Trois caméramans tués par des tirs américains
Saddam Hussein serait toujours en vie, selon la presse britannique
Reuters
9 avril 2003
Photo : Agence France-Presse
Des reporters transportent le caméraman de Reuters Taras Protsyuk qui a été mortellement blessé hier lorsque l’hôtel Palestine de Bagdad a été touché par des tirs américains. Un autre caméraman a péri dans cet hôtel et un troisième dans le
Bagdad et Washington — Trois journalistes étrangers ont été tués et quatre autres blessés hier à Bagdad lors de deux attaques distinctes attribuées aux forces américaines.
Deux caméramans ont été tués par un tir de char américain contre l’hôtel Palestine de Bagdad, où sont descendus la plupart des reporters couvrant les combats dans la capitale irakienne.
La chaîne d’information continue al-Jazira a parallèlement annoncé la mort d’un de ses caméramans, Tarek Ayoub, lors d’un raid aérien des forces anglo-américaines en début de matinée, qui a provoqué un incendie dans son bureau de Bagdad.
Le Pentagone a affirmé que les tirs contre l’hôtel Palestine répondaient à des tirs irakiens, une version que contredisent des témoignages de journalistes présents sur la scène. Au total, une douzaine de journalistes ont trouvé la mort accidentellement ou durant les combats en Irak depuis le début du conflit, le 20 mars dernier. Plusieurs autres sont portés disparus.
Le caméraman de Reuters, Taras Protsyuk, âgé de 35 ans, travaillait pour l’agence depuis dix ans et avait couvert les conflits en Bosnie, au Kosovo, en Tchétchénie et en Afghanistan.
Grièvement atteint par le même tir américain, le caméraman espagnol Jose Couso, 37 ans, de la télévision Telecinco, a succombé à ses blessures au visage et aux jambes à l’hôpital.
Les autorités américaines ont exprimé leurs regrets, précisant que le blindé avait pris l’hôtel pour cible après avoir essuyé des tirs de grenades RPG et d’armes légères en provenance du bâtiment.
Un responsable du Pentagone a précisé que des tireurs irakiens avaient été signalés «dans le voisinage», prouvant «que ce régime désespéré et agonisant ne reculera devant rien pour rester au pouvoir».
Une porte-parole du département de la Défense a déclaré regretter la mort des journalistes et affirmé que la guerre est quelque chose de «très, très dangereux». «Nous sommes en guerre. Il y a des combats à Bagdad. On a tiré sur nos forces. Elles ont fait usage de leur droit à la légitime défense», a déclaré Victoria Clarke.
Mais un journaliste britannique se trouvant à l’hôtel Palestine, David Chater, de Sky News, dit avoir vu le char diriger son canon vers le bâtiment juste avant l’explosion et n’avoir auparavant «entendu aucun tir provenant du secteur de l’hôtel, et encore moins de l’hôtel lui-même».
La chaîne France 3, qui a filmé le char en train de tirer, a également affirmé que le tir avait eu lieu «en pleine accalmie des combats» et que l’équipage avait pris son temps, attendant deux minutes et ajustant son canon avant d’ouvrir le feu.
Reporters sans frontières a pour sa part demandé au secrétaire d’État américain à la Défense, Donald Rumsfeld, d’apporter la preuve que les attaques dont trois journalistes ont été victimes «n’étaient pas des actes délibérés visant à dissuader les médias de couvrir la bataille de Bagdad». «Nous sommes consternés par la gravité des attaques américaines contre les journalistes», a déclaré RSF.
La Fédération internationale des journalistes a demandé l’ouverture d’une enquête sur d’éventuels crimes de guerre commis contre des journalistes en Irak.
Le général Vincent Brook, porte-parole du commandement central, a déclaré qu’on avait tiré sur les soldats américains depuis l’entrée de l’hôtel. Prié de dire pourquoi le char avait alors visé le quinzième étage, il a répondu: «On m’a peut-être mal renseigné sur l’endroit exact d’où provenaient les tirs.»
