Sommet du millénaire - Pour une autre approche de la pauvreté
Jean-François René - Professeur à l'École de travail social de l'UQAM
15 avril 2009
Pour une troisième fois se tient cette semaine le Sommet du millénaire de Montréal. Axé essentiellement sur une conception médiatique de la lutte à la pauvreté, le sommet place encore une fois l'éclairage sur une série de vedettes locales et internationales, provenant entre autres de l'industrie culturelle, afin de nous conscientiser aux problèmes de la pauvreté dans le monde.
Malheureusement, cet événement, qualifié de manière assez présomptueuse de «Sommet du millénaire», est fondé sur des prémisses qui sont fausses. Elles sont au nombre de quatre.
La première consiste à présenter aux Occidentaux un reflet de la pauvreté associé aux problèmes de santé, de salubrité, d'accès aux ressources de base. À la lumière d'un étayage d'exemples de cette nature: famines, mauvaises conditions sanitaires, paludisme, sida, etc., on vise à créer un état de choc chez l'humain du Nord, afin de pouvoir quémander sa petite contribution.
Je ne nie pas qu'un travail de conscientisation demeure prioritaire, mais à force de lier le problème de la pauvreté dans le monde à un verre d'eau sale, on s'éloigne toujours un peu plus des vrais enjeux qui sont de nature essentiellement politique. On entretient l'illusion qu'une fois l'eau devenue propre, les disparités seront comblées.
Vedettisation exagérée
La seconde prémisse, c'est que les vedettes sont nécessaires pour parler de cette question et y mobiliser la population. Comme si les Val Kilmer de ce monde pouvaient prétendre que leur présence quasi factice avait un effet réel sur les rapports de pouvoir qui engendrent la pauvreté dans le monde.
Il est vrai que cette star est engagée dans une multitude de causes. Il est également vrai que l'implication d'une Mia Farrow est plus que respectable et louable. Toutefois, sur le fond, on peut parler ici d'une «bonoisation» de la pauvreté. Un effet pervers nous attend alors: médiatiquement, sans les stars, la problématique s'éclipse et disparaît des radars. Un tel processus agit au mieux comme un «diachylon», au pire comme une mystification, qui nous éloigne encore une fois des vrais enjeux.
Les changements ne peuvent passer que par des concertations réelles, impliquant les acteurs sociaux des régions du monde concernées, les femmes et les hommes qui vivent cette pauvreté, ce qui commande une tout autre logique d'actions.
Nord au Sud
La troisième fausse prémisse, c'est que la solution passe par une approche qui va de haut en bas, du Nord au Sud, de la Banque mondiale vers les communautés rurales. Dans cette logique, les Occidentaux sont ceux qui savent, et qui vont permettre par leur altruisme, la charité et, pourquoi pas, grâce à une moins grande cupidité, de changer la répartition de la richesse. Cette logique d'action est encore omniprésente en Occident face aux difficultés vécues tant par les pays du Sud que par les pauvres et les exclus des pays du Nord.
Or, si le Nord se doit de faire sa part, c'est d'abord en arrêtant de penser et de décider pour le Sud, et pour la terre entière, de ce qui est bon pour les autres. Qu'il n'y a pas que les grandes institutions du Nord, celles présentent à Davos, qui peuvent et doivent orienter le devenir des pauvres et des travailleurs du Sud et du Nord.
On aimerait, au cours d'un tel événement, entendre d'autres voix. D'abord celles de ces femmes et de ces hommes qui vivent la pauvreté au Nord comme au Sud. Les entendre nous raconter leurs histoires, leurs parcours de vie, et surtout nous dire ce qui se passe chez eux et ce qu'ils attendent de nous.
On aimerait entendre davantage la voix d'organismes non gouvernementaux véritablement engagés, au Nord comme au Sud, dans la lutte contre la pauvreté. Malheureusement, ou heureusement, ils sont majoritairement ailleurs. Ils évitent le cirque médiatique de ce nouveau Davos de l'humanitaire. À moins qu'ils n'y soient point invités. Pour les rencontrer, il faut se rendre soit au Forum social mondial ainsi qu'au Forum social québécois, là où se croisent les organismes issus de la nouvelle société civile et la représentant vraiment.
Rapports sociaux
Enfin, la quatrième et dernière fausse prémisse, c'est de penser que la richesse se redistribue selon une logique d'aide, en fonction des besoins. Qu'il suffit de demander, d'interpeller, d'allumer la lumière sur le problème, pour que les choses changent. La pauvreté, ici comme ailleurs, ne peut se régler sans qu'il n'y ait une transformation des rapports sociaux, économiques et politiques à l'échelle du globe.
Dans la mesure où les collectivités et les gens du Sud auront les moyens de décider ensemble de leur propre avenir, nous pourrons assister à certains changements. En ce sens, des chemins ont été entrouverts. Prenons par exemple le travail d'appropriation économique par le microcrédit, tel que promu par Muhammad Yunus, Prix Nobel de la paix.
D'autres avenues sont donc à emprunter afin de modifier les rapports de pouvoir, de donner aux gens pauvres l'occasion de prendre ensemble les décisions nécessaires qui concernent leur avenir, et celui de leur collectivité. En somme, c'est de démocratie dont il question ici. La pauvreté au Nord et au Sud témoigne avant tout d'un déficit de démocratie, d'une impossibilité à exercer sa citoyenneté. Dès lors, on ne peut qu'espérer qu'à l'avenir, les rencontres sur cette question soient à l'image de cette nécessaire démocratisation du monde.
