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    Charest refuse de faire des excuses à Parizeau

    Bernard Landry ne retiendra pas Jacques Parizeau si ce dernier décidait de s'éclipser après avoir soulevé une nouvelle controverse

    2 avril 2003 |Tommy Chouinard
    Jean Charest a été «négligent et imprudent», estime Bernard Landry, en accusant Jacques Parizeau d’avoir réitéré ses propos sur «le vote ethnique» exprimé lors du référendum de 1995.
    Photo: Jacques Nadeau Jean Charest a été «négligent et imprudent», estime Bernard Landry, en accusant Jacques Parizeau d’avoir réitéré ses propos sur «le vote ethnique» exprimé lors du référendum de 1995.
    Jacques Parizeau exige des excuses de Jean Charest pour avoir lancé, lors du débat des chefs de lundi soir, de «fausses accusations» selon lesquelles l'ancien premier ministre avait «persisté et signé» en reprenant des propos controversés qu'il avait tenus le soir de la défaite du OUI au référendum de 1995, défaite qu'il avait alors attribuée «à l'argent et au vote ethnique». Le chef libéral refuse d'obtempérer, faisant même ses choux gras des déclarations de Jacques Parizeau.

    Le premier ministre Bernard Landry estime quant à lui que Jean Charest a été «négligent», «imprudent», et qu'«il a mal fait son travail» lors du débat. Le chef péquiste ne tentera toutefois pas de retenir Jacques Parizeau si celui-ci décide de s'éclipser pour le reste de la campagne électorale à la suite de l'onde de choc créée par ses déclarations jugées controversées.

    Un véritable imbroglio est d'ailleurs survenu hier sur la version des propos tenus par Jacques Parizeau au cégep de Shawinigan lundi. Pour mener son attaque contre Bernard Landry au débat des chefs, une offensive qui a déstabilisé le premier ministre, Jean Charest s'était fié à un texte comportant des extraits du discours de M. Parizeau diffusé sur le site Internet Cyberpresse. Ce texte stipulait que M. Parizeau avait réitéré ses propos de 1995 devant une soixantaine d'étudiants. M. Charest a repris ces termes lors du débat, demandant à M. Landry s'il cautionnait ces propos. Or la version électronique diffusée par la radio de Radio-Canada est beaucoup plus fidèle aux propos de M. Parizeau.

    En fait, un étudiant a demandé à Jacques Parizeau ce qui, selon lui, avait causé la défaite référendaire de 1995 et si cette situation avait suffisamment changé pour en venir à espérer une victoire lors d'un prochain référendum. M. Parizeau a alors répondu, comme en 1995, que l'argent dépensé pour «la grande manifestation d'amour à Montréal» avait eu une influence certaine. Toutefois, contrairement à 1995, il n'a pas directement tenu les communautés culturelles responsables de la défaite référendaire, citant plutôt un sondage de Génération Québec rendu public le 1er mars dernier, qui démontre selon lui un «progrès».

    «On fait un sondage sur 2800 [enfants d'immigrants], puis on demande la question référendaire à ces jeunes, et 40 % répondent OUI, 60 % NON. C'est-à-dire que le débat entre nous s'applique maintenant à ce qu'on appelle "les enfants de la loi 101". Il y a une véritable discussion qui est absolument la même que la nôtre. Ils sont intégrés, ils sont maintenant dans la société québécoise.»

    De passage à Saint-Félicien, Jacques Parizeau a expliqué hier qu'il essayait «d'expliquer ce qui est arrivé en 1995 et montrer comment le contexte maintenant est complètement différent». L'ancien premier ministre estime que cette déclaration n'a rien à voir avec ses affirmations de 1995 sur «l'argent et le vote ethnique». Le lendemain de cette déclaration, M. Parizeau avait démissionné. «J'ai indiqué longuement que c'était une déclaration malheureuse. Pendant longtemps, on me l'a reprochée, et à juste titre, c'était une déclaration malheureuse», a dit M. Parizeau.

