LA PAIX RESTE À GAGNER
Photo : Agence Reuters
Des soldats américains ont avancé hier au coeur du centre-ville de Bagdad où ils ont symboliquement renversé une statue géante de Saddam Hussein que des Bagdadis se sont empressés de piétiner sous la clameur d'un peuple libéré de la dictature. La preuve de la chute de Bagdad est venue de la rue au 22e jour de l'invasion américano-britannique, mais l'Irak n'a pas capitulé pour autant. La pacification du pays se fera au prix de durs combats, a prévenu la Maison-Blanche.
Galvanisé par le succès de la campagne militaire — l'une des plus «extraordinaires» de l'histoire —, le vice-président américain, Dick Cheney, a indiqué que le régime de Saddam Hussein contrôle encore une large portion du nord de l'Irak, où des combats difficiles attendent les troupes américano-britanniques. La capitulation de l'Irak n'est pas encore une réalité, a renchéri le secrétaire à la Défense, Donald Rumsfeld, qui s'est félicité des progrès «à couper le souffle» de la coalition.
Des chars et des blindés ont pénétré en après-midi dans le centre de la capitale, sur la place Ferdaous, devant l'hôtel Palestine où se trouve la presse internationale. Les troupes américaines ont franchi le Tigre et pris position sur la rive est du fleuve qui divise la capitale. Elles sont aussi implantées sur la rive ouest, où elles contrôlent plusieurs ministères.
Seules des forces irrégulières continuent à se battre du côté irakien, dont les fedayins de Saddam, un corps paramilitaire dirigé par Oudaï Saddam Hussein, le fils aîné du dictateur, et les miliciens du parti Baas au pouvoir.
Les Marines ont rencontré une résistance sporadique de la part de tireurs embusqués. «Ils se cachent bien, ils sont bien armés et ils sont bons tireurs», a dit à l'AFP le lieutenant-colonel Jim Parrington. Mais ces tireurs ne pourront arrêter la progression des soldats américains. Selon le général Buford Blount, commandant de la 3e division d'infanterie, il reste tout au plus quelques jours de combats dans la capitale.
«La partie est terminée», a reconnu l'ambassadeur de l'Irak aux Nations unies, Mohammed Aldouri, qui espère que le peuple irakien pourra bientôt vivre en paix. Aucun officiel irakien n'avait osé confirmer avant lui que Saddam Hussein a perdu le contrôle de Bagdad.
Chaos libérateur
La plupart des points stratégiques de Bagdad sont passés sous le contrôle des forces américaines, qui ont maintenant le loisir de terrasser les statues de Saddam Hussein ou de les draper de la bannière étoilée. Les Bagdadis ne se gênent plus pour frapper avec le talon de leurs souliers les portraits officiels de Saddam Hussein, sous les applaudissements et les coups de klaxon.
Le spectacle a plu au chef du Pentagone. «On ne peut s'empêcher de penser à la chute du mur de Berlin et à l'écroulement du rideau de fer», a commenté Donald Rumsfeld. «Nous voyons l'histoire en train de s'écrire, des événements qui détermineront l'avenir d'un pays, le sort d'un peuple et potentiellement d'une région», a ajouté M. Rumsfeld, pour qui Saddam Hussein rejoint désormais dans l'histoire «d'autres brutaux dictateurs déchus» comme Hitler, Staline et Ceausescu.
La capitale est le théâtre d'une plongée vertigineuse dans le chaos. Certains Bagdadis se sont mis à voler, à piller, mais aussi à rire et à chanter, comme s'ils cherchaient en quelques heures à se libérer de décennies de répression.
L'un des sièges les plus importants du parti Baas, au pouvoir depuis 35 ans, a été mis à sac, et un immense incendie a consumé l'immeuble du Comité olympique irakien dirigé par Oudaï Hussein.
À Hababiyah, un quartier au nord de Bagdad, des centaines d'Irakiens se sont précipités vers les transports de troupes américains en applaudissant et en scandant en anglais «Good, good, Bush!».
À Hatif Haiyawi, un faubourg rural à quelques kilomètres à l'est de Bagdad, hommes, femmes et enfants sont venus piller usines et bâtiments publics.
Une guerre à finir
Malgré une évidente satisfaction, le Pentagone évite de crier victoire trop vite puisqu'il reste encore d'importantes missions à compléter. «Nous n'arrêterons pas tant que le régime de Saddam Hussein n'aura pas été éliminé de tous les coins du pays», a prévenu M. Rumsfeld.
La coalition vise la capture de Saddam Hussein et de ses fils, ou à défaut la confirmation qu'ils sont bel et bien morts. Le Pentagone et la CIA ignorent si le dictateur a survécu au bombardement de lundi, qui était destiné à le tuer. «Il est difficile de trouver les gens quand ils sont en vie, [a fortiori] quand ils sont ensevelis sous des décombres», a lancé M. Rumsfeld.
