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Les Américains au coeur de Bagdad

Trois palais de Hussein auraient été pris. Les Britanniques contrôleraient Bassora

8 avril 2003 
Des militaires américains, dont l’un avait pris soin d’apporter son appareil-photo, admiraient hier une salle d’un palais présidentiel situé près de l’aéroport international de Bagdad. Les forces américaines affirment avoir pris trois palai
Photo : Agence France-Presse
Des militaires américains, dont l’un avait pris soin d’apporter son appareil-photo, admiraient hier une salle d’un palais présidentiel situé près de l’aéroport international de Bagdad. Les forces américaines affirment avoir pris trois palai
Bagdad — Les Américains ont pénétré hier au coeur de Bagdad, affirmant s'être emparés de trois palais présidentiels, symboles du pouvoir, alors que la capitale irakienne était le théâtre de combats meurtriers au 19e jour de la guerre.

Si la bataille de Bagdad est bien engagée, le Pentagone a tout de même tenu à préciser que la victoire totale en Irak prendrait du temps.

Une bombe larguée par un chasseur bombardier au cours d'un raid a tué 14 personnes, dont neuf personnes d'une même famille, selon un bilan obtenu par l'AFP auprès de témoins. Deux soldats américains et deux journalistes espagnol et allemand ont également trouvé la mort dans la ville.

Le Commandement central américain (Centcom) au Qatar a indiqué hier soir dans un communiqué qu'il «enquêtait» sur le bombardement sur le centre de Bagdad.

«Le Centcom n'a pas d'information supplémentaire», ajoute le texte, qui se termine par la phrase rituelle: «Les forces de la coalition visent uniquement des cibles militaires et font le maximum pour minimiser les victimes civiles et éviter d'endommager les infrastructures civiles.»

La bombe, qui a creusé un cratère d'au moins 15 mètres de large sur huit mètres de profondeur, a détruit quatre maisons près de l'avenue du 14 Ramadan, une artère commerciale du quartier Al-Mansour.

La situation du principal complexe présidentiel, le Palais de la République, d'une superficie de 2,5 km2 sur la rive ouest du Tigre, était confuse. Les militaires américains ont assuré l'avoir «sécurisé» hier matin, et la chaîne de télévision Sky News a montré des soldats américains s'y promenant librement, voire s'y prélassant.

Au moins trois véhicules blindés américains Bradley étaient positionnés dans l'après-midi sur une route longeant le Tigre, devant le palais. Mais les combats se sont intensifiés après quelques heures de répit, et dans l'après-midi, d'intenses tirs d'artillerie semblaient en provenir.

Outre leur incursion jusqu'à ce palais au coeur de Bagdad, les militaires américains ont assuré contrôler un autre palais en centre-ville et un troisième au sud-ouest de Bagdad, près de l'aéroport.

«Ne croyez pas ces envahisseurs. Il n'y a aucun de leurs soldats à Bagdad», a affirmé le ministre irakien de l'Information Mohammad Saïd Al-Sahhaf. «Ils [les Américains] ont fait avancer quelques transports de troupes et des chars. Nous les avons encerclés», a-t-il ajouté.

Des tests préliminaires effectués sur des barils découverts dans une installation militaire près de Karbala, dans le centre de l'Irak, ont par ailleurs démontré hier qu'ils contenaient des agents chimiques, selon des responsables militaires américains.

Le président George W. Bush est pour sa part arrivé à Belfast (Irlande du Nord) pour s'y entretenir notamment de l'après-Saddam avec son plus proche allié dans la guerre, le premier ministre britannique Tony Blair.

Les deux dirigeants devraient aussi se pencher sur le blocage des processus de paix au Proche-Orient et en Irlande du Nord au cours d'un sommet de deux jours.

Tandis que les combats faisaient rage, la télévision d'État irakienne a montré le président Saddam Hussein présidant une réunion des hauts cadres de l'État, dont le vice-président Taha Yassine Ramadan, son fils cadet Qoussaï, chef de la Garde républicaine, et de hauts officiers de l'armée.

Dans le sud de l'Irak, les militaires britanniques ont annoncé que la bataille de Bassora était «plus ou moins terminée», et plusieurs centaines d'entre eux se sont déployés dans la ville, s'emparant de bâtiments stratégiques dont un immense palais de Saddam Hussein. Les Britanniques ont pénétré à pied hier dans le centre-ville et ont également pris le contrôle de l'université.

Prudence du Pentagone

Le Pentagone ne veut pas vendre trop vite la peau de l'ours: si la bataille de Bagdad est bien engagée, assurer la victoire totale en Irak prendra du temps et ne dépendra pas de la seule capture ou mort de Saddam Hussein, a-t-on fait savoir.

