à la hauteur des impôts que l'on verse.

Les équipes réunies par MM. Landry et Charest souffrent la comparaison. Il n'y a pas lieu de penser qu'Yves Séguin ou Michel Audet seraient moins bons que Pauline Marois aux Finances, que Philippe Couillard serait un ministre de la Santé moins bon que François Legault et que Lyne Beauchamp serait une ministre de la Culture moins bonne que Diane Lemieux. Quant à savoir qui ferait le meilleur premier ministre, là aussi, on peut croire que malgré des styles fort différents, les chefs libéral et péquiste ont tous deux la stature de la fonction. Bernard Landry est désormais à l'aise dans les habits de chef de gouvernement alors que Jean Charest, au cours de cette campagne, est apparu bien préparé pour assumer ce rôle.

Dans plusieurs dossiers, libéraux et péquistes partagent d'ailleurs les mêmes perspectives, sinon les mêmes solutions. C'est le cas de l'éducation, où tous deux veulent allonger le temps d'enseignement en classe, l'un de 90 minutes, l'autre de 120 minutes par semaine. En santé, la campagne électorale n'a pas permis d'établir de façon probante que les propositions du PLQ assureront une meilleure accessibilité aux soins que celles du PQ. Tous deux conviennent qu'il faut d'abord investir. Le reste suivra.

***

Ténues dans certains domaines, les différences entre libéraux et péquistes sont toutefois plus marquées sur le plan des grandes orientations. Ce n'est pas que le PQ et le PLQ soient aux antipodes l'un de l'autre. Tous deux sont des partis de centre avec chacun un accent, à gauche dans le premier cas, à droite dans le second. L'un privilégie davantage l'interventionnisme de l'État, l'autre, le libre marché, sur le plan tant économique que social. Voilà qui oriente fondamentalement notre choix: celui-ci va au Parti québécois, mais il nous faut l'accompagner de réserves.

Résumée à grands traits, la politique de développement économique du PLQ s'appuie sur une réduction significative du fardeau fiscal tant des particuliers que des entreprises. Une fois la compétitivité accrue, les investissements viendront tout naturellement, nous dit-on. Le PQ, pour sa part, pense qu'il faut inciter, stimuler, appuyer, bref intervenir, au point où on peut le qualifier d'activiste. Parfois, il l'est inutilement, mais souvent, son action a été déterminante. Deux exemples: Pacar et Gaspésia. Sans intervention forte de l'État, ces deux entreprises seraient de l'histoire ancienne. Un gouvernement Charest réagirait-il avec la même détermination? Il ne serait certes pas insensible au sort des travailleurs, mais compte tenu de ses convictions, il hésiterait.

Au début de la Révolution tranquille, on disait, pour justifier l'interventionnisme, que «l'État est notre seul millionnaire». Cela n'est plus vrai: les acteurs économiques sont nombreux. Cela dit, il reste que le Québec n'a pas encore entièrement rattrapé son retard économique. Si on veut atteindre cet objectif, on ne peut pas compter sur les seules forces du marché. Le levier de l'État demeure indispensable. L'État doit être présent. Ce qu'il faut éviter, ce sont les excès. Fouetté par l'ADQ, le gouvernement Landry avait promis de moderniser l'État québécois. S'il est réélu, il faudra lui rappeler cet engagement oublié en cours de campagne.

En matière sociale, le choix du PLQ de miser sur les baisses d'impôts réduirait la capacité d'un gouvernement libéral d'agir, exception faite du secteur de la santé. Les compressions budgétaires apparaissent inévitables, ce qui affecterait les ressources dévolues à un certain nombre de programmes sociaux. Le Parti québécois, pour sa part, entend agir à l'inverse. Les réductions d'impôts ne viendront que lorsqu'on aura réalisé les engagements pris au cours de cette campagne, comme cette promesse d'établir la semaine de quatre jours pour les parents de jeunes enfants. Une idée bien inspirée mais qu'il faudra bien étudier, sinon nuancer.

Ce que le Parti libéral nous propose, c'est un État beaucoup moins présent, si ce n'est absent, alors que le Parti québécois veut un État toujours aussi présent. A priori, il nous semble que l'esprit de partage et de justice sociale qu'a développé notre société sera mieux servi par le Parti québécois... à la condition que celui-ci demeure responsable d'un point de vue fiscal. Le Québec a appris à vivre selon ses moyens. Il ne faut surtout pas laisser la machine s'emballer de nouveau.

***

Ces élections ne sont pas des élections référendaires. Avant toute chose, les Québécois sont à la recherche d'un bon gouvernement, et ils n'ont guère prêté l'oreille aux échanges sur le thème «la santé ou la souveraineté» proposé par le Parti libéral. Personne n'ignore que le Parti québécois est souverainiste et qu'il travaillera, qu'il soit réélu ou renvoyé dans l'opposition, à faire avancer la cause de la souveraineté. Il n'y a pas de crainte sérieuse de le voir tenter de nous imposer une marche forcée vers cet objectif car les Québécois peuvent le rappeler à l'ordre. S'ils se sentent bousculés, ils le lui diront à l'occasion des prochaines élections fédérales en votant contre son parti frère, le Bloc québécois. La transparence est une vertu qu'il faut rappeler au Parti québécois. Réélu, celui-ci devra d'abord nous donner ce bon gouvernement qu'il nous promet.

Le débat sur la souveraineté resurgira certainement un jour, mais en attendant, il faut s'assurer d'avoir un gouvernement qui défendra assidûment les intérêts du Québec. La dynamique des relations fédérales-provinciales est telle que le Québec ne peut pas vivre en marge du cadre constitutionnel actuel. Le débat récent sur le déséquilibre fiscal a démontré que le Québec est gagnant lorsqu'il ne pratique pas la politique de la chaise vide. Ce débat n'est pas terminé, et il y aura d'autres questions qu'il faudra aborder. Tout particulièrement à surveiller, la négociation des ententes commerciales dans le cadre de la ZLEA et de l'OMC.

Qui, du Parti libéral ou du Parti québécois, saura le mieux défendre les intérêts du Québec? Jean Charest croit essentiellement qu'il pourra mieux le faire du fait que l'élection d'un gouvernement fédéraliste à Québec engendrera un climat de confiance propice à faire avancer les choses. Le chef libéral croit que la conciliation sera plus efficace que l'affrontement. Le fédéralisme revendicateur pratiqué par ses prédécesseurs libéraux est à son avis dépassé. Sa thèse est toutefois démentie par le succès obtenu par Lucien Bouchard et Bernard Landry dans le dossier de la santé. On ne sait pas si la méthode Charest serait plus efficace que la méthode Landry. Pour le savoir, il faudrait l'essayer, ce qui nous entraînerait dans une tout autre dynamique. Nous ne sommes pas de ceux qui croient que Jean Charest irait brader les intérêts du Québec, mais il faut rappeler qu'à Ottawa, on continue de pratiquer un fédéralisme centralisateur. Tant que cela demeurera, mieux vaut garder à Québec un gouvernement revendicateur. Sur ce plan, le Parti québécois servira mieux les intérêts du Québec.

bdescoteaux@ledevoir.ca
 
 
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