Abou Dhabi Television, qui possède, comme al-Jazira, ses propres bureaux à Bagdad, a demandé aux forces américaines de laisser ses 25 journalistes quitter le bâtiment, qui était, selon la chaîne, encerclé par des chars à la tombée de la nuit.
Le capitaine Frank Thorp, porte-parole militaire américain au QG d’As Salayiya, au Qatar, a rappelé que le commandement avait prévenu «très clairement depuis le début que Bagdad était un endroit très dangereux. C’est une zone de guerre».
La chaîne de télévision al-Jazira a fait savoir qu’elle s’efforçait de rapatrier ses journalistes présents en Irak, après la mort de l’un d’entre eux, victime d’un bombardement américain.
«Je ne peux garantir la sécurité de personne», a déclaré à la presse Ibrahim Hillal, chef de la rédaction. «Nous avons encore quatre journalistes à Bagdad, nous allons les retirer. Nous en avons un qui accompagne les forces américaines à Nassiriah [sud de l’Irak], nous voulons le retirer», a-t-il expliqué.
Saddam Hussein aurait survécu
Le Pentagone a par ailleurs qualifié hier de «très efficace» le bombardement qui a pulvérisé lundi un immeuble du quartier résidentiel d’al-Mansour, où il pensait avoir localisé Saddam Hussein et ses deux fils, Oudaï et Qoussaï. Le Pentagone a cependant précisé n’avoir aucune certitude sur leur sort.
Quatorze civils ont été tués dans ce bombardement pour lequel ont été utilisées quatre bombes de 960 kilos guidées par satellite.
«Je ne sais pas si [Saddam Hussein] a survécu» aux derniers bombardements, «mais je sais qu’il est en train de perdre son pouvoir», a déclaré le président américain George W. Bush à l’issue d’un sommet avec le premier ministre britannique Tony Blair en Irlande du Nord, où les deux hommes ont souligné le «rôle vital» des Nations unies dans la reconstruction de l’Irak.
Mais selon la presse britannique, qui cite ce matin des sources proches des services secrets, le président irakien et ses deux fils ont vraisemblablement survécu au bombardement américain de lundi qui visait à les tuer. «Il n’était probablement pas dans le bâtiment quand il a été bombardé», indique le Guardian.
Selon le Times, le MI6 [services secrets britanniques] a informé son homologue américain, la CIA, que Saddam Hussein avait quitté l’immeuble visé juste avant le bombardement.
«Nous pensons qu’il est reparti par le même chemin qu’il avait emprunté pour venir, soit par un tunnel soit en voiture; nous n’en sommes pas sûrs», expliquent des sources proches des services secrets cités par le Times.
Encerclement de Bagdad
Hier, au vingtième jour de la guerre, les forces américaines, Marines à l’est et troisième division d’infanterie à l’ouest, ont poursuivi leur encerclement de Bagdad, ville de cinq millions d’habitants, où des Marines ont pénétré en force par le nord-est.
Des chars américains ont fait mouvement dans le principal complexe présidentiel en centre-ville, le palais de la République, au milieu de violents échanges de tirs au canon et à l’artillerie. À l’issue de longs combats, les troupes américaines ont pénétré dans le palais avant de poster deux chars sur le pont al-Joumhouriya.
Tout accès était interdit à la zone au delà du complexe présidentiel, qui s’étend sur la rive ouest du Tigre et qui comprend les ministères de l’Information et des Affaires étrangères ainsi que d’autres établissements de l’État. En voiture, en camionnette, en minibus ou en camion, des centaines de Bagdadis sont partis vers le nord, cherchant à quitter une capitale privée d’eau et d’électricité.
De violents combats ont par ailleurs éclaté ce matin dans la partie sud de Bagdad, selon un correspondant de l’AFP, qui pouvait entendre les bruits de tirs intenses et répétés d’armes automatiques et de pièces d’artillerie.
Alors que le secrétaire général de l’ONU, Kofi Annan, annulait une tournée en Europe, un haut responsable des Nations unies, Benon Sevan, a demandé hier que les considérations politiques sur la guerre en Irak soient mises de côté afin qu’il soit possible de se concentrer sur l’aide humanitaire.
