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Perspectives: La ligue d'impro

Michel David   9 avril 2003 
En mars 1996, Pauline Marois, alors ministre de l'Éducation, avait eu la surprise d'apprendre, en écoutant le discours de Lucien Bouchard au théâtre Centaur, qu'elle allait devoir s'atteler à la création de commissions scolaires linguistiques.

Bien entendu, elle a attendu que le dossier soit clos pour faire cet aveu. De quoi aurait-elle eu l'air si on avait su qu'elle s'était lancée à l'improviste dans une réforme de cette envergure, qui nécessitait une modification à la Constitution canadienne?

Remarquez, le résultat a été très positif, et Mme Marois a pu s'enorgueillir à juste titre d'un exploit qu'aucun de ses prédécesseurs, pas même Claude Ryan, qui a pourtant bien essayé, n'avait été en mesure de réaliser.

Au cours d'une rencontre avec l'équipe éditoriale du Devoir hier matin, Mme Marois s'est bien défendue d'avoir appris à la lecture des journaux que le PQ allait faire de la semaine de quatre jours le thème central de sa campagne.

Ce qu'elle ne savait pas, c'est que cette annonce allait être faite aussi rapidement, a-t-elle expliqué. Elle s'attendait à ce que ça vienne plus tard dans la campagne. Imaginez: en plus d'être vice-première ministre et ministre des Finances, Mme Marois est l'organisatrice en chef du PQ, mais elle n'était pas au courant du plan de communication de la campagne. Trouvez l'erreur!

Hier, Mme Marois a également ouvert la porte à la possibilité de faire assumer par l'ensemble des contribuables, plutôt que par les entreprises, les coûts de la semaine de quatre jours, comme c'est le cas des congés parentaux, qui sont financés par la caisse de l'assurance-emploi.

Manifestement, elle n'avait pas encore eu le loisir de réfléchir à la question. Pourtant, en sa qualité de ministre d'État au Développement économique, Mme Marois est, au sein du gouvernement, l'interlocutrice privilégiée des entreprises.

Elle n'en a pas davantage discuté avec Bernard Landry. Ou alors, c'est qu'il y a une sérieuse divergence de vues entre les deux. La dernière fois que M. Landry est passé au Devoir, peu avant le déclenchement de la campagne, il avait clairement indiqué qu'il s'opposait à ce que l'ensemble des contribuables fasse les frais de la semaine de quatre jours, dont ne profitera qu'une minorité d'entre eux.

Il est vrai que les modalités de cette mesure semblent varier au fil des entrevues et des points de presse du chef péquiste. Hier, M. Landry a commencé à expliciter le contenu du projet de loi actuellement en préparation, mais il est encore très loin d'être adopté.

***

Il ne faut pas se surprendre outre mesure de cette improvisation. On s'imagine à tort que tout est planifié dans les moindres détails alors que les politiciens ne font souvent que réagir aux événements. On pourrait presque dire que l'arène politique est une ligue d'improvisation continue, y compris les «claques» qu'on peut y recevoir.

C'est d'autant plus vrai pendant une campagne électorale que les imprévus sont plus nombreux. En novembre 1998, Lucien Bouchard avait lancé au hasard d'un point de presse qu'il entendait négocier une entente sur l'union sociale avant de tenir un référendum sur la souveraineté. Mieux, il n'excluait pas la tenue d'un référendum sur l'union sociale. À sa grande surprise, ce ballon avait eu un succès boeuf. Jean Charest, dont l'union sociale était un peu le bébé, en était resté pantois.

Dans une entrevue enregistrée sur le vif mais télédiffusée seulement après les élections, Jean-Roch Boivin, qui agissait comme conseiller auprès de M. Bouchard, se bidonnait. «J'en ris encore. Ça s'appelle enlever le tapis dessous les pieds de l'autre, mais on n'a pas été assez brillants pour préparer ça d'avance.»

L'improvisation a ses avantages, à commencer par la surprise. Les deux autres partis ont été pris complètement au dépourvu par la semaine de quatre jours. Le dernier sondage Léger Marketing-Le Devoir suggère que celle-ci aura relativement peu d'influence sur le choix des électeurs, mais elle a indéniablement donné un air de fraîcheur à la campagne péquiste et permis de reléguer au deuxième plan les dossiers moins reluisants.

Au départ, Jean Charest a tenté de tourner la promesse péquiste en dérision, ironisant sur la «semaine des quatre jeudis», mais il changé de ton depuis. Il laisse maintenant entendre qu'un gouvernement libéral agirait dans le même sens, dénonçant simplement l'approche préconisée par le PQ.

mdavid@ledevoir.com
 
 
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