Le secrétaire américain à la Défense, Donald Rumsfeld, et le chef d'état-major interarmées, Richard Myers, soulignant que la bataille n'était pas encore gagnée, ont brossé hier devant les médias un tableau militaire optimiste, notamment de Bagdad encerclée.

Les choses ont bien et vite changé depuis vendredi dernier, a relevé le général Myers: «Nous avons le contrôle de l'aéroport international de Bagdad», déjà utilisé pour des missions aériennes, ainsi que les routes d'accès à la capitale, deux des palaces de Saddam ont été «visités» et les divisions de la Garde républicaine ne peuvent plus «mener que des combats sporadiques contre nos forces».

Même son de cloche du ministre de la Défense: «Le régime est en train de s'effondrer» et l'un des dirigeants les plus controversés a certainement trouvé la mort.

M. Rumsfeld annonçait ainsi que Washington pensait avoir tué dans un bombardement Al Hassan Al-Majid, surnommé «Ali le chimique», cousin de Saddam Hussein et considéré comme son homme de main. Il était soupçonné d'avoir ordonné le bombardement au gaz ypérite en mars 1988 de la ville kurde d'Halabja, tuant plusieurs milliers de personnes.

«Nous pensons l'avoir eu» lors du bombardement de sa résidence à Bassora, a ensuite déclaré un responsable du Pentagone.

Donald Rumsfeld a cependant choisi la prudence, en minimisant, comme la Maison-Blanche, les questions sur le sort de Saddam Hussein, dont Washington affirme ignorer s'il est mort ou vivant ou s'il est blessé.

«Il n'y aura pas un point de bascule particulier qui permettra de déterminer la victoire complète sur le régime irakien, mais plusieurs et il est improbable que tout cela intervienne simultanément à travers le pays», a-t-il déclaré. La victoire en Irak ne dépend pas du sort de son président Saddam Hussein, a-t-il déclaré. «À l'heure actuelle, il ne gouverne plus le pays, le régime a changé», a estimé M. Rumsfeld.

L'après-Saddam

L'après-Saddam, et notamment le rôle des Nations unies dans la reconstruction de l'Irak, devait être l'un des thèmes du sommet américano-britannique à Belfast. Washington souhaite accorder un rôle secondaire aux Nations unies dans la reconstruction de l'Irak alors que Londres passe pour plus favorable à un rôle important de l'ONU.

Le secrétaire d'État Colin Powell a cependant cherché hier à minimiser les divergences entre Londres et Washington sur ce point.

Le ministre canadien des Affaires étrangères, Bill Graham, a affirmé à Ottawa que le Canada assumerait ses responsabilités dans la reconstruction de l'Irak à l'issue du conflit en cours, soulignant que les Américains étaient les «meilleurs amis» des Canadiens.

«Nous souhaitons à nos alliés américains et à tous ceux qui sont en Irak une fin rapide [de la guerre], avec aussi peu de victimes et de morts que possible», a-t-il dit à la Chambre des Communes.

Le secrétaire général des Nations unies, Kofi Annan, a pour sa part annoncé qu'il se rendrait cette semaine à Londres, Paris, Berlin et Moscou pour «poursuivre ses discussions sur l'Irak».

Et la conseillère américaine pour la sécurité nationale, Condoleezza Rice, a fait une visite éclair à Moscou pour réduire la tension entre la Russie et les États-Unis, après un incident dans lequel cinq diplomates russes ont été blessés sur une route irakienne. Alors que l'ambassadeur russe accuse les troupes américaines d'avoir «délibérément» tiré sur le convoi, Mme Rice a affirmé au président Vladimir Poutine que les tirs n'étaient pas «intentionnels».


Hussein visé
Des avions américains ont bombardé hier un bâtiment à Bagdad où se trouvaient sans doute Saddam Hussein et ses fils, a indiqué un responsable américain hier soir, en disant ne pas savoir si ces dirigeants ont été tués.
«Nous avons eu des renseignements indiquant qu’un certain nombre de dirigeants irakiens, des services de renseignements et peut-être Saddam et ses deux fils, étaient réunis dans un bâtiment à Bagdad», a-t-il déclaré à l’AFP.
Des avions militaires américains se trouvant dans le ciel irakien ont reçu aussitôt l’ordre de bombarder ce lieu, qui n’était pas un bunker.
«Nous ne savons pas qui a été tué, évidemment nous espérons qu’une partie de la direction a été éliminée», a-t-il ajouté.
 
 
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