Malheureusement, cet événement, qualifié de manière assez présomptueuse de «Sommet du millénaire», est fondé sur des prémisses qui sont fausses. Elles sont au nombre de quatre.
La première consiste à présenter aux Occidentaux un reflet de la pauvreté associé aux problèmes de santé, de salubrité, d'accès aux ressources de base. À la lumière d'un étayage d'exemples de cette nature: famines, mauvaises conditions sanitaires, paludisme, sida, etc., on vise à créer un état de choc chez l'humain du Nord, afin de pouvoir quémander sa petite contribution.
Je ne nie pas qu'un travail de conscientisation demeure prioritaire, mais à force de lier le problème de la pauvreté dans le monde à un verre d'eau sale, on s'éloigne toujours un peu plus des vrais enjeux qui sont de nature essentiellement politique. On entretient l'illusion qu'une fois l'eau devenue propre, les disparités seront comblées.
Vedettisation exagérée
La seconde prémisse, c'est que les vedettes sont nécessaires pour parler de cette question et y mobiliser la population. Comme si les Val Kilmer de ce monde pouvaient prétendre que leur présence quasi factice avait un effet réel sur les rapports de pouvoir qui engendrent la pauvreté dans le monde.
Il est vrai que cette star est engagée dans une multitude de causes. Il est également vrai que l'implication d'une Mia Farrow est plus que respectable et louable. Toutefois, sur le fond, on peut parler ici d'une «bonoisation» de la pauvreté. Un effet pervers nous attend alors: médiatiquement, sans les stars, la problématique s'éclipse et disparaît des radars. Un tel processus agit au mieux comme un «diachylon», au pire comme une mystification, qui nous éloigne encore une fois des vrais enjeux.
Les changements ne peuvent passer que par des concertations réelles, impliquant les acteurs sociaux des régions du monde concernées, les femmes et les hommes qui vivent cette pauvreté, ce qui commande une tout autre logique d'actions.
Nord au Sud
La troisième fausse prémisse, c'est que la solution passe par une approche qui va de haut en bas, du Nord au Sud, de la Banque mondiale vers les communautés rurales. Dans cette logique, les Occidentaux sont ceux qui savent, et qui vont permettre par leur altruisme, la charité et, pourquoi pas, grâce à une moins grande cupidité, de changer la répartition de la richesse. Cette logique d'action est encore omniprésente en Occident face aux difficultés vécues tant par les pays du Sud que par les pauvres et les exclus des pays du Nord.
Or, si le Nord se doit de faire sa part, c'est d'abord en arrêtant de penser et de décider pour le Sud, et pour la terre entière, de ce qui est bon pour les autres. Qu'il n'y a pas que les grandes institutions du Nord, celles présentent à Davos, qui peuvent et doivent orienter le devenir des pauvres et des travailleurs du Sud et du Nord.
On aimerait, au cours d'un tel événement, entendre d'autres voix. D'abord celles de ces femmes et de ces hommes qui vivent la pauvreté au Nord comme au Sud. Les entendre nous raconter leurs histoires, leurs parcours de vie, et surtout nous dire ce qui se passe chez eux et ce qu'ils attendent de nous.
On aimerait entendre davantage la voix d'organismes non gouvernementaux véritablement engagés, au Nord comme au Sud, dans la lutte contre la pauvreté. Malheureusement, ou heureusement, ils sont majoritairement ailleurs. Ils évitent le cirque médiatique de ce nouveau Davos de l'humanitaire. À moins qu'ils n'y soient point invités. Pour les rencontrer, il faut se rendre soit au Forum social mondial ainsi qu'au Forum social québécois, là où se croisent les organismes issus de la nouvelle société civile et la représentant vraiment.
Rapports sociaux
Enfin, la quatrième et dernière fausse prémisse, c'est de penser que la richesse se redistribue selon une logique d'aide, en fonction des besoins. Qu'il suffit de demander, d'interpeller, d'allumer la lumière sur le problème, pour que les choses changent. La pauvreté, ici comme ailleurs, ne peut se régler sans qu'il n'y ait une transformation des rapports sociaux, économiques et politiques à l'échelle du globe.
Dans la mesure où les collectivités et les gens du Sud auront les moyens de décider ensemble de leur propre avenir, nous pourrons assister à certains changements. En ce sens, des chemins ont été entrouverts. Prenons par exemple le travail d'appropriation économique par le microcrédit, tel que promu par Muhammad Yunus, Prix Nobel de la paix.
D'autres avenues sont donc à emprunter afin de modifier les rapports de pouvoir, de donner aux gens pauvres l'occasion de prendre ensemble les décisions nécessaires qui concernent leur avenir, et celui de leur collectivité. En somme, c'est de démocratie dont il question ici. La pauvreté au Nord et au Sud témoigne avant tout d'un déficit de démocratie, d'une impossibilité à exercer sa citoyenneté. Dès lors, on ne peut qu'espérer qu'à l'avenir, les rencontres sur cette question soient à l'image de cette nécessaire démocratisation du monde.
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