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Rue Émery, ce soir on danse

Le Grand Continental à 65 popotins

Josée Blanchette   29 mai 2009 
Thérapie de groupe en plein air. Entraînés par le chorégraphe Sylvain Émard, les danseurs en ligne s’exécutent dans l’harmonie et la bonne humeur.
Photo : Jacques Grenier
Thérapie de groupe en plein air. Entraînés par le chorégraphe Sylvain Émard, les danseurs en ligne s’exécutent dans l’harmonie et la bonne humeur.
Si le tango est l'expression verticale d'un désir horizontal, le Continental est un plaisir solitaire qui s'exprime dans une partouze à ciel ouvert. Ils seront 65 popotins à nous le prouver dès ce soir, rue Émery, face au cinéma Quartier Latin. De la danse en ligne en plein air pour le plus grand plaisir du voyeur qui sommeille en nous.

Soizante-cinq amateurs de tous les âges, de tous les horizons, de toutes les nations, de toutes les professions, des petits, des grands, des gros, des maigres, des vieux, des jeunes, des gays, des hétéros, des enfants, des retraités, des mariés, des célibataires, des Blancs, des Noirs, une très enceinte, d'autres qui ne le savent pas encore, vont se lancer sans garde-fou dans l'aventure que leur a proposée le Festival TransAmérique: faire des vrais fous d'eux-mêmes, en public, pendant une demi-heure.

Et le résultat est, ma foi, très convaincant. Dirigés par le chorégraphe de danse contemporaine Sylvain Émard, ces danseurs d'une fin de semaine réussissent à nous transmettre leur joie, tout leur être, bénévolement, sur des rythmes de R&B, de country, de disco, de techno, de valse et de beat box, ce curieux mélange de cunnilingus réussi et de pétomanie avancée.

Les danseurs non professionnels recrutés pour l'occasion travaillent leurs sept chorégraphies depuis deux mois, à raison de deux rencontres par semaine, parfois trois si on inclut la clinique de mouvements du samedi, sorte de récapitulatif pour les nuls. Certains d'entre eux n'ont jamais dansé en public, sauf dans un mariage, d'autres ont été repêchés directement dans le fabuleux monde de la danse en ligne.

«Je sais que beaucoup de gens la trouvent aliénante et que ça leur fait penser à 1984 d'Orwell, mais moi, la danse en ligne m'émeut», me confie leur sympathique chorégraphe qui a dansé pendant 12 ans pour Jean-Pierre Perrault en danse moderne et étudié le mime avec Decroux, en France. «C'est une danse révélatrice des gens qui la dansent. Malgré eux, les mouvements révèlent beaucoup qui ils sont. En tant que créateur de mouvements, je suis un peu voyeur. Je me régale de voir les gens bouger. Et j'ai beaucoup de respect pour le monde qui décide de danser. Tu te livres, tu acceptes qu'on te lise. C'est fragilisant de s'exposer. Et c'est admirable.»

Synchrone désynchrone

D'abord, le choix du Continental étonne, mais à regarder les 65 corps s'exécuter, il devient évident que la formule est rassembleuse, pour ne pas dire énergisante. On s'identifie immédiatement à l'un ou l'une, à sa façon d'exprimer la musique et le rythme, seul et avec d'autres. «C'est un style de danse en ligne qui évolue, dit Sylvain Émard. Maintenant, on y mélange du cha-cha, du disco, du tango, y a plus rien qui arrête personne! Le Continental, c'est un style, et on s'en inspire. Moi, ce que j'aime, c'est l'authentique et l'humain qui ressortent de ça. Quand tu travailles dans un cadre professionnel, tu perds la notion de plaisir, tu es happé par l'hyper-performance, le contrôle, diminué par les blessures. Avec Le Grand Continental, j'avais envie d'une expérience rafraîchissante pour le simple plaisir de danser.»

Je les ai tous enviés de connaître cette synergie, de tremper dans ce projet, de se secouer les fesses pour donner un coup de rein à l'ensemble. Et quel ensemble! À la fois uni et désuni, en symbiose et désaccordé. «Je suis reconnu pour être hyper-précis et très rigoureux, dit Sylvain. Mais avec eux, je suis plus "lousse", je me retiens. Je ne veux pas que ce soit parfait, mais je ne leur dis pas...»

Effectivement, l'émotion naît de cette imperfection, de cette candeur, de l'absence de retenue, de maladresse étouffée par un sourire de gêne, de ce groupe à l'allure dégingandée et parfois désynchronisée qui s'efforce de voler en harmonie, comme une bande d'outardes dans son ballet aérien. Mais c'est toujours celle qui est à la traîne qu'on remarque et qui nous rappelle à quel point l'exercice est difficile.

Grand corps malade

Pour beaucoup d'entre eux, danser en groupe les aidera à affronter les feux du trottoir ce soir. «Ils vont avoir le trac, c'est clair, mais c'est le plaisir qui doit primer. Je ne veux pas qu'ils "s'appliquent"», conclut leur coach. Les danseurs seront portés par le groupe et le défi consistera à danser comme si on ne les regardait pas, avec toute la sincérité et l'abandon dont ils sont capables dans l'intimité de leur salon.

