Au fil de la semaine
L'actualité n'est pas toujours brûlante, mais chaque jour apporte son lot de nouvelles pour alimenter notre réflexion, cette gymnastique intellectuelle sans laquelle rien n'est compréhensible et tout perd son sens.
Cette semaine, donc, nous apprenions sans surprise que le Parlement européen dans sa quasi-majorité a voté le boycottage des produits de la chasse au phoque, dont les conséquences seront catastrophiques pour les chasseurs canadiens, ceux des îles de la Madeleine au premier chef. Or, les députés européens ont mis deux bémols à leur vote. La Suède, la Finlande et l'Écosse pourront continuer leur chasse afin de protéger les bancs de poissons, mais elles ne pourront en vendre le produit.
Ainsi donc, la «barbarie» dénoncée par les députés ne s'applique pas lorsqu'il s'agit de permettre à tous les Européens de manger le poisson dont ils sont friands et qui constitue une industrie créatrice d'emplois. L'Union européenne, en protégeant ses membres, oublie la souffrance des phoques européens et n'a d'attendrissement que pour ceux de nos contrées. Quant aux emplois perdus aux îles de la Madeleine, elle n'en a cure.
Mais l'hypocrisie des députés de Strasbourg atteint son apogée dans le second bémol de leur vote. En effet, leur rejet de cette «horrible chasse» ne s'étend pas aux Inuits, qu'ils excluent de leur vindicte. Ces derniers pourront donc continuer leur pratique ancestrale pour des fins de survie. Les Inuits pourront donc faire commerce de leur chasse. Mieux encore, les députés ont fait un effort de sémantique et rejeté le mot «autochtone» pour les désigner afin d'éviter que les habitants des îles de la Madeleine, pour qui la chasse est un élément de leur culture insulaire et leur source de revenus, ne le revendiquent pour eux.
Brigitte Bardot, la passionaria du mouvement de défense des animaux, prête à battre un être humain pour sauver la moindre espèce animale, se déclare «sur un petit nuage» et les abolitionnistes de toute forme de chasse et de pêche sablent le champagne ou la bouteille de Guinness (ils sont si nombreux dans le monde anglo-saxon) et affûtent leurs armes en vue de la prochaine étape, celle de l'abolition de l'abattage de tous les animaux consommés par l'homme carnivore.
On est en droit d'être particulièrement dérangé par cette concession en faveur des Inuits. Et si cette apparente ouverture d'esprit aux moeurs de ces derniers recouvrait plutôt un sentiment de supériorité de Blancs culpabilisés? Cette chasse, sanglante il faut en convenir, serait normale — lâchons le mot — pour des «Sauvages» et inacceptable lorsqu'elle est le fait des Blancs? C'est une hypothèse, rien qu'une hypothèse...
Le fait divers le plus (et je cherche ici des mots forts) délirant, dégoûtant, démentiel est bien sûr ce massacre dans un village kurde du sud-est de la Turquie, où 44 personnes, pour la plupart des femmes et des enfants, ont été abattues par les membres d'une famille ennemie au cours d'un mariage musulman. Crime d'honneur, comme on appelle cela dans cette société moyenâgeuse de la Turquie d'aujourd'hui.
La Turquie qui divise les Européens quant à son entrée dans l'Union européenne, justement. Comment intégrer un pays, officiellement laïque et démocratique, mais qui en dehors d'Istanbul et d'Ankara comprend des régions entières où l'on vit selon des règles, des coutumes et des lois claniques qui ont donné lieu à la tragédie survenue cette semaine? Bien sûr, le débat autour de la Turquie porte avant tout sur l'européanité, réelle ou non, de ce pays dirigé aujourd'hui par un islamiste modéré, un pays majoritairement musulman et qui est géographiquement la porte d'entrée de l'Orient. Cette semaine, les opposants à son entrée dans l'Europe politique ont discrètement mis en avant la tragédie du village de Bilge.
Autre pays, autres moeurs. Le divorce à l'italienne demandé par l'épouse outrée des frasques du Cavaliere Sylvio Berlusconi met en lumière une culture des rapports hommes-femmes devenue anachronique chez nous. Il fallait entendre les Italiens et les Italiennes commenter cette semaine à la télévision la comédie matrimoniale de leur premier ministre pour saisir la guerre des sexes qui doit se dérouler chez eux. Les hommes blâmaient l'épouse d'avoir dénoncé l'attitude de son mari et les femmes prenaient fait et cause pour elle.
À vrai dire, cette triste farce prouve surtout que les épouses de personnalités publiques rompent désormais la loi du silence qu'elles se sont imposée dans le passé au nom de leur dignité bafouée, repoussant du coup les frontières entre vie privée et vie publique. Et il est intéressant que ce soit Veronica Lario, cette ancienne actrice, qui se rebelle devant les inepties érotico-sensuelles du don Juan en chef du gouvernement italien, elle qui ne s'est jamais présentée comme une féministe militante contrairement à Hillary Clinton, dont on a constaté la «tolérance» devant les écarts sexuels de son adolescent de mari, tout Bill Clinton qu'il soit.
