Élections: trois questions sur le patrimoine
Au pays du «Je me souviens», la campagne électorale 2003 rappelle le peu d'attention accordée à ce patrimoine qui apporte identité à nos lieux de vie et de création, et reste l'expression première et durable de la diversité culturelle. Faute de politique nationale ou de vision cohérente de son développement, le Québec démolit ses églises, se banalise, perd la mémoire et disparaît. Pourra-t-il compter sur le futur gouvernement pour assumer, dans toutes les régions comme à Montréal, sa responsabilité de protection et mise en valeur?
Trois rappels:
La politique québécoise du patrimoine?
Depuis près de 30 ans, les ministres promettent de doter le Québec d'une politique du patrimoine à l'instar de tant d'autres gouvernements modernes. Alors que le gouvernement du Canada en retard sur ses devoirs internationaux, réfléchit à la sienne et que la Ville de Montréal, suite au Sommet de Montréal qui reconnut la Déclaration québécoise du patrimoine, s'y engage, le Québec, après sa Politique culturelle de 1992 centrée sur la production culturelle, renvoie constamment le patrimoine en file d'attente.
Bien sûr, les gouvernements québécois continuent d'effectuer des gestes significatifs: programme pour le patrimoine religieux; proposition de protection du mont Royal; rétablissement d'une Direction du patrimoine au ministère de la Culture; lois reconnaissant d'anciennes races bovines ou protégeant les paysages naturels humanisés.
Ces actions ponctuelles ne remplacent pas une politique nationale qui affirme l'engagement gouvernemental d'assumer son rôle constitutionnel de protecteur du patrimoine lors de ses activités et d'appuyer l'engagement de citoyens, d'associations, de propriétaires ou d'acteurs publics ou privés qui participent à cette oeuvre contre l'indifférence et l'oubli.
Après moult réflexions et consultations dont la dernière par le groupe Arpin en 1999-2000, donna plusieurs propositions intéressantes, on attend en 2003 une proposition concrète de politique du patrimoine pour tout le Québec.
Sans accentuer l'antagonisme entre Montréal et les régions qui naît d'une indigence que tous vivent, elle devra jeter les bases d'une action cohérente et conséquente de l'État et des organismes qui en dépendent comme les municipalités et les sociétés d'État, en matière de connaissance, reconnaissance, protection et valorisation de ce patrimoine bâti, paysager, historique ou culturel.
La vision métropolitaine?
En juin 2001, le gouvernement adoptait un cadre d'aménagement pour le territoire métropolitain et des orientations gouvernementales dont celle de « protéger et mettre en valeur le patrimoine naturel, historique et architectural, et les paysages». Outre le transport et les poubelles, ce document traite de protection du mont Royal et des montérégiennes, d'amélioration du patrimoine urbain ou de l'accès à l'eau, de reconnaissance du centre et de la culture.
Il s'inscrit dans une démarche constante à laquelle les gouvernements successifs et nos organismes ont contribué pour doter la Métropole d'une vision plus cohérente qui valorise ce territoire et ses qualités au lieu de les gaspiller par indifférence ou par intérêt particulier.
En 2003, cet outil moderne reste nécessaire pour éviter que des projets ne dénaturent pour toujours le territoire et sa mémoire. Par leur mission, par leur architecture et par leur respect de processus publics, les interventions gouvernementales ou privées doivent soutenir la personnalité de cette métropole et le sentiment d'appartenance.
Alors que l'assemblage actuel rend peut-être plus évidente une perspective métropolitaine aux yeux de la société civile qu'à ceux des structures qui l'administrent par morceaux, le gouvernement devra encourager l'émergence d'une telle vision et se donner un devoir de cohérence dans ses projets et programmes, au coeur comme en périphérie de la Métropole.
L'avenir du patrimoine montréalais?
