Dictée des Amériques : indifférence générale
Voilà une semaine que j'attends une plainte, une réaction, un minisoubresaut quelque part. Je dois bien me rendre à l'évidence: la Dictée des Amériques disparaît dans l'indifférence la plus générale.
J'aurais bien aimé voir le maire de Québec, Régis Labeaume, brandir un Petit Larousse avec le même enthousiasme que sa canette de boisson énergisante pour défendre le concours «Glace concassée du Taureau rouge». La Dictée se tenait au coeur même de sa ville depuis plus de 15 ans, attirant des concurrents du monde entier, faisant connaître Québec internationalement... Il la laisse partir sans broncher.
Je m'attendais à entendre la ministre de l'Éducation, Michelle Courchesne, tellement préoccupée par la qualité du français chez les jeunes. Elle aurait pu, me semble-t-il, être un tantinet scandalisée par la disparition de la seule compétition internationale donnant un minimum de prestige à l'excellence en français écrit. De la ministre de la Culture, Christine St-Pierre, celle qui a promis d'agir quant à la qualité de la langue, aucun écho non plus.
Je me suis même pris à rêver que notre premier ministre, Jean Charest, fasse preuve du même empressement pour sauver la Dictée que pour instituer les classes d'anglais en première année. Ou alors qu'il manifeste un quelconque remords d'avoir amputé le budget de Télé-Québec, ce qui a conduit au résultat d'aujourd'hui.
Les personnes qui aiment, respectent et connaissent admirablement le français avaient une seule occasion par année de se donner un défi et d'en tirer un peu de fierté. Une seule. Mais c'était encore trop demander... Pense-t-on encore que la valorisation du français doit tomber des nues, sans qu'on y mettre le moindre investissement?
[Certains se réjouissent] de la disparition de cette «dictée-cirque glorifiant une orthographe ridicule et surannée». [Ils prônent] une écriture entièrement phonétique, reléguant la langue au même rôle utilitaire qu'une perceuse, balayant du revers de la main des millénaires d'héritage venus directement de la Rome et de la Grèce antiques.
S'il fallait suivre [ce] raisonnement, le jour où Alexandre Despatie prendra sa retraite devrait être une occasion de réjouissance pour toutes les personnes qui n'arrivent pas à plonger dans leur piscine sans éclabousser le deuxième voisin. Depuis quand l'excellence des uns exacerbe-t-elle les complexes des autres, plutôt que d'être une incitation au dépassement de soi?
Peut-on seulement nommer les gagnants de la Dictée de cette année? Non? Il faut convenir alors que la modeste «gloire» qu'ils en retirent n'a aucune commune mesure avec celle des athlètes ou des vedettes de cinéma...
Nous sommes dans un Québec qui connaît davantage le nom des mauvais gardiens de but que des champions de la langue française. Un Québec où les personnes prônant l'abrutissement du langage peuvent s'exprimer sans que personne n'en soit choqué. Un Québec où la Dictée des Amériques disparaît dans le silence absolu, en faisant même la joie de certains.
Dans un tel contexte, je ne crois pas me tromper en affirmant que la qualité de la langue n'est pas encore une valeur de notre société. Du moins, si nous cherchions des modèles pour inspirer les étudiants qui peinent dans leur apprentissage, nous venons de faire un beau pas en arrière. Vivement un gouvernement qui valorisera vraiment la qualité du français plutôt que les hôtels pour pitou et minou.
J'aurais bien aimé voir le maire de Québec, Régis Labeaume, brandir un Petit Larousse avec le même enthousiasme que sa canette de boisson énergisante pour défendre le concours «Glace concassée du Taureau rouge». La Dictée se tenait au coeur même de sa ville depuis plus de 15 ans, attirant des concurrents du monde entier, faisant connaître Québec internationalement... Il la laisse partir sans broncher.
Je m'attendais à entendre la ministre de l'Éducation, Michelle Courchesne, tellement préoccupée par la qualité du français chez les jeunes. Elle aurait pu, me semble-t-il, être un tantinet scandalisée par la disparition de la seule compétition internationale donnant un minimum de prestige à l'excellence en français écrit. De la ministre de la Culture, Christine St-Pierre, celle qui a promis d'agir quant à la qualité de la langue, aucun écho non plus.
Je me suis même pris à rêver que notre premier ministre, Jean Charest, fasse preuve du même empressement pour sauver la Dictée que pour instituer les classes d'anglais en première année. Ou alors qu'il manifeste un quelconque remords d'avoir amputé le budget de Télé-Québec, ce qui a conduit au résultat d'aujourd'hui.
Les personnes qui aiment, respectent et connaissent admirablement le français avaient une seule occasion par année de se donner un défi et d'en tirer un peu de fierté. Une seule. Mais c'était encore trop demander... Pense-t-on encore que la valorisation du français doit tomber des nues, sans qu'on y mettre le moindre investissement?
[Certains se réjouissent] de la disparition de cette «dictée-cirque glorifiant une orthographe ridicule et surannée». [Ils prônent] une écriture entièrement phonétique, reléguant la langue au même rôle utilitaire qu'une perceuse, balayant du revers de la main des millénaires d'héritage venus directement de la Rome et de la Grèce antiques.
S'il fallait suivre [ce] raisonnement, le jour où Alexandre Despatie prendra sa retraite devrait être une occasion de réjouissance pour toutes les personnes qui n'arrivent pas à plonger dans leur piscine sans éclabousser le deuxième voisin. Depuis quand l'excellence des uns exacerbe-t-elle les complexes des autres, plutôt que d'être une incitation au dépassement de soi?
Peut-on seulement nommer les gagnants de la Dictée de cette année? Non? Il faut convenir alors que la modeste «gloire» qu'ils en retirent n'a aucune commune mesure avec celle des athlètes ou des vedettes de cinéma...
Nous sommes dans un Québec qui connaît davantage le nom des mauvais gardiens de but que des champions de la langue française. Un Québec où les personnes prônant l'abrutissement du langage peuvent s'exprimer sans que personne n'en soit choqué. Un Québec où la Dictée des Amériques disparaît dans le silence absolu, en faisant même la joie de certains.
Dans un tel contexte, je ne crois pas me tromper en affirmant que la qualité de la langue n'est pas encore une valeur de notre société. Du moins, si nous cherchions des modèles pour inspirer les étudiants qui peinent dans leur apprentissage, nous venons de faire un beau pas en arrière. Vivement un gouvernement qui valorisera vraiment la qualité du français plutôt que les hôtels pour pitou et minou.
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