Selon des militaires britanniques, cette aide arrive au compte-gouttes vers le sud de l’Irak, les opérateurs jugeant le port irakien d’Oum Qasr non encore sécuritaire.
Avec l’agence Reuters
Deux caméramans ont été tués par un tir de char américain contre l’hôtel Palestine de Bagdad, où sont descendus la plupart des reporters couvrant les combats dans la capitale irakienne.
La chaîne d’information continue al-Jazira a parallèlement annoncé la mort d’un de ses caméramans, Tarek Ayoub, lors d’un raid aérien des forces anglo-américaines en début de matinée, qui a provoqué un incendie dans son bureau de Bagdad.
Le Pentagone a affirmé que les tirs contre l’hôtel Palestine répondaient à des tirs irakiens, une version que contredisent des témoignages de journalistes présents sur la scène. Au total, une douzaine de journalistes ont trouvé la mort accidentellement ou durant les combats en Irak depuis le début du conflit, le 20 mars dernier. Plusieurs autres sont portés disparus.
Le caméraman de Reuters, Taras Protsyuk, âgé de 35 ans, travaillait pour l’agence depuis dix ans et avait couvert les conflits en Bosnie, au Kosovo, en Tchétchénie et en Afghanistan.
Grièvement atteint par le même tir américain, le caméraman espagnol Jose Couso, 37 ans, de la télévision Telecinco, a succombé à ses blessures au visage et aux jambes à l’hôpital.
Les autorités américaines ont exprimé leurs regrets, précisant que le blindé avait pris l’hôtel pour cible après avoir essuyé des tirs de grenades RPG et d’armes légères en provenance du bâtiment.
Un responsable du Pentagone a précisé que des tireurs irakiens avaient été signalés «dans le voisinage», prouvant «que ce régime désespéré et agonisant ne reculera devant rien pour rester au pouvoir».
Une porte-parole du département de la Défense a déclaré regretter la mort des journalistes et affirmé que la guerre est quelque chose de «très, très dangereux». «Nous sommes en guerre. Il y a des combats à Bagdad. On a tiré sur nos forces. Elles ont fait usage de leur droit à la légitime défense», a déclaré Victoria Clarke.
Mais un journaliste britannique se trouvant à l’hôtel Palestine, David Chater, de Sky News, dit avoir vu le char diriger son canon vers le bâtiment juste avant l’explosion et n’avoir auparavant «entendu aucun tir provenant du secteur de l’hôtel, et encore moins de l’hôtel lui-même».
La chaîne France 3, qui a filmé le char en train de tirer, a également affirmé que le tir avait eu lieu «en pleine accalmie des combats» et que l’équipage avait pris son temps, attendant deux minutes et ajustant son canon avant d’ouvrir le feu.
Reporters sans frontières a pour sa part demandé au secrétaire d’État américain à la Défense, Donald Rumsfeld, d’apporter la preuve que les attaques dont trois journalistes ont été victimes «n’étaient pas des actes délibérés visant à dissuader les médias de couvrir la bataille de Bagdad». «Nous sommes consternés par la gravité des attaques américaines contre les journalistes», a déclaré RSF.
La Fédération internationale des journalistes a demandé l’ouverture d’une enquête sur d’éventuels crimes de guerre commis contre des journalistes en Irak.
Le général Vincent Brook, porte-parole du commandement central, a déclaré qu’on avait tiré sur les soldats américains depuis l’entrée de l’hôtel. Prié de dire pourquoi le char avait alors visé le quinzième étage, il a répondu: «On m’a peut-être mal renseigné sur l’endroit exact d’où provenaient les tirs.»
Abou Dhabi Television, qui possède, comme al-Jazira, ses propres bureaux à Bagdad, a demandé aux forces américaines de laisser ses 25 journalistes quitter le bâtiment, qui était, selon la chaîne, encerclé par des chars à la tombée de la nuit.
