Projet minier Osisko à Malartic - De gré à gré
Lettre au premier ministre Jean Charest: À Malartic, petite ville abitibienne — 3500 âmes — accablée par le chômage, on nageait la semaine dernière dans un quasi épisode de science-fiction durant les trois jours qu'ont duré les audiences publiques en environnement. L'exercice avait pour but de déterminer si le gigantesque projet minier à ciel ouvert Osisko était souhaitable. Le maire démissionnaire de la place était tellement emballé par ce projet qu'il a déclaré avoir acquis des parts. Puis il a déménagé dans le village à côté.
Comme on commence à le savoir à la grandeur du Québec, le trou creusé sera aussi étendu que la ville. Un quartier comprenant 200 maisons devra déménager. (Les audiences se tenaient justement dans le trou virtuel.) Le rapport sera remis au conseil des ministres, qui devrait normalement trancher en septembre prochain.
Pendant que se déroulaient les audiences pour déterminer si le gigantesque projet minier était souhaitable, une flotte de camionnettes régionales capables de fournir des services en plomberie, en électricité, en menuiserie, parcouraient la ville en tous sens, affairées à défaire et à refaire des parties de la ville. Deux cents millions ont déjà été dépensés. Faut dire que, dans toute l'histoire minière québécoise, un seul projet a été refusé par le gouvernement: dans le coin d'Oka, pour une mine de colombium dont les moines trappistes n'ont pas voulu, promettant l'enfer aux promoteurs et les condamnant à manger de leur fromage pendant toute l'éternité. En fondue, cela va de soi. Y a pas d'abbaye à Malartic. Un hôpital psychiatrique seulement, sans grand contact apparent avec l'au-delà.
Pommes de route
Le projet n'est pas encore autorisé, mais le ministre responsable des mines s'est déjà mis d'accord avec Osisko pour que le public paie une partie des coûts d'étendage des résidus miniers. Bien entendu, à la condition que le Bureau des audiences approuve le projet! Votre gouvernement nous prend régulièrement pour des valises, mais là, nous expérimentons la sensation d'être pris pour des «containers».
Six millions d'onces d'or en une dizaine d'années de dynamitage pour produire essentiellement, à
80 %, des bijoux dont nous avons cruellement besoin, faut-il dire. Le reste retournera sous des voûtes souterraines sous forme de lingots pour sécuriser des réfugiés millionnaires. Voilà. Au prix actuel, ça rapportera de cinq à six milliards de dollars. De cet intéressant pactole, un gros sept millième «retombera» en région. Une fois l'avoine ingurgitée par les actionnaires, tombera la pomme de route pour nourrir les moineaux régionaux.
La patronne des patrons, la présidente de la Fédération des chambres de commerce du Québec, est venue en personne nous dire qu'au cours actuel de l'or, 850 $ l'once, il fallait absolument démarrer le projet au plus crisse et «sans conditions». Ce n'était pas nécessaire de le préciser, le vérificateur général du Québec vient tout juste d'établir que le département des mines à Québec se maintient inconditionnellement à plat ventre devant les minières, ne réclamant même pas toutes les pommes de route auxquelles nous avons légalement droit. Des millions que nous n'avons pu récupérer par pure ineptie
administrative.
Fourberie!
Pendant que venaient témoigner des citoyennes et des citoyens évincés, visiblement pris de désarroi, se déclarant à la fois pour ET contre le projet, des agents de la compagnie poursuivaient leurs visites auprès des maisons récalcitrantes pour leur offrir une entente «de gré à gré». Une parfaite fourberie. Ces citoyens connaissent peut-être mal les lois en général, comme bien du monde, mais ils connaissent très bien la loi des mines: «Si tu n'acceptes pas, tu seras exproprié.» D'ailleurs, aucun service juridique n'a été mis à leur disposition. C'est ainsi qu'une dame évincée a vu une partie de ses biens jetée aux poubelles par les déménageurs parce qu'elle en avait trop, selon le volume autorisé. Parmi ces rebuts, de vieilles photos personnelles. Au moins 60 demeures ont déjà été déménagées alors que le projet Osisko n'est pas encore autorisé.
Aucune compagnie de quelque nature que ce soit ne va engager des centaines de millions sans avoir l'assurance que son projet va fonctionner. Nous voulons savoir, monsieur le premier ministre, quand et dans quelles circonstances cette assurance a pu être donnée à Osisko.
Cette compagnie n'a qu'un seul projet dans ses cartons: Osisko. Advenant le fait que votre gouvernement n'a pas conclu d'accord avec elle, et qu'en septembre vous jugiez le projet irrecevable, qui va payer pour la restauration des lieux, monsieur le premier ministre? La compagnie en faillite ou nous?