Selon Ahmed Chalabi, président du Congrès national irakien, le principal mouvement d'opposition, Saddam Hussein et au moins l'un de ses fils seraient toujours vivants. «Ils sont dans le nord-est de Bagdad», a déclaré M. Chalabi sur CNN.
La coalition doit par ailleurs:
- consolider le contrôle des principales villes de l'Irak;
- retrouver les prisonniers de guerre;
- protéger les puits de pétrole contre le sabotage au nord du pays;
- établir une autorité irakienne intermédiaire, sans la participation de l'ONU qui n'est «pas équipée» pour jouer un «rôle central» dans la reconstruction du pays, estime M. Cheney;
- «capturer ou tuer» les terroristes qui pourraient se cacher en Irak;
- retrouver les armes de destruction massive du régime.
Les États-Unis ont reconnu qu'ils n'avaient pas encore trouvé d'armes chimiques en Irak. L'absence de preuves sur les armes n'est pas une preuve de l'absence de ces armes pour l'administration Bush. Celle-ci craint que le régime irakien ne tente d'organiser un transfert de l'arsenal à l'étranger, où il pourrait tomber aux mains de groupes terroristes.
Dans un même ordre d'idées, le Pentagone a accusé la Syrie de faciliter la fuite de responsables irakiens vers son territoire, une nouvelle mise en cause à l'encontre d'un pays qui, selon les États-Unis, soutient le terrorisme.
Instabilité au nord
Malgré la capture d'une ville proche de Mossoul par les forces spéciales, la situation au nord est encore loin d'être stabilisée, a souligné le général Richard Myers, chef d'état-major interarmées. Une dizaine de divisions régulières et une brigade de la Garde républicaine sont encore soumises à des bombardements.
Des centaines de combattants kurdes ont convergé vers la ville stratégique de Kirkouk. Des commandants kurdes à Chamchamal, à 35 km à l'est de Kirkouk, ont toutefois indiqué que ces peshmergas n'avaient pas l'intention de lancer un assaut pour l'instant. «Je suis certain que la population de Kirkouk nous réservera un bon accueil car elle a beaucoup souffert sous ce régime», a dit l'un des chefs militaires kurdes, Mam Rostam.
Après s'être emparés de Bagdad, les Marines risquent fort de se diriger dans les prochains jours vers Tikrit, fief politico-ethnique de Saddam Hussein et de sa garde rapprochée. Située à 175 km au nord de la capitale, Tikrit a vu grandir Saddam Hussein et la plupart des dignitaires irakiens, civils ou militaires.
Avec l'Agence France-Presse, Reuters, The New York Times et BBC News
Galvanisé par le succès de la campagne militaire — l'une des plus «extraordinaires» de l'histoire —, le vice-président américain, Dick Cheney, a indiqué que le régime de Saddam Hussein contrôle encore une large portion du nord de l'Irak, où des combats difficiles attendent les troupes américano-britanniques. La capitulation de l'Irak n'est pas encore une réalité, a renchéri le secrétaire à la Défense, Donald Rumsfeld, qui s'est félicité des progrès «à couper le souffle» de la coalition.
Des chars et des blindés ont pénétré en après-midi dans le centre de la capitale, sur la place Ferdaous, devant l'hôtel Palestine où se trouve la presse internationale. Les troupes américaines ont franchi le Tigre et pris position sur la rive est du fleuve qui divise la capitale. Elles sont aussi implantées sur la rive ouest, où elles contrôlent plusieurs ministères.
Seules des forces irrégulières continuent à se battre du côté irakien, dont les fedayins de Saddam, un corps paramilitaire dirigé par Oudaï Saddam Hussein, le fils aîné du dictateur, et les miliciens du parti Baas au pouvoir.
Les Marines ont rencontré une résistance sporadique de la part de tireurs embusqués. «Ils se cachent bien, ils sont bien armés et ils sont bons tireurs», a dit à l'AFP le lieutenant-colonel Jim Parrington. Mais ces tireurs ne pourront arrêter la progression des soldats américains. Selon le général Buford Blount, commandant de la 3e division d'infanterie, il reste tout au plus quelques jours de combats dans la capitale.
«La partie est terminée», a reconnu l'ambassadeur de l'Irak aux Nations unies, Mohammed Aldouri, qui espère que le peuple irakien pourra bientôt vivre en paix. Aucun officiel irakien n'avait osé confirmer avant lui que Saddam Hussein a perdu le contrôle de Bagdad.
Chaos libérateur
La plupart des points stratégiques de Bagdad sont passés sous le contrôle des forces américaines, qui ont maintenant le loisir de terrasser les statues de Saddam Hussein ou de les draper de la bannière étoilée. Les Bagdadis ne se gênent plus pour frapper avec le talon de leurs souliers les portraits officiels de Saddam Hussein, sous les applaudissements et les coups de klaxon.
