Cacophonie en Irak
Serge Truffaut
9 avril 2003
L'après-guerre s'annonce cacophonique. À court terme, s'entend. Tout un chacun veut mettre la main à la pâte, certains pour récolter les dividendes, à condition que des parties du tout soient laissées sur les bas-côtés de la reconstruction d'un pays de 23 millions d'habitants qui, entre autres singularités, renferme les plus importantes réserves prouvées de pétrole après l'Arabie Saoudite. Les canons ne se sont pas encore tus qu'on assiste déjà à une foire d'empoigne.
Celle-ci est tout d'abord américaine. En conformité avec la logique des pouvoirs qui lui sont attribués, le département d'État estime que l'administration de l'après-Saddam lui revient de droit. Patron de ce ministère, Colin Powell a une vision beaucoup plus multilatéraliste que son principal concurrent en la matière, soit Donald Rumsfeld, du Pentagone. Selon Powell, l'ONU et même l'OTAN devraient jouer un rôle plus prépondérant que celui auquel songe Rumsfeld. Powell cherche surtout à éviter que le Congrès national irakien, présidé par Ahmad Chalabi, ne préside pratiquement seul aux destinées de l'Irak.
Pour le clan des faucons, dont Rumsfeld est l'un des chefs de file, les militaires ainsi que les grandes entreprises américaines devraient garder la mainmise sur toute l'opération plus longtemps que ne l'envisagent Powell et notamment le directeur de la CIA, George Tenet, qui n'a aucune confiance en Chalabi et le CNI. L'argument de Rumsfeld relève du strict corporatisme. Lequel? Les militaires ayant accompli le boulot, il leur revient d'administrer l'Irak pendant une période pouvant se poursuivre pendant deux ans. Celui qui fera office de gouverneur dès la chute officielle du régime irakien a d'ailleurs été choisi par le Pentagone. Il s'agit du général à la retraite Jay Garner.
S'il présente tous les stigmates de la confusion sur le front américain, ce dossier s'annonce très complexe sur le front extérieur. Pour certains acteurs de l'histoire, il s'annonce même épineux. On pense à l'Allemagne, à la France et à la Russie. On se rappellera que ces pays ayant collé aux définitions du droit international ont qualifié cette guerre d'«illégitime». Aujourd'hui, ils tiennent mordicus à ce que l'ONU occupe une place centrale lors du prochain acte. Cela obligera la résolution d'une énorme contradiction: comment légitimer rétrospectivement une guerre pour ouvrir la porte à l'ONU alors qu'on considère celle-ci comme illégale? Il y a là le germe d'un sophisme juridique qui risque fort de heurter durablement certaines susceptibilités.
S'il est vrai, comme l'enseigne le proverbe, que le diable se camoufle dans les détails, alors l'après-Saddam sera dissonant.
Celle-ci est tout d'abord américaine. En conformité avec la logique des pouvoirs qui lui sont attribués, le département d'État estime que l'administration de l'après-Saddam lui revient de droit. Patron de ce ministère, Colin Powell a une vision beaucoup plus multilatéraliste que son principal concurrent en la matière, soit Donald Rumsfeld, du Pentagone. Selon Powell, l'ONU et même l'OTAN devraient jouer un rôle plus prépondérant que celui auquel songe Rumsfeld. Powell cherche surtout à éviter que le Congrès national irakien, présidé par Ahmad Chalabi, ne préside pratiquement seul aux destinées de l'Irak.
Pour le clan des faucons, dont Rumsfeld est l'un des chefs de file, les militaires ainsi que les grandes entreprises américaines devraient garder la mainmise sur toute l'opération plus longtemps que ne l'envisagent Powell et notamment le directeur de la CIA, George Tenet, qui n'a aucune confiance en Chalabi et le CNI. L'argument de Rumsfeld relève du strict corporatisme. Lequel? Les militaires ayant accompli le boulot, il leur revient d'administrer l'Irak pendant une période pouvant se poursuivre pendant deux ans. Celui qui fera office de gouverneur dès la chute officielle du régime irakien a d'ailleurs été choisi par le Pentagone. Il s'agit du général à la retraite Jay Garner.
S'il présente tous les stigmates de la confusion sur le front américain, ce dossier s'annonce très complexe sur le front extérieur. Pour certains acteurs de l'histoire, il s'annonce même épineux. On pense à l'Allemagne, à la France et à la Russie. On se rappellera que ces pays ayant collé aux définitions du droit international ont qualifié cette guerre d'«illégitime». Aujourd'hui, ils tiennent mordicus à ce que l'ONU occupe une place centrale lors du prochain acte. Cela obligera la résolution d'une énorme contradiction: comment légitimer rétrospectivement une guerre pour ouvrir la porte à l'ONU alors qu'on considère celle-ci comme illégale? Il y a là le germe d'un sophisme juridique qui risque fort de heurter durablement certaines susceptibilités.
S'il est vrai, comme l'enseigne le proverbe, que le diable se camoufle dans les détails, alors l'après-Saddam sera dissonant.
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