À saveur frenchy, la polémique en moins
Le boycottage des produits français sur le territoire américain, pour cause de contre-effort de guerre, fait le bonheur des transformateurs et producteurs alimentaires du Québec, qui espèrent bien combler les trous laissés dans ce marché avec leurs «trésors» du terroir. Des trésors à saveur so frenchy, l'arrière-goût de polémique en moins.
Le ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation (MAPAQ) compte d'ailleurs les y aider, a appris Le Devoir en marge du Salon international de l'alimentation (SIAL), qui s'est tenu durant les trois derniers jours à Montréal, mais les fonctionnaires, tout comme le ministre, préfèrent ne pas trop ébruiter ce fait.
Officiellement, la guerre en Irak et les différends entre Washington et Paris sur le conflit n'incitent pas Québec à modifier ses stratégies commerciales face au marché américain. «Bien sûr, il y a quelques entreprises qui pourraient vouloir profiter du boycott, a commenté plus tôt cette semaine le ministre de l'Agriculture, Maxime Arseneau, lors d'un point de presse organisé pour souligner la forte présence québécoise au SIAL cette année. Mais je ne veux pas mettre mon nez là-dedans, ce sont des stratégies fines.» Et d'ajouter: «Le Québec n'a pas attendu le boycott pour exporter ses fromages dans la région de Boston.»
N'empêche, dans le ventre de cette vaste foire commerciale où producteurs, transformateurs et distributeurs alimentaires viennent des quatre coins du monde sentir les tendances alimentaires du moment et négocier de juteux contrats — d'importation comme d'exportation —, le discours avait des tonalités fort différentes. «Le boycottage des produits français ouvre désormais des portes aux exportateurs québécois sur le marché américain, a expliqué Louis Côté, coordonnateur du MAPAQ au SIAL, et nous allons faire en sorte qu'ils puissent profiter de ces nouvelles opportunités.»
À preuve, le ministère a décidé cette année de mettre le paquet pour accroître la visibilité des entrepreneurs québécois et les aider à se vendre de l'autre côté de la frontière, lors de cette deuxième édition du SIAL: immense pavillon, partenariat avec différents organismes gouvernementaux afin de promouvoir programmes et services en matière de développement des marchés, campagne de promotion du SIAL aux États-Unis... Un effort soutenu également par Aliments du Québec et le Club Export agroalimentaire du Québec, qui pendant trois jours a tenu le haut du pavé au Palais des congrès de Montréal, théâtre de cette grande manifestation alimentaire.
Mieux, à la dernière minute, le MAPAQ a décidé d'offrir, hors programme officiel du salon, une «conférence de prestige», dixit les fonctionnaires du ministère. L'objectif? Permettre à Charles Lambert, sous-secrétaire d'État adjoint aux programmes de mise en marché et de réglementation au département américain de l'Agriculture (USDA), d'expliquer aux éventuels exportateurs les nouvelles règles du jeu du marché de son côté de la frontière et les différentes façons d'y accéder depuis le 11 septembre 2001. «L'accès au marché américain est important pour les entreprises québécoises, a expliqué M. Côté. Les échanges sont désormais différents et il est normal de bien comprendre les nouveaux mécanismes mis en place pour mettre les chances de son côté.»
L'événement était couru. Car le moment est propice pour aller remplacer dans les épiceries de Washington, de Chicago, de Boston ou de San Francisco le reblochon par du pied-de-vent et les terrines de foie gras du Périgord par celles élaborées du côté du lac Brome. «Le taux de change est à l'avantage des exportateurs, indique Sandra Gagné, directrice adjointe du bureau québécois d'Agriculture et Agroalimentaire Canada, et les exportations du Québec vers les États-Unis sont en constante hausse depuis quelques années. La tendance devrait d'ailleurs se maintenir. Plusieurs exportateurs rencontrés lors du salon envisagent déjà de s'implanter là où le boycottage va faire de la place», même s'il est encore difficile, poursuit-elle, d'évaluer l'impact sur le marché de cet embargo populaire.
Reste que ces places devraient être nombreuses. En effet, selon un récent sondage réalisé aux États-Unis par Wirthlin Worldwide et dont les résultats ont été rendus publics lundi dernier, près de 64 % des Américains se disent aujourd'hui, dans le brouhaha des bombardements sur l'Irak, «moins favorables» aux entreprises et produits français. Et 46 % sont même fin prêts à essayer un substitut affichant des couleurs politiquement moins chargées. Les transformateurs alimentaires québécois ne demandent guère mieux.
