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Un Français sur trois souhaite une défaite américaine

La classe politique française s'inquiète de l'antiaméricanisme

Christian Rioux   2 avril 2003 
Paris — On savait que les Français étaient opposés à la guerre en Irak, mais les chiffres sont tombés cette semaine comme un constat sévère. Un Français sur trois ne souhaite pas une victoire américaine en Irak, selon un sondage réalisé cette semaine par le quotidien Le Monde et la chaîne de télévision TF1. Alors que s'achève la deuxième semaine du conflit, il y a même un Français sur quatre (25 %) pour se sentir «plutôt du côté de l'Irak» dans cette guerre alors qu'à peine 34 % se sentent «plutôt du côté des États-Unis et des Anglais». 31 % ne prennent position derrière aucun des belligérants.

Visiblement surpris par le nombre de ses concitoyens qui prennent parti pour l'Irak, le premier ministre Jean-Pierre Raffarin s'est inquiété hier du développement de l'antiaméricanisme en France. Il est «indispensable d'être vigilant à l'égard de toutes les formes de manifestation d'antiaméricanisme, qui ne sont pas acceptables», a déclaré son porte-parole, Jean-François Copé. «Le premier impératif», c'est de «ne pas nous tromper d'ennemi [...]. On ne peut pas laisser magnifier Saddam Hussein», a renchéri Jacques Barrot, président du groupe UMP (droite) de l'Assemblée nationale, à l'issue d'une réunion d'information sur l'Irak.

«J'ai honte de mon pays!», s'est exclamé moins diplomatiquement Bernard Kouchner sur France 2. L'ancien ministre et ex-représentant de l'ONU au Kosovo réagissait à vif aux chiffres du sondage.

On savait en effet que les Français désapprouvaient massivement cette guerre, à 78 % contre

17 %. Mais personne ne se doutait qu'ils étaient si nombreux à souhaiter carrément une défaite américaine. Selon l'institut Ipsos, 33 % des Français disent ne pas souhaiter «au fond d'eux-mêmes une victoire des États-Unis et des Anglais». Un peu plus de la moitié, 53%, souhaitent cependant une victoire américaine tandis que 14 % ne se prononcent pas.

Ces chiffres n'ont rien à voir avec ceux de 1999, alors que 52 % des Français «faisaient confiance» à Bill Clinton pour intervenir au Kosovo. En 1991, George Bush père avait même recueilli l'appui de 65 % des Français pour la première guerre du Golfe.

Contrairement à ce qui s'est produit en Grande-Bretagne depuis deux semaines, l'opposition à la guerre est loin de diminuer en France. Dans les manifestations, il est de plus en plus normal d'entendre traiter Saddam Hussein et George Bush d'assassins dans la même phrase. Les symboles du Djihad sont devenus courants. Des groupes de jeunes défendent ouvertement le régime de Saddam Hussein dans les banlieues. Sur Radio Salam et Radio Méditerranée, deux radios maghrébines, des auditeurs se réjouissent parfois que les soldats de Saddam Hussein fassent des prisonniers américains.

Face à des débordements de ce genre, les organisateurs ont préféré annuler les manifestations contre la guerre qui se déroulent à Paris chaque samedi. Lors de la dernière, le poète irakien Salah al-Hamdani a été agressé par des manifestants portant le portrait de Saddam Hussein. Mais on y a surtout noté une recrudescence de gestes anti-israéliens: drapeaux brûlés, slogans antisionistes, pancartes associant l'étoile de David à la croix gammée, etc. «Nous sommes tous des Palestiniens! Nous sommes tous des Irakiens! Nous sommes tous des kamikazes!», criaient des manifestants. Une vingtaine de «médiateurs» ont tenté en vain de convaincre un groupe de retirer leur pancarte associant Bush, Sharon et Hitler.

Le samedi précédent, un groupe propalestinien s'était attaqué à des membres de l'organisation sioniste de gauche Hachomer Hatzair. «Vive Chirac! À bas les juifs», criaient certains manifestants. De nombreuses personnalités, comme le maire de Paris, Bertrand Delanoë, ont condamné ces gestes minoritaires.

Ces événements surviennent au moment où le Comité national consultatif sur les droits humains rapporte une augmentation des violences contre la propriété et la personne des juifs de France. Face à cette recrudescence, le gouvernement a renforcé la protection des lieux de culte. «Ce n'est pas notre guerre», a déclaré la semaine dernière le ministre de l'Intérieur, Nicolas Sarkozy.

Le veto de Jacques Chirac au Conseil de sécurité et son récent voyage en Algérie ont par ailleurs provoqué un ralliement sans précédent des communautés arabes derrière lui. Selon Le Monde, 74 % des Français estiment que Jacques Chirac n'est pas allé trop loin dans son opposition aux États-Unis. Ce soutien est particulièrement massif à l'extrême gauche, à gauche et chez les jeunes. Il y a aussi 43 % de Français qui croient que la victoire américaine et britannique est «loin d'être évidente».

Dans une étude qui sera publiée prochainement, la maison de sondage Ipsos révèle qu'une majorité d'Européens souhaite que la politique étrangère de leur pays s'éloigne de celle des États-Unis. C'est en France que ce sentiment est le plus fort, avec 67 % d'opinions favorables, alors qu'il est de 60 % en Espagne et de 52 % en Grande-Bretagne.
 
 
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  • Tibor Egervari - Inscrit
    2 avril 2003 11 h 06
    Les apprentis sorciers
    Chirac, de Villepin et le reste de la classe politique, médiatique et intellectuelle ont joué aux apprentis sorciers. Voici le résultat. Nous verrons s'ils veulent endiguer le flot. Et même s'il le voulaient, le pourraient-ils?
    Il faut ajouter, ce qu'omet l'article, que sur cette question fondamentale l'exrême droite est en phase, comme dit le jargon de l'heure, avec l'élite française.
    Bon appétit Messieurs! Et surtout bonne digestion!

    Tibor Egervari
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