Le spectacle a plu au chef du Pentagone. «On ne peut s'empêcher de penser à la chute du mur de Berlin et à l'écroulement du rideau de fer», a commenté Donald Rumsfeld. «Nous voyons l'histoire en train de s'écrire, des événements qui détermineront l'avenir d'un pays, le sort d'un peuple et potentiellement d'une région», a ajouté M. Rumsfeld, pour qui Saddam Hussein rejoint désormais dans l'histoire «d'autres brutaux dictateurs déchus» comme Hitler, Staline et Ceausescu.
La capitale est le théâtre d'une plongée vertigineuse dans le chaos. Certains Bagdadis se sont mis à voler, à piller, mais aussi à rire et à chanter, comme s'ils cherchaient en quelques heures à se libérer de décennies de répression.
L'un des sièges les plus importants du parti Baas, au pouvoir depuis 35 ans, a été mis à sac, et un immense incendie a consumé l'immeuble du Comité olympique irakien dirigé par Oudaï Hussein.
À Hababiyah, un quartier au nord de Bagdad, des centaines d'Irakiens se sont précipités vers les transports de troupes américains en applaudissant et en scandant en anglais «Good, good, Bush!».
À Hatif Haiyawi, un faubourg rural à quelques kilomètres à l'est de Bagdad, hommes, femmes et enfants sont venus piller usines et bâtiments publics.
Une guerre à finir
Malgré une évidente satisfaction, le Pentagone évite de crier victoire trop vite puisqu'il reste encore d'importantes missions à compléter. «Nous n'arrêterons pas tant que le régime de Saddam Hussein n'aura pas été éliminé de tous les coins du pays», a prévenu M. Rumsfeld.
La coalition vise la capture de Saddam Hussein et de ses fils, ou à défaut la confirmation qu'ils sont bel et bien morts. Le Pentagone et la CIA ignorent si le dictateur a survécu au bombardement de lundi, qui était destiné à le tuer. «Il est difficile de trouver les gens quand ils sont en vie, [a fortiori] quand ils sont ensevelis sous des décombres», a lancé M. Rumsfeld.
Selon Ahmed Chalabi, président du Congrès national irakien, le principal mouvement d'opposition, Saddam Hussein et au moins l'un de ses fils seraient toujours vivants. «Ils sont dans le nord-est de Bagdad», a déclaré M. Chalabi sur CNN.
La coalition doit par ailleurs:
- consolider le contrôle des principales villes de l'Irak;
- retrouver les prisonniers de guerre;
- protéger les puits de pétrole contre le sabotage au nord du pays;
- établir une autorité irakienne intermédiaire, sans la participation de l'ONU qui n'est «pas équipée» pour jouer un «rôle central» dans la reconstruction du pays, estime M. Cheney;
- «capturer ou tuer» les terroristes qui pourraient se cacher en Irak;
- retrouver les armes de destruction massive du régime.
Les États-Unis ont reconnu qu'ils n'avaient pas encore trouvé d'armes chimiques en Irak. L'absence de preuves sur les armes n'est pas une preuve de l'absence de ces armes pour l'administration Bush. Celle-ci craint que le régime irakien ne tente d'organiser un transfert de l'arsenal à l'étranger, où il pourrait tomber aux mains de groupes terroristes.
Dans un même ordre d'idées, le Pentagone a accusé la Syrie de faciliter la fuite de responsables irakiens vers son territoire, une nouvelle mise en cause à l'encontre d'un pays qui, selon les États-Unis, soutient le terrorisme.
Instabilité au nord
Malgré la capture d'une ville proche de Mossoul par les forces spéciales, la situation au nord est encore loin d'être stabilisée, a souligné le général Richard Myers, chef d'état-major interarmées. Une dizaine de divisions régulières et une brigade de la Garde républicaine sont encore soumises à des bombardements.
Des centaines de combattants kurdes ont convergé vers la ville stratégique de Kirkouk. Des commandants kurdes à Chamchamal, à 35 km à l'est de Kirkouk, ont toutefois indiqué que ces peshmergas n'avaient pas l'intention de lancer un assaut pour l'instant. «Je suis certain que la population de Kirkouk nous réservera un bon accueil car elle a beaucoup souffert sous ce régime», a dit l'un des chefs militaires kurdes, Mam Rostam.
Après s'être emparés de Bagdad, les Marines risquent fort de se diriger dans les prochains jours vers Tikrit, fief politico-ethnique de Saddam Hussein et de sa garde rapprochée. Située à 175 km au nord de la capitale, Tikrit a vu grandir Saddam Hussein et la plupart des dignitaires irakiens, civils ou militaires.
Avec l'Agence France-Presse, Reuters, The New York Times et BBC News
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