À moins que vous acceptiez, vous aussi, de plier devant un fait accompli, de vous écraser au pied du mur berlinois prévu entre le trou et les habitants de la ville. Perpétuant ainsi l'hégémonie anachronique de la loi des mines.
Vos conditions ou les nôtres?
La majorité des mémoires déposés aux audiences se sont prononcés contre le projet. La manière classique de contourner cette passagère difficulté démocratique se résumera probablement à cette formule que vous énoncerez quelque part cet automne: «Le projet est autorisé sous certaines conditions.» Vous pourrez vous fier à vos ministères des Ressources naturelles et de l'Environnement — qui ne se parlent jamais — pour les diluer jusqu'à l'insignifiance, ces conditions.
L'Action boréale, dont je fais partie, travaille à restaurer un peu d'intelligence dans la forêt. La job est assez costaude en soi. Nous avons, entre autres, proposé l'instauration d'aires protégées exceptionnelles autour des grandes communautés en Abitibi et au Témiscamingue. À l'époque, le Bureau des audience publiques lui-même en a vu tout le sens, avait entériné nombre de nos propositions, mais force est de constater que nous devons maintenant nous occuper sérieusement de l'industrie minière puisque sa loi outrancière, expropriatrice, a bousillé ces projets de conservation. La forêt Piché-Lemoine, près de Malartic, riche en biodiversité dûment documentée, est menacée par Osisko. Le trésor archéologique encore inexploré de Kanasuta, près de Rouyn-Noranda, pourrait sauter parce qu'une mine à ciel ouvert y est prévue.
En fait, l'industrie minière n'attend que le O.K. du gouvernement pour le projet Osisko pour en multiplier d'autres du même genre. Sitôt l'aval donné, si ce n'est déjà fait, c'est toute la route 117 de Val-d'Or à la frontière ontarienne (120 km) qui risque l'éclatement de son écorce terrestre ici et là et même au coeur des villes.
Les mines et le gouvernement devront comprendre que, depuis 80 ans, une société humaine s'est implantée le long de cette route et que c'est elle qui va décider sur quelle sorte de territoire elle veut vivre. Et non pas les money junkies régionaux ou planétaires pour qui la qualité de vie des gens et la santé de l'environnement ne sont que d'agaçantes abstractions. Tout comme l'existence de la nation algonquine, toujours maître du territoire selon la loi, quoi qu'on en pense, quoi qu'on en dise, quoiqu'on l'ignore. A-t-elle donné son accord?
Monsieur le premier ministre, avant d'accorder tout permis pour ce type de mines, un véritable débat public doit être tenu à l'échelle de la région.
Comme on commence à le savoir à la grandeur du Québec, le trou creusé sera aussi étendu que la ville. Un quartier comprenant 200 maisons devra déménager. (Les audiences se tenaient justement dans le trou virtuel.) Le rapport sera remis au conseil des ministres, qui devrait normalement trancher en septembre prochain.
Pendant que se déroulaient les audiences pour déterminer si le gigantesque projet minier était souhaitable, une flotte de camionnettes régionales capables de fournir des services en plomberie, en électricité, en menuiserie, parcouraient la ville en tous sens, affairées à défaire et à refaire des parties de la ville. Deux cents millions ont déjà été dépensés. Faut dire que, dans toute l'histoire minière québécoise, un seul projet a été refusé par le gouvernement: dans le coin d'Oka, pour une mine de colombium dont les moines trappistes n'ont pas voulu, promettant l'enfer aux promoteurs et les condamnant à manger de leur fromage pendant toute l'éternité. En fondue, cela va de soi. Y a pas d'abbaye à Malartic. Un hôpital psychiatrique seulement, sans grand contact apparent avec l'au-delà.
Pommes de route
Le projet n'est pas encore autorisé, mais le ministre responsable des mines s'est déjà mis d'accord avec Osisko pour que le public paie une partie des coûts d'étendage des résidus miniers. Bien entendu, à la condition que le Bureau des audiences approuve le projet! Votre gouvernement nous prend régulièrement pour des valises, mais là, nous expérimentons la sensation d'être pris pour des «containers».
Six millions d'onces d'or en une dizaine d'années de dynamitage pour produire essentiellement, à
80 %, des bijoux dont nous avons cruellement besoin, faut-il dire. Le reste retournera sous des voûtes souterraines sous forme de lingots pour sécuriser des réfugiés millionnaires. Voilà. Au prix actuel, ça rapportera de cinq à six milliards de dollars. De cet intéressant pactole, un gros sept millième «retombera» en région. Une fois l'avoine ingurgitée par les actionnaires, tombera la pomme de route pour nourrir les moineaux régionaux.
