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    Pourquoi il faut dire non à Turcot

    21 mai 2009 |Karel Mayrand - Directeur général pour le Québec, Fondation David Suzuki, et membre du Projet climatique d'Al Gore
    Le week-end dernier se tenait à Nashville, au Tennessee, le premier sommet nord-américain rassemblant les ambassadeurs formés par Al Gore pour sensibiliser leurs concitoyens à la crise climatique. Le message de Gore était simple: il faut agir maintenant pour protéger notre climat, relancer notre économie et créer les emplois de demain. Six mois après l'élection de Barack Obama, ce message est entendu partout aux États-Unis.

    Une rencontre fortuite à l'aéroport me permet de réaliser l'ampleur de la transformation qui est en cours chez nos voisins. Un homme d'une soixantaine d'années, natif du Mississippi, un État parmi les plus conservateurs, et travaillant depuis plus de 30 ans dans l'industrie automobile me dit avec un lourd accent du Sud: «Notre industrie est en faillite. Nous avons été irresponsables pendant trop longtemps. On ne peut pas relancer notre économie avec les solutions du passé et continuer de donner tout cet argent aux compagnies pétrolières. Il nous faut changer de modèle.»

    La leçon devrait nous faire réfléchir.

    Le Québec n'a pas d'industrie automobile, mais le couple pétrole-automobile draine notre économie de sa richesse. En 2007, alors que le baril de pétrole atteignait 140 $, le Québec a importé pour 15 milliards de pétrole, en grande partie pour alimenter un parc automobile qui compte aujourd'hui quatre millions de véhicules. Les Québécois ont importé 100 000 nouvelles autos chaque année entre 2002 et 2007. Notre dépendance au pétrole et à l'automobile nous appauvrit collectivement de dizaines de milliards de dollars chaque année, et enrichit d'autres pays.

    Résultat de cette dépendance, encouragée par des décennies d'étalement urbain et d'extension du réseau routier, le transport compte aujourd'hui pour 40 % de nos émissions de gaz à effet de serre (GES), une part qui continue d'augmenter. L'automobile à elle seule représente la moitié de ce bilan. Or, les scientifiques des Nations unies nous indiquent que les émissions de GES doivent être réduites de 25 % d'ici 2025, et de 80 % d'ici 2050 pour éviter des changements climatiques dangereux et irréversibles. Pour le Québec, ceci requiert nécessairement un virage radical en matière de transport.

    Que nous propose le ministère des Transports? Un nouvel échangeur proposant le même modèle de gestion des déplacements qui mène à une saturation chronique de notre réseau routier. Les coûts de la congestion routière dans la région de Montréal ont atteint 1,2 milliard en 2003, une hausse de 50 % en cinq ans. Le nouvel échangeur Turcot projette loin au XXIe siècle un modèle de déplacement hérité des années 1950, laissant au passage près de six millions de tonnes de GES dans l'atmosphère.

    Turcot nous enferme dans un modèle qui nous appauvrit collectivement et qui rendra les réductions draconiennes de nos émissions de GES virtuellement inatteignables. Cet échangeur est un cul-de-sac alors que Montréal étouffe littéralement dans le trafic et le smog. C'est pourquoi il faut dire non à ce projet. Le virage doit être pris maintenant.

    Le Québec produit des trains, des autobus et de l'électricité. Le temps est venu de devenir des leaders dans le domaine des transports collectifs en lançant ici même des projets innovateurs. Au lieu de drainer notre économie de sa richesse, nous soutiendrons une nouvelle industrie d'exportation au moment même où la demande mondiale s'accroît de façon exponentielle.

    En repensant Turcot, nous pouvons revitaliser un quartier qui a été sacrifié il y a 40 ans et qui porte encore cet échangeur comme une cicatrice géante.

    Imaginons Montréal avec un système de trains légers et de tramways efficace, des quartiers revitalisés, des épisodes de smog rarissimes et une réduction des cas de maladies respiratoires chez les plus vulnérables parmi nous: les enfants et les aînés.

    Imaginons le Québec prospère, débarrassé de sa dépendance au pétrole et à l'automobile, exportant à travers le monde des systèmes de transport collectif électriques. Un virage majeur est en cours chez nos voisins du sud. Le Québec saura-t-il tirer son épingle du jeu dans l'économie verte de demain?

    Dans son discours de clôture, samedi dernier, Al Gore a souligné que les prochaines générations nous jugeront sur les décisions que nous aurons prises en ces années déterminantes pour l'avenir de notre planète. Les opposants à Turcot sont du bon côté de l'histoire. Ils portent courageusement une lutte qui mérite notre appui. Mettons Turcot au musée et réinventons nos transports.
     
     
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