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Lettres: «La politique, c'est l'art de se servir des gens», disait Paul Valéry

Mohamed Lotfi - Un Québécois parmi d'autres, le 3 avril 2003  8 avril 2003 
M. Charest se sert des émotions des gens en les réduisant à de simples impulsifs qu'il suffit de manipuler à coup de messages subliminaux. À celui de la santé, il ajoute maintenant celui de l'ethnie; de la sorte il s'attaque à ce qu'il croit être les deux points faibles du PQ. Santé et souveraineté. Est-ce habile et moral d'utiliser les «ethnies» pour s'attaquer à la souveraineté? Si au moins Parizeau avait réellement gaffé cette fois. Et si nous étions encore dans le Québec de 1995 où beaucoup d'enfants d'immigrants n'avaient pas encore le droit de vote.

De toute évidence, Charest ignore l'évolution des choix politiques des communautés culturelles. Les libéraux ne peuvent plus prétendre au monopole du vote ethnique. Il est plus que jamais auparavant diversifié. Les partis sont plus nombreux. Les fils d'immigrants, enfants de la loi 101, ne pensent pas tous comme leurs parents. La réponse de Jacques Parizeau à une question posée par un étudiant de Shawinigan aurait pu être le début d'une réconciliation sur un malentendu trop longtemps entretenu. Mais élections obligent, Parizeau devait se retirer de la campagne. Tant pis pour le débat. Mais retenons quand même en mémoire ces quelques chiffres. Le vote ethnique favorable à la souveraineté a baissé soudainement de 10 % à 3 % lors du référendum de 1995. Il y a de quoi frustrer tout souverainiste qui voit la souveraineté lui échapper par quelques milliers de voix. Même si le vote ethnique n'est pas le seul ni le plus grand responsable de la défaite du OUI. Il est cependant vrai qu'en tant que premier ministre de tous les Québécois, Parizeau aurait dû se retenir et garder ses explications pour un autre moment plus propice à l'analyse. Mais, essayez de mesurer l'ampleur de la frustration d'un homme que l'histoire aurait retenu comme le père de l'indépendance du Québec. Il est apparemment difficile pour un non-souverainiste de comprendre ça. Encore plus pour un immigrant non souverainiste. Mais si Parizeau n'était qu'un obsédé du pouvoir, il se serait contenté de dire «Vous n'êtes pas prêts pour la souveraineté, mais moi je suis toujours prêt pour le pouvoir». Parizeau a préféré démissionner. Aujourd'hui, Jean Charest croit qu'en ranimant les vieux sentiments de frustration vécus par certains membres des communautés culturelles, il ferait d'une pierre deux coups: gagner le vote ethnique et faire peur aux non-souverainistes satisfaits du bilan du gouvernement sortant, le Parti québécois. Mais la manoeuvre de Charest risque de provoquer l'effet contraire pour deux raisons principales:

1 - La large diffusion de l'explication de Parizeau pourrait satisfaire beaucoup de membres des communautés culturelles qui attendaient des explications depuis 1995.

2 - Le manque de discrétion dans la manipulation de Charest risque de remettre en question le vote de certains électeurs francophones qui n'aiment pas les politiciens manipulateurs.

Par ailleurs, la façon avec laquelle Charest aborde le thème de la santé, avant et tout au long de la campagne électorale, réduit le Québec à un hôpital et les Québécois à des malades. Comme si la santé n'était pas liée à d'autres thèmes comme l'environnement et à bien d'autres questions sociales que Charest n'aborde jamais. La pauvreté par exemple. J'aurais bien aimé recevoir des messages subliminaux qui m'annoncent que le salaire minimum, avec les libéraux, va augmenter de 30 %. Ça aussi, c'est une façon de parler de la santé des gens.

M. Charest n'est pas le premier à répéter les mêmes mots et les mêmes phrases un million de fois en trente jours en espérant que cela va orienter le vote dans le sens qu'il désire. Cette technique a fait ses preuves chez nos voisins américains. Mais ne nous sommes pas 250 millions d'électeurs. Certains diraient qu'en campagne électorale, c'est de bonne guerre que de répéter des slogans. M. Charest ne répète pas des slogans, il radote.

Je ne suis pas prêt à voter pour un type qui me prend pour un con.
 
 
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