Indispensable ADQ
3 avril 2003
Indispensable et pourtant urgent. La campagne électorale entre dans son dernier droit, et force est de constater que la position de l'ADQ dans les sondages laisse présager un résultat qui, à mon avis, ne correspond pas à l'impact que sa présence a eu dans le débat. Analysons cette contribution.
Le premier élément entoure («entourer» au sens d'«encercler») le débat national. À biens des égards, la présence d'un tiers parti qui échappe à la polarisation traditionnelle sur le sujet vient enrichir le débat. Les souverainistes qui ne sont pas à gauche et les fédéralistes qui ne sont pas libéraux ont été placés depuis belle lurette dans un no man's land inconfortable. Le continuum d'options et de propos nécessaires à la formulation et à l'expression d'opinions laissait paraître un large fossé. Dans ce fossé s'engouffraient non seulement les rapprochements d'opinions sur la question nationale mais beaucoup d'autres sujets en principe sans lien avec la question constitutionnelle.
Ainsi, la coalition d'intérêts qui se regroupait autour du Parti québécois tolérait peu la contrariété sans qu'elle paraisse être un refus de l'option souverainiste. Une sorte de package deal, incongru pour plusieurs, figeait une partie de l'électorat soumis à des choix dichotomiques. Le débat sur une foule de sujets peut maintenant se tenir indépendamment de la question nationale.
Deuxièmement, les positions audacieuses de l'ADQ en matière de politique publique ont sans doute permis de dédramatiser les enjeux. Il reste encore beaucoup de chemin à faire, mais le match est commencé. Ne nous faisons pas d'illusions: le Québec vit sous l'emprise du centre-gauche depuis plus de 30 ans. Certaines des grandes réalisations qui ont propulsé l'État québécois dans sa nature interventionniste, bureaucratique, planificatrice et omniprésente émergent du Parti libéral. Et, en un sens, on peut dire qu'entre le Parti libéral et le Parti québécois, il y a une sorte d'alternance sans véritable solution alternative.
Au risque de le répéter, c'est la question nationale qui a divisé ces partis aux réflexes par ailleurs semblables. Si bien qu'à part les vertus de l'État omniprésent, il n'y avait pas de place pour d'autres formes de pensée. Ou, s'il y en avait d'autres, elles étaient suspectes, irrévérencieuses et hors d'ordre. La vie publique était devenue un véritable film de cow-boys avec son bon et son méchant.
Les propositions de l'ADQ en matière de santé ou d'éducation ont percuté l'imagination des gens qui, en nombre maintenant suffisant pour constituer une masse critique, peuvent discuter du rôle du secteur privé sans subir l'anathème de leurs collègues ou de leurs confrères.
Que de chemin parcouru, même si les enjeux sont encore souvent brouillés! Il y a là une oeuvre de pédagogie nécessaire; elle a rallié plusieurs personnes non partisanes au discours de l'ADQ, tout comme elle a attiré des observateurs autrefois alignés qui désespèrent de nos lourdeurs et de nos incohérences administratives.
Tout cela peut paraître anodin, mais la résistance naturelle face à la nouveauté ou aux ajustements inusités est pesante. On a souvent tendance à vouloir améliorer les choses dans une direction connue plutôt que de changer de direction. La familiarité avec les arguments et la connaissance intime des rouages procurent une assurance et un réconfort même illusoires, une sorte de pensée magique et automatique en vertu de laquelle on considère les débats clos à jamais.
Et il y a les intérêts. Il ne s'agit pas de les dénoncer mais bien de les reconnaître, ce qu'encore une fois les prétentions de l'ADQ sur la taille de l'État ont permis de débusquer. Les syndicats ont même transgressé les frontières du fair-play démocratique; les vieux partis n'ont pas voulu leur cogner sur les doigts parce qu'ils font partie de leurs desseins et de leurs entrailles. Demander à des groupes de diminuer leur influence et leur position de pouvoir produit les résultats que l'on a vus.
La route de cette pédagogie est longue et les calculs devront comprendre une bonne dose de patience. Mais le tracé d'une nouvelle voie est amorcé. Certains réflexes sont brisés et certaines incohérences ou hypocrisies sont dénoncées.
Pourtant, la perspective du statu quo laisse entrevoir des chocs douloureux. L'État-providence connaîtra de rudes épreuves sans aucune commune mesure avec les soubresauts récents, pourtant pénibles. Il fut un temps pas si lointain où plusieurs économistes avaient sonné l'alerte d'une course aux déficits gouvernementaux, essayant vainement de prévenir quelque chirurgie barbare à la scie mécanique. Espérons que les quelques jours qui restent dans cette campagne nous feront sentir qu'il y a une certaine urgence au changement de cap et que le long terme, c'est demain.