***
denbombardier@videotron.ca
Cette semaine, donc, nous apprenions sans surprise que le Parlement européen dans sa quasi-majorité a voté le boycottage des produits de la chasse au phoque, dont les conséquences seront catastrophiques pour les chasseurs canadiens, ceux des îles de la Madeleine au premier chef. Or, les députés européens ont mis deux bémols à leur vote. La Suède, la Finlande et l'Écosse pourront continuer leur chasse afin de protéger les bancs de poissons, mais elles ne pourront en vendre le produit.
Ainsi donc, la «barbarie» dénoncée par les députés ne s'applique pas lorsqu'il s'agit de permettre à tous les Européens de manger le poisson dont ils sont friands et qui constitue une industrie créatrice d'emplois. L'Union européenne, en protégeant ses membres, oublie la souffrance des phoques européens et n'a d'attendrissement que pour ceux de nos contrées. Quant aux emplois perdus aux îles de la Madeleine, elle n'en a cure.
Mais l'hypocrisie des députés de Strasbourg atteint son apogée dans le second bémol de leur vote. En effet, leur rejet de cette «horrible chasse» ne s'étend pas aux Inuits, qu'ils excluent de leur vindicte. Ces derniers pourront donc continuer leur pratique ancestrale pour des fins de survie. Les Inuits pourront donc faire commerce de leur chasse. Mieux encore, les députés ont fait un effort de sémantique et rejeté le mot «autochtone» pour les désigner afin d'éviter que les habitants des îles de la Madeleine, pour qui la chasse est un élément de leur culture insulaire et leur source de revenus, ne le revendiquent pour eux.
Brigitte Bardot, la passionaria du mouvement de défense des animaux, prête à battre un être humain pour sauver la moindre espèce animale, se déclare «sur un petit nuage» et les abolitionnistes de toute forme de chasse et de pêche sablent le champagne ou la bouteille de Guinness (ils sont si nombreux dans le monde anglo-saxon) et affûtent leurs armes en vue de la prochaine étape, celle de l'abolition de l'abattage de tous les animaux consommés par l'homme carnivore.
On est en droit d'être particulièrement dérangé par cette concession en faveur des Inuits. Et si cette apparente ouverture d'esprit aux moeurs de ces derniers recouvrait plutôt un sentiment de supériorité de Blancs culpabilisés? Cette chasse, sanglante il faut en convenir, serait normale — lâchons le mot — pour des «Sauvages» et inacceptable lorsqu'elle est le fait des Blancs? C'est une hypothèse, rien qu'une hypothèse...
Le fait divers le plus (et je cherche ici des mots forts) délirant, dégoûtant, démentiel est bien sûr ce massacre dans un village kurde du sud-est de la Turquie, où 44 personnes, pour la plupart des femmes et des enfants, ont été abattues par les membres d'une famille ennemie au cours d'un mariage musulman. Crime d'honneur, comme on appelle cela dans cette société moyenâgeuse de la Turquie d'aujourd'hui.
La Turquie qui divise les Européens quant à son entrée dans l'Union européenne, justement. Comment intégrer un pays, officiellement laïque et démocratique, mais qui en dehors d'Istanbul et d'Ankara comprend des régions entières où l'on vit selon des règles, des coutumes et des lois claniques qui ont donné lieu à la tragédie survenue cette semaine? Bien sûr, le débat autour de la Turquie porte avant tout sur l'européanité, réelle ou non, de ce pays dirigé aujourd'hui par un islamiste modéré, un pays majoritairement musulman et qui est géographiquement la porte d'entrée de l'Orient. Cette semaine, les opposants à son entrée dans l'Europe politique ont discrètement mis en avant la tragédie du village de Bilge.
Autre pays, autres moeurs. Le divorce à l'italienne demandé par l'épouse outrée des frasques du Cavaliere Sylvio Berlusconi met en lumière une culture des rapports hommes-femmes devenue anachronique chez nous. Il fallait entendre les Italiens et les Italiennes commenter cette semaine à la télévision la comédie matrimoniale de leur premier ministre pour saisir la guerre des sexes qui doit se dérouler chez eux. Les hommes blâmaient l'épouse d'avoir dénoncé l'attitude de son mari et les femmes prenaient fait et cause pour elle.
À vrai dire, cette triste farce prouve surtout que les épouses de personnalités publiques rompent désormais la loi du silence qu'elles se sont imposée dans le passé au nom de leur dignité bafouée, repoussant du coup les frontières entre vie privée et vie publique. Et il est intéressant que ce soit Veronica Lario, cette ancienne actrice, qui se rebelle devant les inepties érotico-sensuelles du don Juan en chef du gouvernement italien, elle qui ne s'est jamais présentée comme une féministe militante contrairement à Hillary Clinton, dont on a constaté la «tolérance» devant les écarts sexuels de son adolescent de mari, tout Bill Clinton qu'il soit.
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denbombardier@videotron.ca
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