Le capitaine Frank Thorp, porte-parole militaire américain au QG d’As Salayiya, au Qatar, a rappelé que le commandement avait prévenu «très clairement depuis le début que Bagdad était un endroit très dangereux. C’est une zone de guerre».
La chaîne de télévision al-Jazira a fait savoir qu’elle s’efforçait de rapatrier ses journalistes présents en Irak, après la mort de l’un d’entre eux, victime d’un bombardement américain.
«Je ne peux garantir la sécurité de personne», a déclaré à la presse Ibrahim Hillal, chef de la rédaction. «Nous avons encore quatre journalistes à Bagdad, nous allons les retirer. Nous en avons un qui accompagne les forces américaines à Nassiriah [sud de l’Irak], nous voulons le retirer», a-t-il expliqué.
Saddam Hussein aurait survécu
Le Pentagone a par ailleurs qualifié hier de «très efficace» le bombardement qui a pulvérisé lundi un immeuble du quartier résidentiel d’al-Mansour, où il pensait avoir localisé Saddam Hussein et ses deux fils, Oudaï et Qoussaï. Le Pentagone a cependant précisé n’avoir aucune certitude sur leur sort.
Quatorze civils ont été tués dans ce bombardement pour lequel ont été utilisées quatre bombes de 960 kilos guidées par satellite.
«Je ne sais pas si [Saddam Hussein] a survécu» aux derniers bombardements, «mais je sais qu’il est en train de perdre son pouvoir», a déclaré le président américain George W. Bush à l’issue d’un sommet avec le premier ministre britannique Tony Blair en Irlande du Nord, où les deux hommes ont souligné le «rôle vital» des Nations unies dans la reconstruction de l’Irak.
Mais selon la presse britannique, qui cite ce matin des sources proches des services secrets, le président irakien et ses deux fils ont vraisemblablement survécu au bombardement américain de lundi qui visait à les tuer. «Il n’était probablement pas dans le bâtiment quand il a été bombardé», indique le Guardian.
Selon le Times, le MI6 [services secrets britanniques] a informé son homologue américain, la CIA, que Saddam Hussein avait quitté l’immeuble visé juste avant le bombardement.
«Nous pensons qu’il est reparti par le même chemin qu’il avait emprunté pour venir, soit par un tunnel soit en voiture; nous n’en sommes pas sûrs», expliquent des sources proches des services secrets cités par le Times.
Encerclement de Bagdad
Hier, au vingtième jour de la guerre, les forces américaines, Marines à l’est et troisième division d’infanterie à l’ouest, ont poursuivi leur encerclement de Bagdad, ville de cinq millions d’habitants, où des Marines ont pénétré en force par le nord-est.
Des chars américains ont fait mouvement dans le principal complexe présidentiel en centre-ville, le palais de la République, au milieu de violents échanges de tirs au canon et à l’artillerie. À l’issue de longs combats, les troupes américaines ont pénétré dans le palais avant de poster deux chars sur le pont al-Joumhouriya.
Tout accès était interdit à la zone au delà du complexe présidentiel, qui s’étend sur la rive ouest du Tigre et qui comprend les ministères de l’Information et des Affaires étrangères ainsi que d’autres établissements de l’État. En voiture, en camionnette, en minibus ou en camion, des centaines de Bagdadis sont partis vers le nord, cherchant à quitter une capitale privée d’eau et d’électricité.
De violents combats ont par ailleurs éclaté ce matin dans la partie sud de Bagdad, selon un correspondant de l’AFP, qui pouvait entendre les bruits de tirs intenses et répétés d’armes automatiques et de pièces d’artillerie.
Alors que le secrétaire général de l’ONU, Kofi Annan, annulait une tournée en Europe, un haut responsable des Nations unies, Benon Sevan, a demandé hier que les considérations politiques sur la guerre en Irak soient mises de côté afin qu’il soit possible de se concentrer sur l’aide humanitaire.
Selon des militaires britanniques, cette aide arrive au compte-gouttes vers le sud de l’Irak, les opérateurs jugeant le port irakien d’Oum Qasr non encore sécuritaire.
Avec l’agence Reuters
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