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Équité salariale - Crise interne à la CSQ

Marie-Andrée Chouinard   4 juin 2002 
Crise interne à la Centrale des syndicats du Québec: la puissante et médiatisée Alliance des professeurs de Montréal est accusée de désinformation par les syndicats nationaux, à leur tour incriminés pour «ingérence grossière» dans l'autonomie du syndicat.

Preuve d'un «malaise», voire d'une «crise», la Centrale des syndicats du Québec (CSQ) a effectué un geste exceptionnel en rabrouant par voie épistolaire le plus important de ses syndicats, l'Alliance des professeurs de Montréal (APM). Dans une lettre expédiée au domicile des 7300 membres du syndicat montréalais, la CSQ remet les pendules à l'heure et accuse le syndicat d'avoir mal informé ses membres avant la tenue d'un vote sur l'entente en matière d'équité salariale, a appris Le Devoir.


Indignée de «cette ingérence grossière dans la gouverne» de ses dossiers, l'APM demande «une rétractation officielle» pour ce «grave préjudice», en faisant une condition à la poursuite des échanges. Jugeant son autonomie syndicale bafouée, l'exécutif du syndicat a répondu hier à cette lettre dans une édition spéciale de son bulletin d'information syndicale, Le Bis: «Ce sont les membres qui décident à l'Alliance! Quoi qu'en pensent les présidentes nationales.»


Des «compréhensions différentes» de l'entente de principe sur l'équité salariale auraient mis le feu aux poudres. Le mode d'expression de la dissidence de l'APM, doublé d'une attaque directe à la Fédération des syndicats de l'enseignement (FSE-CSQ) sur l'entente négociée avec le gouvernement, a fouetté les directions de la CSQ et de la FSE, au point qu'elles ont décidé d'exprimer leur mécontentement dans une lettre expédiée à la fin de la semaine dernière.


La CSQ et la FSE ont convenu avec le gouvernement d'un redressement salarial moyen de 5,9 % contre une hausse de cinq heures du temps passé à l'école par semaine. Cette contrepartie, comprise différemment par les deux groupes, est à l'origine de la mésentente, même s'il est connu que la grogne couvait depuis un certain temps.


Interprétant cette entente comme un alourdissement de la tâche, l'APM a recommandé à ses membres de rejeter l'entente, ce qui fut fait en assemblée générale lundi dernier, et dans une proportion de 80 %. L'Alliance critiquait du coup les représentants nationaux — la FSE et la CSQ —, jugeant que l'entente contrevenait aux mandats qui leur avaient été confiés de respecter l'application de la Loi sur l'équité salariale, mais sans contrepartie, «surtout pas sur la tâche».


«Il est tout à fait exceptionnel [...] que nous nous adressions à vous par ce canal inusité que constitue une lettre à l'issue d'une assemblée générale d'un syndicat membre», écrivent Monique Richard, présidente de la CSQ, et Johanne Fortier, présidente de la FSE, dans une lettre dont Le Devoir a obtenu copie. «Mais nous estimons que la situation qui le commande est elle-même exceptionnelle et nous justifie de vous transmettre, même après le vote, une information qu'il nous semble que vous auriez dû recevoir avant d'exercer votre vote.»


Les deux présidentes expliquent ensuite avoir formulé une demande d'intervention extraordinaire à l'occasion de l'assemblée générale de l'APM de lundi dernier, demande par ailleurs refusée. Critiquées quant au respect des mandats qu'on leur avait confiés dans la négociation avec Québec, elles ajoutent: «Le Conseil fédéral a très majoritairement évalué, comme nous, que le projet d'entente n'alourdissait pas la tâche et respectait notre autonomie professionnelle.»


«C'est un secret de Polichinelle que de dire qu'il y a un malaise entre l'Alliance, la FSE et la CSQ», a expliqué hier Monique Richard, présidente de la CSQ. «L'objectif de notre lettre était de trouver une issue à ce malaise.»


L'Alliance, elle, parle plutôt de «crise». «La lettre d'accusation adressée à tous les membres de l'Alliance [...] constitue plus qu'une dérogation aux règles de conduite de notre organisation syndicale qui reconnaît l'autonomie des syndicats locaux», écrit Pierre St-Germain, président intérimaire de l'Alliance, dans un bulletin d'information interne publié hier.


«On ne remet pas en cause la décision des membres», précise Mme Richard. «La dissidence est un droit inaliénable dans notre démocratie», renchérit Johanne Fortier, présidente de la FSE. «Nous essaierons de voir maintenant comment peut s'exercer cette dissidence», ajoute-t-elle, précisant que la centrale et son syndicat membre ne sont «pas en rupture, mais en cheminement».


Le cheminement se poursuivra une fois qu'il y aura eu correction de certains propos, répond Pierre St-Germain, interrogé hier. «Notre autonomie syndicale est remise en question, et la position que nous avons prise est contestée», explique le président par intérim de l'Alliance des professeurs de Montréal, dont les 7300 membres versent chaque année 1,5 million de dollars en cotisations à la FSE.


Des pourparlers avaient lieu hier encore pour une rencontre éventuelle entre les représentants des trois parties, sans toutefois qu'ils soient fructueux.






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