Le ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation (MAPAQ) compte d'ailleurs les y aider, a appris Le Devoir en marge du Salon international de l'alimentation (SIAL), qui s'est tenu durant les trois derniers jours à Montréal, mais les fonctionnaires, tout comme le ministre, préfèrent ne pas trop ébruiter ce fait.
Officiellement, la guerre en Irak et les différends entre Washington et Paris sur le conflit n'incitent pas Québec à modifier ses stratégies commerciales face au marché américain. «Bien sûr, il y a quelques entreprises qui pourraient vouloir profiter du boycott, a commenté plus tôt cette semaine le ministre de l'Agriculture, Maxime Arseneau, lors d'un point de presse organisé pour souligner la forte présence québécoise au SIAL cette année. Mais je ne veux pas mettre mon nez là-dedans, ce sont des stratégies fines.» Et d'ajouter: «Le Québec n'a pas attendu le boycott pour exporter ses fromages dans la région de Boston.»
N'empêche, dans le ventre de cette vaste foire commerciale où producteurs, transformateurs et distributeurs alimentaires viennent des quatre coins du monde sentir les tendances alimentaires du moment et négocier de juteux contrats — d'importation comme d'exportation —, le discours avait des tonalités fort différentes. «Le boycottage des produits français ouvre désormais des portes aux exportateurs québécois sur le marché américain, a expliqué Louis Côté, coordonnateur du MAPAQ au SIAL, et nous allons faire en sorte qu'ils puissent profiter de ces nouvelles opportunités.»
À preuve, le ministère a décidé cette année de mettre le paquet pour accroître la visibilité des entrepreneurs québécois et les aider à se vendre de l'autre côté de la frontière, lors de cette deuxième édition du SIAL: immense pavillon, partenariat avec différents organismes gouvernementaux afin de promouvoir programmes et services en matière de développement des marchés, campagne de promotion du SIAL aux États-Unis... Un effort soutenu également par Aliments du Québec et le Club Export agroalimentaire du Québec, qui pendant trois jours a tenu le haut du pavé au Palais des congrès de Montréal, théâtre de cette grande manifestation alimentaire.
Mieux, à la dernière minute, le MAPAQ a décidé d'offrir, hors programme officiel du salon, une «conférence de prestige», dixit les fonctionnaires du ministère. L'objectif? Permettre à Charles Lambert, sous-secrétaire d'État adjoint aux programmes de mise en marché et de réglementation au département américain de l'Agriculture (USDA), d'expliquer aux éventuels exportateurs les nouvelles règles du jeu du marché de son côté de la frontière et les différentes façons d'y accéder depuis le 11 septembre 2001. «L'accès au marché américain est important pour les entreprises québécoises, a expliqué M. Côté. Les échanges sont désormais différents et il est normal de bien comprendre les nouveaux mécanismes mis en place pour mettre les chances de son côté.»
L'événement était couru. Car le moment est propice pour aller remplacer dans les épiceries de Washington, de Chicago, de Boston ou de San Francisco le reblochon par du pied-de-vent et les terrines de foie gras du Périgord par celles élaborées du côté du lac Brome. «Le taux de change est à l'avantage des exportateurs, indique Sandra Gagné, directrice adjointe du bureau québécois d'Agriculture et Agroalimentaire Canada, et les exportations du Québec vers les États-Unis sont en constante hausse depuis quelques années. La tendance devrait d'ailleurs se maintenir. Plusieurs exportateurs rencontrés lors du salon envisagent déjà de s'implanter là où le boycottage va faire de la place», même s'il est encore difficile, poursuit-elle, d'évaluer l'impact sur le marché de cet embargo populaire.
Reste que ces places devraient être nombreuses. En effet, selon un récent sondage réalisé aux États-Unis par Wirthlin Worldwide et dont les résultats ont été rendus publics lundi dernier, près de 64 % des Américains se disent aujourd'hui, dans le brouhaha des bombardements sur l'Irak, «moins favorables» aux entreprises et produits français. Et 46 % sont même fin prêts à essayer un substitut affichant des couleurs politiquement moins chargées. Les transformateurs alimentaires québécois ne demandent guère mieux.
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