Montréal a un patrimoine unique au Québec et en Amérique par sa densité, sa diversité et sa quantité. L'aventure montréalaise lie le Vieux Montréal au port, au canal de Lachine, au boulevard Saint-Laurent, aux villas du Square Mile, aux carrières du Mile End, à Place Ville-Marie, aux villages d'ici comme aux grandes villes américaines. Le sol, l'architecture, la chanson ou les épitaphes portent les traces des gens et des temps. Dans cette métropole plurielle, édifices, parcs, toponymes, machines, monuments, archives, chansons ou traditions sont rarement privés de sens et isolés.
Vivant une problématique unique au Québec, ce trésor historique et culturel est mal connu et vulnérable. L'éclatement des responsabilités suscite une inquiétude qu'accentuent, par exemple, la dispersion des expertises à Montréal ou le régime actuel en matière de démolition.
Qu'il s'agisse de patrimoine bâti, d'archéologie ou d'archives, il faut un plan d'action cohérent et concerté et des moyens conséquents pour donner à nos porteurs de mémoire, un avenir qui leur permette de contribuer au développement culturel et urbain de la métropole.
Outre une reconnaissance spécifique dans la politique nationale et un partenariat bienvenu avec la Ville de Montréal, le gouvernement devra agir pour le patrimoine de Montréal. Par exemple, adopter un cadre préventif pour le patrimoine religieux et institutionnel; confirmer le statut du mont Royal au terme de l'actuel processus; protéger des ensembles menacés comme le paysage industriel du canal de Lachine ou développer les connaissances et l'éducation.
Il faudra aussi modifier la charte de la Ville pour doter le Conseil du patrimoine de compétences et de pouvoirs bien définis, préciser le rôle des arrondissements, mieux encadrer l'autorisation de démolitions et les processus référendaires ou pour y enchâsser le périmètre et les mécanismes de protection du mont Royal.
Alors qu'on sait que Montréal et le Québec devront faire face à de grands défis en patrimoine à court terme, il est grand temps de mettre les gens ensemble et de récolter les fruits des idées et de la patience des organismes en patrimoine, des citoyens et des pouvoirs publics. En 2003, il est urgent de donner un avenir au porteur d'identité, de mémoire et de créativité qu'est notre patrimoine au lieu de reporter à nouveau l'engagement nécessaire. À défaut, nous nous condamnons à voir disparaître cette irremplaçable richesse.
Trois rappels:
La politique québécoise du patrimoine?
Depuis près de 30 ans, les ministres promettent de doter le Québec d'une politique du patrimoine à l'instar de tant d'autres gouvernements modernes. Alors que le gouvernement du Canada en retard sur ses devoirs internationaux, réfléchit à la sienne et que la Ville de Montréal, suite au Sommet de Montréal qui reconnut la Déclaration québécoise du patrimoine, s'y engage, le Québec, après sa Politique culturelle de 1992 centrée sur la production culturelle, renvoie constamment le patrimoine en file d'attente.
Bien sûr, les gouvernements québécois continuent d'effectuer des gestes significatifs: programme pour le patrimoine religieux; proposition de protection du mont Royal; rétablissement d'une Direction du patrimoine au ministère de la Culture; lois reconnaissant d'anciennes races bovines ou protégeant les paysages naturels humanisés.
Ces actions ponctuelles ne remplacent pas une politique nationale qui affirme l'engagement gouvernemental d'assumer son rôle constitutionnel de protecteur du patrimoine lors de ses activités et d'appuyer l'engagement de citoyens, d'associations, de propriétaires ou d'acteurs publics ou privés qui participent à cette oeuvre contre l'indifférence et l'oubli.
Après moult réflexions et consultations dont la dernière par le groupe Arpin en 1999-2000, donna plusieurs propositions intéressantes, on attend en 2003 une proposition concrète de politique du patrimoine pour tout le Québec.
Sans accentuer l'antagonisme entre Montréal et les régions qui naît d'une indigence que tous vivent, elle devra jeter les bases d'une action cohérente et conséquente de l'État et des organismes qui en dépendent comme les municipalités et les sociétés d'État, en matière de connaissance, reconnaissance, protection et valorisation de ce patrimoine bâti, paysager, historique ou culturel.