    Bernard Landry ne voit pas plus d'éléments répréhensibles dans les propos de l'ancien premier ministre. «Je n'y vois franchement rien qui soit comparable à ce qu'il a dit en 1995, a-t-il indiqué en conférence de presse à Longueuil. Je n'y vois aucun blâme. Au contraire, je vois une lueur d'espoir puisqu'il évoque un fabuleux sondage de Génération Québec à l'effet que les Québécois issus de l'immigration post-loi 101 ont tendance à voter comme l'ensemble de la population.» Selon Bernard Landry, les déclarations de lundi de M. Parizeau sont écrites «dans tous les manuels». «Il n'y a rien d'insultant là-dedans. Ce qui était grave, en 1995, c'était de blâmer, d'attaquer et de réprouver, et il n'y a rien dans ce texte-là qui fait ça. Il y avait une autre chose grave en 1995, c'est le fameux "nous", qui n'était pas inclusif.» Or M. Parizeau laisse toujours entendre ce fameux «nous» dans sa déclaration de lundi, un «nous» qui semble exclure les communautés culturelles et qui ne concerne que les Québécois «de souche» en ce qui a trait aux événements de 1995.

    Si Bernard Landry estime que Jean Charest a fait preuve d'imprudence et de négligence en rapportant des propos erronés et en ne vérifiant pas ses sources, Jacques Parizeau estime que le chef libéral a carrément lancé un procès d'intention contre sa personne. «Il doit présenter des excuses, je pense que c'est une question de correction élémentaire. Ça n'a aucun sens, ça n'a pas de bon sens», a lancé M. Parizeau.

    Des excuses, Jacques Parizeau n'en recevra pas de Jean Charest. Hier à Montréal, le chef libéral, qui cachait mal sa jubilation, a dit qu'il n'avait aucune intention de présenter des excuses. «Il n'est pas question pour moi de m'excuser. M. Parizeau a choisi de ramener dans le débat ses propos de 1995. C'est des propos divisifs [sic]», a-t-il dit.

    Rejetant les accusations d'avoir fait de la démagogie sur le dos de M. Parizeau lors du débat des chefs, M. Charest a refusé de reconnaître qu'il l'avait mal cité. «Je ne changerai pas un seul mot de mes propos d'hier [lundi]», a-t-il souligné. Il n'a pas non plus voulu blâmer son personnel politique qui lui avait remis une version tronquée des paroles de l'ancien premier ministre avant que le débat ne commence. «Je n'ai aucun reproche à faire à quiconque», a-t-il indiqué.

    M. Landry, lui, n'exige pas d'excuses de Jean Charest. «C'est une affaire entre eux deux [MM. Parizeau et Charest]. M. Parizeau a demandé ce qu'il avait à demander et M. Charest répondra de ses actes et de ses gestes», a-t-il précisé.

    Le chef péquiste ne tentera toutefois pas de retenir Jacques Parizeau si celui-ci décide de se retirer de la campagne électorale. «S'il voit qu'il ne sert pas ou que ses propos sont interprétés pour créer des impressions qu'il ne recherche pas à créer, il prendra sa décision lui-même. Je souhaite qu'il prenne la décision la plus sage. Je suis sûr qu'il veut aider [la cause du PQ]. C'est ça qu'il dit. Et s'il pense qu'il ne l'aide pas, je pense qu'il est assez bon soldat pour tirer ses conclusions lui-même.»

    Jacques Parizeau est «un adulte consentant» qui sait ce qu'il fait en politique, a souligné Jean Charest. Personne ne le force à participer à la campagne électorale, a-t-il ajouté. «Il fait campagne pour le PQ à la demande de M. Landry, il le conseille sur la question de la souveraineté.»

    De son côté, Mario Dumont estime que «les gens d'honneur» doivent accepter les explications de M. Parizeau même si les paroles de ce dernier, prononcées au référendum de 1995, ont laissé des cicatrices profondes dans la société québécoise.

    Alors qu'il faisait campagne en Montérégie, M. Dumont a déploré la reprise des chicanes constitutionnelles. «S'il y a quelqu'un qui devrait s'excuser, c'est probablement M. Parizeau, M. Landry et M. Charest d'avoir replongé en pleine campagne électorale le Québec dans des chicanes qui datent de 1995 alors qu'il y a des enjeux extrêmement importants qui confrontent la société québécoise pour l'avenir», a-t-il soutenu.

    Avec la collaboration de Robert Dutrisac, Marie-Andrée Chouinard et Kathleen Lévesque












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