La patronne des patrons, la présidente de la Fédération des chambres de commerce du Québec, est venue en personne nous dire qu'au cours actuel de l'or, 850 $ l'once, il fallait absolument démarrer le projet au plus crisse et «sans conditions». Ce n'était pas nécessaire de le préciser, le vérificateur général du Québec vient tout juste d'établir que le département des mines à Québec se maintient inconditionnellement à plat ventre devant les minières, ne réclamant même pas toutes les pommes de route auxquelles nous avons légalement droit. Des millions que nous n'avons pu récupérer par pure ineptie
administrative.
Fourberie!
Pendant que venaient témoigner des citoyennes et des citoyens évincés, visiblement pris de désarroi, se déclarant à la fois pour ET contre le projet, des agents de la compagnie poursuivaient leurs visites auprès des maisons récalcitrantes pour leur offrir une entente «de gré à gré». Une parfaite fourberie. Ces citoyens connaissent peut-être mal les lois en général, comme bien du monde, mais ils connaissent très bien la loi des mines: «Si tu n'acceptes pas, tu seras exproprié.» D'ailleurs, aucun service juridique n'a été mis à leur disposition. C'est ainsi qu'une dame évincée a vu une partie de ses biens jetée aux poubelles par les déménageurs parce qu'elle en avait trop, selon le volume autorisé. Parmi ces rebuts, de vieilles photos personnelles. Au moins 60 demeures ont déjà été déménagées alors que le projet Osisko n'est pas encore autorisé.
Aucune compagnie de quelque nature que ce soit ne va engager des centaines de millions sans avoir l'assurance que son projet va fonctionner. Nous voulons savoir, monsieur le premier ministre, quand et dans quelles circonstances cette assurance a pu être donnée à Osisko.
Cette compagnie n'a qu'un seul projet dans ses cartons: Osisko. Advenant le fait que votre gouvernement n'a pas conclu d'accord avec elle, et qu'en septembre vous jugiez le projet irrecevable, qui va payer pour la restauration des lieux, monsieur le premier ministre? La compagnie en faillite ou nous?
À moins que vous acceptiez, vous aussi, de plier devant un fait accompli, de vous écraser au pied du mur berlinois prévu entre le trou et les habitants de la ville. Perpétuant ainsi l'hégémonie anachronique de la loi des mines.
Vos conditions ou les nôtres?
La majorité des mémoires déposés aux audiences se sont prononcés contre le projet. La manière classique de contourner cette passagère difficulté démocratique se résumera probablement à cette formule que vous énoncerez quelque part cet automne: «Le projet est autorisé sous certaines conditions.» Vous pourrez vous fier à vos ministères des Ressources naturelles et de l'Environnement — qui ne se parlent jamais — pour les diluer jusqu'à l'insignifiance, ces conditions.
L'Action boréale, dont je fais partie, travaille à restaurer un peu d'intelligence dans la forêt. La job est assez costaude en soi. Nous avons, entre autres, proposé l'instauration d'aires protégées exceptionnelles autour des grandes communautés en Abitibi et au Témiscamingue. À l'époque, le Bureau des audience publiques lui-même en a vu tout le sens, avait entériné nombre de nos propositions, mais force est de constater que nous devons maintenant nous occuper sérieusement de l'industrie minière puisque sa loi outrancière, expropriatrice, a bousillé ces projets de conservation. La forêt Piché-Lemoine, près de Malartic, riche en biodiversité dûment documentée, est menacée par Osisko. Le trésor archéologique encore inexploré de Kanasuta, près de Rouyn-Noranda, pourrait sauter parce qu'une mine à ciel ouvert y est prévue.
En fait, l'industrie minière n'attend que le O.K. du gouvernement pour le projet Osisko pour en multiplier d'autres du même genre. Sitôt l'aval donné, si ce n'est déjà fait, c'est toute la route 117 de Val-d'Or à la frontière ontarienne (120 km) qui risque l'éclatement de son écorce terrestre ici et là et même au coeur des villes.
Les mines et le gouvernement devront comprendre que, depuis 80 ans, une société humaine s'est implantée le long de cette route et que c'est elle qui va décider sur quelle sorte de territoire elle veut vivre. Et non pas les money junkies régionaux ou planétaires pour qui la qualité de vie des gens et la santé de l'environnement ne sont que d'agaçantes abstractions. Tout comme l'existence de la nation algonquine, toujours maître du territoire selon la loi, quoi qu'on en pense, quoi qu'on en dise, quoiqu'on l'ignore. A-t-elle donné son accord?
Monsieur le premier ministre, avant d'accorder tout permis pour ce type de mines, un véritable débat public doit être tenu à l'échelle de la région.
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