Jean Charest: partitionniste municipal
Une conception individualiste, hypocrite et égoïste de la «démocratie»
Yves Gingras - Professeur à l'UQAM
5 avril 2003
Dans ce qui ressemble à un «appel à tous», le chef du Parti libéral, Jean Charest, exaspéré par les journalistes qui le «harcèlent» à propos de sa position sur les défusions, dit avoir «hâte qu'on lui explique pourquoi, en 2003, au Québec, c'est un défaut de permettre à un citoyen payeur de taxes de s'exprimer sur l'avenir de sa communauté» (Le Devoir, 29-30 mars, p. A 3). Déformation professorale oblige, je vais tenter de lui fournir cette explication de la façon la plus pédagogique possible!
Tout d'abord, passons sur l'usage cynique du terme «s'exprimer», qui ne signifie évidemment pas «décider» et qui montre bien la restriction mentale typique des politiciens qui jouent sur les mots. En effet, il laisse entendre que ce fameux «payeur de taxes» a le droit de décider de son avenir, tout en sachant très bien qu'il peut causer mais qu'on ne s'engage pas nécessairement à suivre ses conseils. Ce qui, soit dit en passant, n'est pas toujours une mauvaise chose, comme nous allons le voir maintenant.
Supposons, en effet, que le chef du Parti libéral soit sérieux avec son référendum sur les défusions et que les citoyens peuvent vraiment choisir de découper leur ville comme ils le veulent sur le territoire montréalais. Niant le fait juridique fondamental que les villes sont des créatures du gouvernement provincial et non du bon vouloir de citoyens réunis par certains intérêts communs (la richesse par exemple), cette position faussement démocratique mène en fait tout droit à la légitimation du mouvement partitionniste.
Anecdote révélatrice
Il est en effet évident que des citoyens qui étaient habitués à vivre dans leur monde clos, à l'abri des taxes et des pauvres, mais qui utilisaient sans gêne les routes de Montréal, auraient tout intérêt à revenir au statut quo ante. Sans montrer du doigt quelque ancienne «ville» enclavée que ce soit, rappelons simplement un petit fait social anodin, passé presque inaperçu et qui fut une conséquence directe de la fusion municipale à Montréal.
Dans Le Devoir du 6 avril 2002, Odile Tremblay notait que, la fusion à peine consommée, «la bibliothèque de Westmount, plus vaste, mieux approvisionnée, mieux équipée, plus chic que celles de NDG et des alentours, avait tout pour susciter la convoitise des citoyens des arrondissements voisins. D'où la ruée vers son faste et ses livres». N'ayant pas prévu le coup, le nouvel arrondissement, profitant du flou de la nouvelle législation, régla le problème en imposant un «gel» des nouveaux abonnés...
On aura compris que, s'il doit s'exprimer de nouveau sur l'avenir de sa «communauté», le «payeur de taxes» qui vivait dans son enclos protégé voudra y retourner pour éviter de payer pour les «autres» et frayer avec la horde des gens ordinaires. Est-ce bien cela, votre conception de la
démocratie, cher M. Charest? Si oui, dites-le
clairement.
Chose certaine, c'est cette conception individualiste, hypocrite et égoïste de la «démocratie» qui est au fondement de tous les discours partitionnistes. Sans le savoir, vous avez simplement débuté à l'échelle municipale. Comprenez-vous maintenant pourquoi il faut parfois se méfier de ceux qui déchirent leur chemise de soie et versent une larme de crocodile au nom de la «démocratie»?
Tout d'abord, passons sur l'usage cynique du terme «s'exprimer», qui ne signifie évidemment pas «décider» et qui montre bien la restriction mentale typique des politiciens qui jouent sur les mots. En effet, il laisse entendre que ce fameux «payeur de taxes» a le droit de décider de son avenir, tout en sachant très bien qu'il peut causer mais qu'on ne s'engage pas nécessairement à suivre ses conseils. Ce qui, soit dit en passant, n'est pas toujours une mauvaise chose, comme nous allons le voir maintenant.
Supposons, en effet, que le chef du Parti libéral soit sérieux avec son référendum sur les défusions et que les citoyens peuvent vraiment choisir de découper leur ville comme ils le veulent sur le territoire montréalais. Niant le fait juridique fondamental que les villes sont des créatures du gouvernement provincial et non du bon vouloir de citoyens réunis par certains intérêts communs (la richesse par exemple), cette position faussement démocratique mène en fait tout droit à la légitimation du mouvement partitionniste.
Anecdote révélatrice
Il est en effet évident que des citoyens qui étaient habitués à vivre dans leur monde clos, à l'abri des taxes et des pauvres, mais qui utilisaient sans gêne les routes de Montréal, auraient tout intérêt à revenir au statut quo ante. Sans montrer du doigt quelque ancienne «ville» enclavée que ce soit, rappelons simplement un petit fait social anodin, passé presque inaperçu et qui fut une conséquence directe de la fusion municipale à Montréal.
Dans Le Devoir du 6 avril 2002, Odile Tremblay notait que, la fusion à peine consommée, «la bibliothèque de Westmount, plus vaste, mieux approvisionnée, mieux équipée, plus chic que celles de NDG et des alentours, avait tout pour susciter la convoitise des citoyens des arrondissements voisins. D'où la ruée vers son faste et ses livres». N'ayant pas prévu le coup, le nouvel arrondissement, profitant du flou de la nouvelle législation, régla le problème en imposant un «gel» des nouveaux abonnés...
On aura compris que, s'il doit s'exprimer de nouveau sur l'avenir de sa «communauté», le «payeur de taxes» qui vivait dans son enclos protégé voudra y retourner pour éviter de payer pour les «autres» et frayer avec la horde des gens ordinaires. Est-ce bien cela, votre conception de la
démocratie, cher M. Charest? Si oui, dites-le
clairement.
Chose certaine, c'est cette conception individualiste, hypocrite et égoïste de la «démocratie» qui est au fondement de tous les discours partitionnistes. Sans le savoir, vous avez simplement débuté à l'échelle municipale. Comprenez-vous maintenant pourquoi il faut parfois se méfier de ceux qui déchirent leur chemise de soie et versent une larme de crocodile au nom de la «démocratie»?
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