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La vue bouchée d'Israël

6 juin 2009 
Monsieur Yoram Elron, consul général d'Israël au Québec, vous nous écriviez ici même pour nous éclairer sur la perspective israélienne. Après la lecture de votre déclaration, je dois vous remercier de nous aimer, de nous comprendre et bien sûr de trouver que nous faisons preuve d'ouverture d'esprit, sauf sur le sujet qui vous intéresse. Toutefois, vous nous servez la rhétorique de la victime incendiaire. Bien sûr, nous n'avons pas toute votre perspective historique, mais nous gardons à l'esprit qu'en 1947, ce que les Nations unies ont «offert» aux Palestiniens, ce n'est rien de moins que de les débarrasser de leur territoire. Ils y vivaient pourtant depuis des siècles sans faire appel à vous. D'où, peut-être, leur colère. Vous oubliez aussi que ces mêmes Nations unies, vous n'en respectez guère les résolutions. Qu'est-ce que cet organisme représente donc réellement pour vous? Par ailleurs et contrairement à vos dires, nous ne sommes pas dupes de quelques journalistes ou d'infâmes intellectuels. Nous pouvons nous vanter de recevoir un traitement médiatique beaucoup plus équilibré que celui de nos voisins américains, qui ne se doutent même pas que les Palestiniens sont des êtres humains avec des noms et une histoire. On peut se demander si le soutien indéfectible de votre puissant allié pourrait dépendre d'un tel biais dans l'information.

Je vous accorde que les tireurs de roquettes de Gaza sont des nuisances intolérables, mais quelle sympathie pensez-vous vous attirer en proclamant la nécessité d'une «réponse disproportionnée». Poser la question, c'est y répondre. Ces propos, tenus par de hauts dirigeants israéliens, ont quelque chose de sanguinaire qui dépasse le simple ras-le-bol, mais trahissent plutôt une vieille habitude revancharde et impitoyable. Vous nous demandez ce que feraient les autres nations. On semble connaître votre réponse, alors je vous retournerais la question, monsieur le consul général. Que feraient les autres nations à la place des Palestiniens? Comment se sentiraient-elles, si elles étaient forcées de subir pendant des décennies la déportation massive, la répression, l'appauvrissement, la dépossession et le dénigrement au contact d'un voisin puissant, qui est armé jusqu'aux dents avec le meilleur matériel militaire qui soit et qui ne se gêne pas pour s'en servir? On devrait peut-être leur offrir un territoire bien à eux et à l'abri, à moins que vous n'ayez d'autres suggestions, vous qui partagez nos valeurs?






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