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Le Conseil de presse ne doit pas disparaître

Robert Maltais - Ex-secrétaire général du Conseil de presse du Québec, éthicien et directeur du programme de journalisme de l'Université de Montréal  21 mai 2009 
Je crains que nous assistions, au cours des prochains mois, à la disparition du Conseil de presse du Québec (CPQ), dans la quasi-indifférence générale.

Après quelque 40 ans d'existence, le rôle de conscience et de chien de garde de la presse que joue le CPQ ne fait plus l'unanimité au sein de ses membres. Certains groupes de presse qui contribuent à son financement annuel trouvent que le Conseil coûte trop cher et qu'il prend trop de place dans la sphère publique.

Un premier groupe a annoncé son retrait du CPQ, celui des radiodiffuseurs et télédiffuseurs privés. D'autres entreprises de presse songeraient à en faire autant. Une rencontre déterminante pour l'avenir du Conseil doit avoir lieu incessamment.

Une rénovation souhaitée

Les critiques s'accumulent. Plusieurs membres du Conseil souhaitent limiter le rôle de l'organisme et prêchent pour sa rénovation. On voudrait que le CPQ s'en tienne à un unique mandat consistant à traiter les plaintes du public et à rendre des décisions de nature déontologique. En revanche, certains de ses membres n'aiment guère que des tribunaux s'inspirent des milliers de décisions rendues par le Conseil en matière d'éthique journalistique.

Il me semble, au contraire, que nous devrions tous nous réjouir du fait que des jugements de cour s'appuient sur des balises déontologiques élaborées par des représentants de la profession journalistique elle-même, plutôt que de façon arbitraire par les tribunaux.

J'ai travaillé pour ma part huit ans au sein du Conseil de presse. Or, je peux en témoigner, sa présence, son action et ses prises de position publiques dérangent certains propriétaires de médias. Le CPQ, on le voudrait plus discret. Muet peut-être même!

Un modèle salué

Il y a là à mon sens un véritable paradoxe. Saviez-vous que parmi les 400 à 500 conseils de presse qui existent dans le monde, celui du Québec est perçu comme un modèle du genre, dont on salue le fonctionnement et les activités, et dont on s'inspire en Europe, en Amérique du Sud et en Afrique de l'Ouest?

Comment se fait-il alors que le CPQ ne jouisse pas de la même reconnaissance pour son travail chez lui, au Québec, alors qu'il est cité et pris en exemple à l'étranger? Qu'on me comprenne bien. Je ne prétends aucunement que le Conseil de presse du Québec soit sans failles. L'organisme peut et doit s'améliorer et évoluer.

Mais un minimum d'honnêteté et de rigueur commande qu'on reconnaisse le rôle prépondérant qu'il joue en terre québécoise, depuis quatre décennies, en ce qui touche au droit du public à une information de qualité. Par son action quotidienne, il a entre autres contribué à donner plus de crédibilité à une presse qui en a parfois bien besoin. Il permet aussi à la population québécoise de faire connaître ses commentaires, questionnements et doléances en matière d'information.

Essentielle survie

Le Conseil de presse doit survivre, mais pas de n'importe quelle manière. Le moment est sans aucun doute venu pour qu'il acquière une autonomie de fonctionnement et une indépendance financière, le mettant à l'abri de toute influence extérieure.

C'est au gouvernement qu'il incombe d'assurer la pérennité de cet organisme essentiel en démocratie, en confirmant son statut par une loi et en assurant son financement, soit directement, soit par l'introduction d'une taxe applicable à l'ensemble des médias québécois, tant écrits, audiovisuels qu'en ligne.
 
 
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