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Crise chez les enseignants

Paule Des Rivières   5 juin 2002 
Dans un geste exceptionnel, la Centrale des syndicats du Québec a vertement rabroué son plus gros syndicat, l'Alliance des professeurs de Montréal, en mettant ses 7000 membres en garde contre les renseignements erronés qui leur ont été présentés dans le dossier de l'équité salariale. La décision de recourir à une procédure si peu conforme à l'orthodoxie syndicale trahit l'intensité de l'exaspération de la CSQ. L'étalement du différend au grand jour accélérera peut-être l'indispensable remise en question de pratiques syndicales dépassées.

Il y a longtemps que la Centrale des syndicats du Québec peste, en coulisse, contre l'Alliance des professeurs de Montréal, qui défie plus souvent qu'à son tour les décisions des instances provinciales. Les dirigeants de l'Alliance aiment se voir comme les derniers résistants de la véritable gauche enseignante. En réalité, ils usurpent une idéologie à des fins corporatistes.


S'il est normal que la première, voire la seule préoccupation d'un syndicat soit la protection des intérêts de ses membres, on peut s'interroger lorsque cette ligne de conduite emprunte le chemin de l'immobilisme le plus inflexible. Dans le milieu scolaire, cette attitude a des conséquences qui devraient inquiéter non seulement la centrale syndicale mais également la Commission scolaire de Montréal et le ministère de l'Éducation. En effet, tout directeur d'école désireux de mettre sur pied un projet éducatif un tant soit peu novateur sait qu'il devra affronter les délégués syndicaux, qui ne manqueront pas de lui mettre des bâtons dans les roues. Pourquoi cette résistance au changement sinon pour préserver les «droits acquis», sans flexibilité aucune et sans égard pour les élèves?


La CSQ, dont nous avons maintes fois dénoncé les excès, est elle-même excédée, aujourd'hui, devant la manière dont son affilié a interprété l'entente sur l'équité à laquelle sont récemment parvenus le gouvernement et la Fédération des syndicats de l'enseignement. L'entente, on le sait, fait passer de 27 à 32 le nombre d'heures passées à l'école chaque semaine, mais sans que les enseignants soient obligés d'être en contact avec les enfants (étrange, n'est-ce pas?). Or l'Alliance a claironné que l'entente plaçait les enseignants sous le contrôle de la direction pendant 32 heures. Elle a aussi estimé que la tâche éducative des enseignants s'alourdissait. Il est déjà assez pénible de discuter d'éducation dans ces termes, mais lorsqu'un syndicat en remet en dénaturant l'entente afin qu'elle soit rejetée et que les moyens de pression puissent se poursuivre, alors là, la coupe déborde.


Il faut savoir gré à la direction de la CSQ d'être intervenue. Son geste aboutira assurément à des questions cruciales pour ce mouvement syndical, à commencer par le degré de dissidence jugé acceptable. Se poseront également des questions sur les mécanismes de vote en vigueur. Le système actuel permet par exemple le rejet de décisions qu'une majorité de syndicats refusent mais qu'une majorité de membres entérinent. Ce fut le cas en janvier, lorsqu'une majorité d'enseignants se sont dits disposés à ouvrir la discussion sur l'organisation de leur travail.


La CSQ et l'Alliance tenteront de faire la paix au cours des prochaines semaines. Il reste que cette dissidence quasi permanente entrave l'évolution d'une centrale qui n'a pas le droit de laisser tomber ses autres membres. La désaffiliation, même si elle devait se solder par une perte de cotisations syndicales, ne serait pas un drame.
 
 
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