Christine, une Bordelaise émigrée au Québec depuis trois ans, participera avec ses deux filles de 12 et 14 ans, Romane et Maïa, deux étudiantes en danse classique: «Je souhaitais leur donner une expérience différente de la danse. Et puis, je voulais participer en famille à un collectif de gens d'ici. C'est l'expérience sociale qui nous intéressait. Mes filles m'aident avec les chorégraphies, elles sont meilleures que moi. Mais surtout, ce qui nous manque comme immigrants, en terme de mélange de générations, nous le retrouvons ici. On y gagne beaucoup; il y a un réel respect entre jeunes et gens plus âgés.»

Pour Antoine, un jeune compositeur de musique électronique, même virginité face à la danse et même enthousiasme par rapport au groupe: «Il y a un réel sentiment d'appartenance. On a l'impression de se dépasser, c'est valorisant. Je ne suis plus à Montréal, ni même sur Terre; je danse... Et je me trouve bon! C'est comme jouer dans un orchestre, il y a une dimension qui nous dépasse, presque spirituelle. Le tissu humain se crée et on en fait partie. J'aimerais qu'on présente le spectacle ailleurs, sous d'autres formes. Je le souhaite ardemment!»

Tous regrettent que l'expérience du Grand Continental se termine dimanche et des espoirs de reprise flottent dans les esprits. «Ce projet m'a donné tellement d'énergie! Je ne pensais pas m'attacher autant à eux... », convient Sylvain, le cerveau du mille-pattes, la voix penaude.

Désormais, il manquera à ces 65 participants 64 paires de jambes supplémentaires pour rendre leur vie plus légère.

cherejoblo@ledevoir.com

***

«La danse, un minimum d'explications, un minimum d'anecdotes, et un maximum de sensations.»

- Maurice Béjart

«La danse est l'une des formes les plus parfaites de communication avec l'intelligence infinie.»

- Paulo Coelho

«Travaille comme si tu n'avais pas besoin d'argent. Aime comme si tu n'avais jamais souffert.

Danse comme si personne ne te regardait.»

- Satchel Paige

***

Visité: le site du FTA pour visionner la vidéo du Grand Continental. Ce soir et demain à 21h15 et dimanche à 18h, rue Émery, face au cinéma Quartier Latin. En cas de pluie, ils danseront sous des capes transparentes! C'est gratuit. www.fta.qc.ca/le-grand-

continental.

Plongé: avec délectation dans la lecture du dernier roman de Zoé Valdès, Danse avec la vie (Gallimard). De la danse comme prétexte, une touche d'érotisme, un rien de suspense et une habilité à nous faire transiter d'une histoire à l'autre, on ne s'ennuie pas en compagnie de la célèbre romancière cubaine. Moi qui ne lis presque jamais de roman, je me sens déjà en vacances. Seul bémol: c'est traduit en parisien (on a droit à des mots comme «compères-loriots» — orgelets —, j'aimerais connaître l'équivalent en espagnol), mais ça vaut encore le coup.

Visité: le site de la danseuse et chorégraphe Marie Chouinard (www.mariechouinardsolo.com). Pour les quatre chorégraphies en ligne et la rencontre avec Dany Laferrière. Deux créateurs s'expliquent sur leurs méthodes de travail respectives dans un lieu épuré (son studio). Intéressant. La vie, la danse, la mort, quoi!

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Joblog

Galant, tu perds ton temps II

Déjà, le nom de leur groupe m'a fait sourire: Galant, tu perds ton temps. Cinq femmes qui chantent du trad a cappella, accompagnées par un percussionniste, ça m'a vrillé dans le creux de l'oreille immédiatement. Je venais tout juste d'éjecter le dernier Patricia Kaas du lecteur (plein le casse!) après une tentative d'écoute de deux chansons et j'ai inséré le premier disque de l'album double de Galant, une formation qui existe depuis 2003 et qui lançait son disque cette semaine au Latulipe.

Le trad est souvent chanté par des hommes et les cinq filles de Galant (Jacinthe Dubé, Évelyne Gélinas, Josianne Hébert, Mia Lacroix et Isabelle Payette) nous font redécouvrir «les chansons et les complaintes de mal mariées, de femmes désobéissantes à leurs parents, de jeunes filles envoyées au couvent, de femmes en attente de leur mari, de bonheur amoureux». Des sujets qui traversent les âges.

Je me sens toute rigodon lorsque je les écoute et l'envie de taper du pied m'ensorcelle le bas du corps. Délicieuses entourloupettes vocales de par chez nous, qu'on pourra entendre au Festival Mémoire et Racines de Joliette à la fin de juillet. Ce coffret à souvenirs s'impose. En attendant, «faites-moi un homme sans tête, je vous en paierai la façon / Tous les hommes font à leur tête quand ils reviennent à la maison.» Pis, pousse pas 'mam quand a's'rase, comme disait mon arrière-grand-mère.

www.chatelaine.com/joblo
 
 
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