L'auteur est économiste. Il a récemment cosigné avec Paul-Daniel Muller
Place à l'initiative, publié chez Québec Amérique et préfacé par Mario Dumont.
Le premier élément entoure («entourer» au sens d'«encercler») le débat national. À biens des égards, la présence d'un tiers parti qui échappe à la polarisation traditionnelle sur le sujet vient enrichir le débat. Les souverainistes qui ne sont pas à gauche et les fédéralistes qui ne sont pas libéraux ont été placés depuis belle lurette dans un no man's land inconfortable. Le continuum d'options et de propos nécessaires à la formulation et à l'expression d'opinions laissait paraître un large fossé. Dans ce fossé s'engouffraient non seulement les rapprochements d'opinions sur la question nationale mais beaucoup d'autres sujets en principe sans lien avec la question constitutionnelle.
Ainsi, la coalition d'intérêts qui se regroupait autour du Parti québécois tolérait peu la contrariété sans qu'elle paraisse être un refus de l'option souverainiste. Une sorte de package deal, incongru pour plusieurs, figeait une partie de l'électorat soumis à des choix dichotomiques. Le débat sur une foule de sujets peut maintenant se tenir indépendamment de la question nationale.
Deuxièmement, les positions audacieuses de l'ADQ en matière de politique publique ont sans doute permis de dédramatiser les enjeux. Il reste encore beaucoup de chemin à faire, mais le match est commencé. Ne nous faisons pas d'illusions: le Québec vit sous l'emprise du centre-gauche depuis plus de 30 ans. Certaines des grandes réalisations qui ont propulsé l'État québécois dans sa nature interventionniste, bureaucratique, planificatrice et omniprésente émergent du Parti libéral. Et, en un sens, on peut dire qu'entre le Parti libéral et le Parti québécois, il y a une sorte d'alternance sans véritable solution alternative.
Au risque de le répéter, c'est la question nationale qui a divisé ces partis aux réflexes par ailleurs semblables. Si bien qu'à part les vertus de l'État omniprésent, il n'y avait pas de place pour d'autres formes de pensée. Ou, s'il y en avait d'autres, elles étaient suspectes, irrévérencieuses et hors d'ordre. La vie publique était devenue un véritable film de cow-boys avec son bon et son méchant.
Les propositions de l'ADQ en matière de santé ou d'éducation ont percuté l'imagination des gens qui, en nombre maintenant suffisant pour constituer une masse critique, peuvent discuter du rôle du secteur privé sans subir l'anathème de leurs collègues ou de leurs confrères.
Que de chemin parcouru, même si les enjeux sont encore souvent brouillés! Il y a là une oeuvre de pédagogie nécessaire; elle a rallié plusieurs personnes non partisanes au discours de l'ADQ, tout comme elle a attiré des observateurs autrefois alignés qui désespèrent de nos lourdeurs et de nos incohérences administratives.
Tout cela peut paraître anodin, mais la résistance naturelle face à la nouveauté ou aux ajustements inusités est pesante. On a souvent tendance à vouloir améliorer les choses dans une direction connue plutôt que de changer de direction. La familiarité avec les arguments et la connaissance intime des rouages procurent une assurance et un réconfort même illusoires, une sorte de pensée magique et automatique en vertu de laquelle on considère les débats clos à jamais.
Et il y a les intérêts. Il ne s'agit pas de les dénoncer mais bien de les reconnaître, ce qu'encore une fois les prétentions de l'ADQ sur la taille de l'État ont permis de débusquer. Les syndicats ont même transgressé les frontières du fair-play démocratique; les vieux partis n'ont pas voulu leur cogner sur les doigts parce qu'ils font partie de leurs desseins et de leurs entrailles. Demander à des groupes de diminuer leur influence et leur position de pouvoir produit les résultats que l'on a vus.
La route de cette pédagogie est longue et les calculs devront comprendre une bonne dose de patience. Mais le tracé d'une nouvelle voie est amorcé. Certains réflexes sont brisés et certaines incohérences ou hypocrisies sont dénoncées.
Pourtant, la perspective du statu quo laisse entrevoir des chocs douloureux. L'État-providence connaîtra de rudes épreuves sans aucune commune mesure avec les soubresauts récents, pourtant pénibles. Il fut un temps pas si lointain où plusieurs économistes avaient sonné l'alerte d'une course aux déficits gouvernementaux, essayant vainement de prévenir quelque chirurgie barbare à la scie mécanique. Espérons que les quelques jours qui restent dans cette campagne nous feront sentir qu'il y a une certaine urgence au changement de cap et que le long terme, c'est demain.
L'auteur est économiste. Il a récemment cosigné avec Paul-Daniel Muller
Place à l'initiative, publié chez Québec Amérique et préfacé par Mario Dumont.
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