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Pleurs et condoléances qui tombent à plat

Wendy Cukier - Présidente de la Coalition pour le contrôle des armes et auteure de The Global Gun Epidemic: From Saturday Night Specials to AK-47 (Greenwood, 2006)  24 avril 2009 
Au lendemain d'une tuerie médiatisée, les personnalités politiques se ruent vers les caméras pour exprimer leur indignation et offrir leurs condoléances aux proches des victimes. Mais à mesure que le temps passe et que les élections approchent, les considérations populistes reprennent le dessus. Le vote dans les provinces de l'Ouest et dans les milieux ruraux étouffe la voix des victimes, des personnes traumatisées, de la police, de la santé publique et des experts en violence domestique.

On connaît déjà l'influence politique de la National Rifle Association aux États-Unis, mais on ignore peut-être jusqu'à quel point le lobby des armes à feu étend ses tentacules jusqu'au gouvernement canadien. À l'occasion d'une allocution prononcée récemment à l'Ontario Federation of Anglers and Hunters, le premier ministre, Stephen Harper, a prôné le démantèlement de composantes essentielles du contrôle des armes à feu. Il a ensuite présenté le projet de loi S-5 au Sénat. Ce dernier éliminerait l'obligation d'enregistrer les carabines et les fusils, ainsi que les armes semi-automatiques comme celle qui a été utilisée lors du massacre de l'École Polytechnique il y a presque 20 ans.

À la Chambre des communes, le député conservateur Garry Breitkreuz a présenté le projet de loi d'initiative parlementaire C-301, qui propose d'abolir l'enregistrement des armes longues et de réduire les contrôles sur les armes de poing et les armes d'assaut militaires. Seulement 11 votes sont nécessaires pour que les conservateurs réussissent à faire adopter ce projet de loi.

Le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, a toujours appuyé sans équivoque le contrôle des armes à feu et s'est opposé à tout mouvement visant à le fragiliser. Le chef libéral, Michael Ignatieff, a récemment annoncé qu'il s'emploierait à faire échouer les tentatives du gouvernement conservateur pour abolir le registre. Au NPD, Jack Layton a affirmé pour sa part que le vote ferait appel à la conscience de chacun.

Le nombre d'homicides commis avec une carabine ou un fusil a dégringolé avec le resserrement sur le contrôle des armes à feu. Ce sont 32 personnes ont été victimes de ce type de crime en 2007, alors qu'il y en avait eu 107 en 1991. Certes, des armes de contrebande sont fréquemment utilisées pour commettre ces crimes, mais les armes achetées au Canada et détournées à la suite d'un vol ou d'une vente illégale servent aux mêmes fins. Il arrive aussi que des propriétaires en règle déraillent. Selon l'Association canadienne des chefs de police, toute arme, quelle qu'elle soit, devient dangereuse quand elle tombe entre les mains d'individus dangereux.

Les politiciens savent que là où il y a une forte concentration d'armes à feu, il faut ménager le vote de ceux qui s'opposent à leur contrôle. Ce sont dans ces endroits cependant que les taux de décès ou de blessures par balles sont les plus élevés. Les sondages soulignent qu'en dépit du fait que la moitié des propriétaires d'armes à feu s'opposent à la loi actuelle, 77 % des personnes qui vivent avec un propriétaire d'arme l'appuient.

Il est indéniable qu'une dépense de 100 millions de dollars par année pendant dix ans était exorbitante pour accorder un permis à 2 millions de propriétaires et pour enregistrer 7 millions d'armes. Mais ce qui est fait est fait; on ne peut plus revenir en arrière. La GRC a calculé que l'abolition de l'obligation d'enregistrer les armes d'épaule permettrait d'économiser tout au plus 3 millions de dollars par année. C'est à peu près ce que coûtent deux enquêtes complexes pour meurtre.

La police se sert du registre près de 10 000 fois par jour pour mener ses enquêtes et prendre des mesures préventives. C'est une arme d'épaule dûment enregistrée trouvée près de Mayerthorp, en Alberta, qui a permis d'accuser deux hommes de complicité dans les meurtres de quatre agents de la GRC.

Les familles des victimes de l'École Polytechnique ont qualifié la loi sur les armes à feu de monument à la mémoire des victimes de cette tuerie. Suzanne Laplante-Edward, mère d'une des victimes, Anne-Marie, dit que Harper «veut démolir ce qui a pris dix ans de ma vie à être construit». Sylvie Haviernick, soeur de Maud, rappelle aux politiciens «qu'il faut plus qu'un ruban blanc pour mettre un terme à la violence faite aux femmes. Les victimes de violence par les armes à feu se moquent des pleurs et des condoléances. Elles veulent que l'on agisse».
 
 
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