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Mairie de Montréal - Le règne des sauveurs

6 juin 2009 
Il y a maintenant près de huit ans est arrivé Gérard Tremblay pour sauver Montréal de l'emprise de Pierre Bourque et de Vision Montréal. Auréolé de son expérience de ministre à Québec, Gérald Tremblay est arrivé, rassembleur, pour crier haut et fort son attachement à une plus grande transparence et à une plus grande démocratie à Montréal.

Par rapport aux intentions de départ, le bilan ne sera malheureusement jamais à la hauteur. Montréal semble plus ancré que jamais dans le XXe siècle (autoroute Notre-Dame, échangeur Turcot, tergiversations sans fin pour un lien ferroviaire entre le centre-ville et l'aéroport...), alors que, dans une multitude d'autres villes du monde — et, détrompons-nous, pas seulement les villes européennes ou nord-américaines mais également africaines, latino-américaines ou encore asiatiques — les politiques d'urbanisme du XXIe siècle (investissement massif dans les transports publics, limitation de l'espace pour la voiture, quartiers conviviaux, gestion des matières résiduelles...) sont mises en place à un rythme accéléré. Montréal ressemble aujourd'hui à l'image que projetait la France des années 80, incapable de suivre la contemporanéité. Ce constat fait aujourd'hui l'objet d'un consensus de plus en plus large.

Malheureusement, le remède aujourd'hui proposé apparaît bien peu adéquat. Il semble que beaucoup trop de Montréalais soient disposés à répéter une formule connue: adopter un nouveau sauveur, cette fois-ci personnifié par Louise Harel. Les similitudes sont trop apparentes! Elle dit vouloir se monter rassembleuse; bien évidemment, elle surfe également sur les problèmes de transparence de l'administration Tremblay, et, de nouveau, voilà que les questions de structure occupent pratiquement tout le discours. Cependant, il n'est aucunement nécessaire de gratter très longtemps pour voir resurgir les faiblesses les plus manifestes de Louise Harel.

Elle est d'abord certainement l'une des principales responsables du désordre organisationnel qu'elle dénonce aujourd'hui. Sa méthode profondément antidémocratique d'imposer les fusions n'en fut que le détonateur. De plus, même si beaucoup s'entendent pour dire que la structure actuelle est source de problèmes, le diagnostic de Louise Harel est manifestement erroné. On ne peut attribuer tous les maux de Montréal à sa trop grande décentralisation, car les études comparées dans le domaine indiquent que Montréal est une ville très centralisée, presque tout étant décidé par le comité exécutif, qui siège à huis clos.

Deuxièmement, son passage à Vision Montréal soulève quelques doutes. Ceux qui composent le parti choisi par Louise Harel ne sont certainement pas les personnes adéquates pour remettre Montréal sur les rails: ce sont les mêmes qui ont maintenu Montréal en marge des développement actuels sur le plan de l'urbanisme.

Des questions en suspens

Aussi, l'alliance entre Benoit Labonté et Louise Harel donne l'impression que la conquête du pouvoir est une fin en soi et qu'il ne s'agit aucunement de la défense d'idéaux. Comment expliquer qu'une personne comme Mme Harel s'allie avec un affairiste de la sorte? Comment peut-elle expliquer son alliance avec celui qui a appuyé la privatisation de Montréal? Comment se sent-elle auprès de celui qui a défendu bec et ongles la vente du seul marché public situé dans un quartier qui est connu comme un désert alimentaire (le marché Saint-Jacques)?

Comment expliquera-t-elle aux citoyens d'Hochelaga-Maisonneuve qu'elle fera campagne avec un politicien qui appuie sans réserve l'autoroute Notre-Dame, alors que les avis des spécialistes sont sans équivoque: les plans proposés affecteront l'état de santé des résidants de ce quartier, notamment en faisant augmenter le nombre de naissances prématurées (selon des études de la Direction de la santé publique de Montréal).

Troisièmement, Louise Harel a une vision réductrice des maux montréalais. Jusqu'à présent, elle limite les problèmes de Montréal à sa structure politique, alors que les racines du retard de Montréal sont beaucoup plus profondes. N'en déplaise à Louise Harel, la structure politique de Montréal a bien peu à voir avec les choix politiques qu'on a faits quant au transport public ou encore à la privatisation de l'expertise qui se trouvait autrefois dans l'administration municipale. Tout comme Gérard Tremblay, elle possède assurément une bonne expérience de gestion publique, mais qu'en est-il de ses compétences à propos de l'urbanisme? Elle n'a encore absolument rien avancé à ce sujet, puisque là réside sa principale faiblesse.

Un maire pour Montréal

Il est franchement préoccupant qu'une candidate qui n'a présenté aucun programme, si ce n'est une critique de la structure, qui n'a avancé aucune idée de ce qu'elle proposera comme conception urbaine pour Montréal, puisse recueillir un appui aussi considérable. Montréal a déjà trop pâti de ces sauveurs, qui viennent et vont sans que jamais depuis des décennies les questions d'urbanisme n'aient été inscrites à leur ordre du jour, et ce, tout simplement parce qu'ils n'ont pas les compétences voulues pour les insérer dans leurs discours.

Il apparaît plutôt inconcevable qu'on approche à grand pas de la fin de l'ère du pétrole et que Montréal se dirige vers une nouvelle campagne électorale où la principale question débattue sera celle de la structure, comme le souhaite Louise Harel.

Il est également très préoccupant de voir se présenter de nouveau un candidat qui fera de l'hôtel de ville une succursale d'un parti politique provincial. Malgré ses propos contraires, Louise Harel apportera immanquablement une acrimonie dans les relations entre Montréal et le gouvernement libéral de Jean Charest, car elle s'est déjà «peinturée dans le coin» de façon trop voyante.

Cette acrimonie sera assurément coûteuse, puisque plusieurs transformations annoncées ne peuvent se réaliser sans l'appui du gouvernement québécois. Outre ce problème, Montréal doit se défaire, au niveau municipal, de la trop grande emprise des partis provinciaux, qui ont favorisé presque à sens unique les banlieues plutôt que la ville-centre (métro de Laval, train de banlieue, pont de la 25...).

Tous ces constats soulèvent des questions qui devront refaire surface dans les prochains mois. À quand un maire pour Montréal et non pas un gestionnaire pour le PLQ ou le PQ? À quand la fin du règne des sauveurs? À quand le retour des préoccupations relatives à l'urbanisme et d'un maire qui en possède les compétences et qui en fera ses priorités?






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