La vision métropolitaine?
En juin 2001, le gouvernement adoptait un cadre d'aménagement pour le territoire métropolitain et des orientations gouvernementales dont celle de « protéger et mettre en valeur le patrimoine naturel, historique et architectural, et les paysages». Outre le transport et les poubelles, ce document traite de protection du mont Royal et des montérégiennes, d'amélioration du patrimoine urbain ou de l'accès à l'eau, de reconnaissance du centre et de la culture.
Il s'inscrit dans une démarche constante à laquelle les gouvernements successifs et nos organismes ont contribué pour doter la Métropole d'une vision plus cohérente qui valorise ce territoire et ses qualités au lieu de les gaspiller par indifférence ou par intérêt particulier.
En 2003, cet outil moderne reste nécessaire pour éviter que des projets ne dénaturent pour toujours le territoire et sa mémoire. Par leur mission, par leur architecture et par leur respect de processus publics, les interventions gouvernementales ou privées doivent soutenir la personnalité de cette métropole et le sentiment d'appartenance.
Alors que l'assemblage actuel rend peut-être plus évidente une perspective métropolitaine aux yeux de la société civile qu'à ceux des structures qui l'administrent par morceaux, le gouvernement devra encourager l'émergence d'une telle vision et se donner un devoir de cohérence dans ses projets et programmes, au coeur comme en périphérie de la Métropole.
L'avenir du patrimoine montréalais?
Montréal a un patrimoine unique au Québec et en Amérique par sa densité, sa diversité et sa quantité. L'aventure montréalaise lie le Vieux Montréal au port, au canal de Lachine, au boulevard Saint-Laurent, aux villas du Square Mile, aux carrières du Mile End, à Place Ville-Marie, aux villages d'ici comme aux grandes villes américaines. Le sol, l'architecture, la chanson ou les épitaphes portent les traces des gens et des temps. Dans cette métropole plurielle, édifices, parcs, toponymes, machines, monuments, archives, chansons ou traditions sont rarement privés de sens et isolés.
Vivant une problématique unique au Québec, ce trésor historique et culturel est mal connu et vulnérable. L'éclatement des responsabilités suscite une inquiétude qu'accentuent, par exemple, la dispersion des expertises à Montréal ou le régime actuel en matière de démolition.
Qu'il s'agisse de patrimoine bâti, d'archéologie ou d'archives, il faut un plan d'action cohérent et concerté et des moyens conséquents pour donner à nos porteurs de mémoire, un avenir qui leur permette de contribuer au développement culturel et urbain de la métropole.
Outre une reconnaissance spécifique dans la politique nationale et un partenariat bienvenu avec la Ville de Montréal, le gouvernement devra agir pour le patrimoine de Montréal. Par exemple, adopter un cadre préventif pour le patrimoine religieux et institutionnel; confirmer le statut du mont Royal au terme de l'actuel processus; protéger des ensembles menacés comme le paysage industriel du canal de Lachine ou développer les connaissances et l'éducation.
Il faudra aussi modifier la charte de la Ville pour doter le Conseil du patrimoine de compétences et de pouvoirs bien définis, préciser le rôle des arrondissements, mieux encadrer l'autorisation de démolitions et les processus référendaires ou pour y enchâsser le périmètre et les mécanismes de protection du mont Royal.
Alors qu'on sait que Montréal et le Québec devront faire face à de grands défis en patrimoine à court terme, il est grand temps de mettre les gens ensemble et de récolter les fruits des idées et de la patience des organismes en patrimoine, des citoyens et des pouvoirs publics. En 2003, il est urgent de donner un avenir au porteur d'identité, de mémoire et de créativité qu'est notre patrimoine au lieu de reporter à nouveau l'engagement nécessaire. À défaut, nous nous condamnons à voir disparaître cette irremplaçable richesse.
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