La faute de Rumsfeld
Serge Truffaut
1 avril 2003
Au sein de l'administration Bush coexistent deux groupes dont les surnoms, choisis par les uns pour qualifier les travers des autres, revêtent aujourd'hui une importance singulière. Il y a le clan des Vietnamiens qui rassemble, autour du secrétaire d'État Colin Powell, la très grande majorité des haut-gradés promus pour la plupart à des postes clés sous la présidence de Clinton. C'est notamment le cas du général Tommy Franks. Pour ces derniers, le cénacle formé du vice-président Dick Cheney, du numéro deux du Pentagone Paul Wolfowitz et du patron de celui-ci, Donald Rumsfeld, sont tous des théologiens en cravate qui, n'ayant pas fait la Guerre du Vietnam, ne connaissent pas grand-chose en la matière. Aujourd'hui, Rumsfeld est sur la sellette.
Il en est ainsi depuis que des informations ont été publiées selon lesquelles Rumsfeld se serait aliéné une frange imposante de l'état-major. Des articles parus ces jours-ci dans les quotidiens Washington Post, New York Times ainsi que dans l'hebdomadaire New Yorker relatent, parfois par le menu, les graves dissensions qui minent l'atmosphère du Pentagone depuis des mois. En fait, depuis l'amorce de la préparation des plans militaires afférents à la campagne irakienne.
Avant de détailler les conséquences du vif débat qui a cours entre civils et militaires, il serait peut-être bon de rappeler la cause de celui-ci. Tout a débuté dans les mois suivant l'installation de Rumsfeld au Pentagone, alors qu'il s'était mis en tête d'imposer aux militaires la plus vaste réforme jamais conçue depuis les années 60. Son plan, brièvement il va sans dire, consistait à élargir le rôle de la technologie aux dépens des hommes du contingent. Sa réforme était une espèce de Guerre des étoiles bis. En moins de deux, celle-ci suscita la grogne, voire la révolte de l'état-major à un tel point que, dans la quinzaine précédant les attentats du 11 septembre, on évoqua ici et là la démission de Rumsfeld.
À la faveur de l'élaboration stratégique de la guerre, Rumsfeld a tout fait pour que sa philosophie militaire prenne le dessus sur celle de ceux dont c'est le métier, à commencer par le général Tommy Franks. Ce qui se passe actuellement sur le terrain est au fond le résultat d'un modus vivendi intervenu entre les uns et les autres. Le général Franks aurait aimé avoir à sa disposition 50 000 soldats de plus qu'actuellement et davantage de bataillons motorisés. Rumsfeld, lui, aurait aimé que l'étape bombardement avant l'offensive terrestre soit plus longue que celle arrêtée et que le contingent soit composé de 50 000 à 60 000 hommes au grand maximum. Son plan comptait sur le ralliement immédiat des chiites du sud et des forces opposées à Saddam Hussein. Il tablait sur un soulèvement généralisé de la population.
Ce dernier point a ceci de fascinant qu'il révèle combien Rumsfeld a été en quelque sorte désinformé. Par qui? Par le Congrès national irakien qui rassemble les leaders des opposants irakiens en exil. Le président du CNI, Ahmed Chalabi, est celui qui avait assuré les autorités irakiennes qu'à peine la frontière franchie, les soldats seraient accueillis triomphalement. Ce n'est évidemment pas le cas. Tout cela parce que M. Rumsfeld n'a que mépris pour la hiérarchie militaire de son pays.
Il en est ainsi depuis que des informations ont été publiées selon lesquelles Rumsfeld se serait aliéné une frange imposante de l'état-major. Des articles parus ces jours-ci dans les quotidiens Washington Post, New York Times ainsi que dans l'hebdomadaire New Yorker relatent, parfois par le menu, les graves dissensions qui minent l'atmosphère du Pentagone depuis des mois. En fait, depuis l'amorce de la préparation des plans militaires afférents à la campagne irakienne.
Avant de détailler les conséquences du vif débat qui a cours entre civils et militaires, il serait peut-être bon de rappeler la cause de celui-ci. Tout a débuté dans les mois suivant l'installation de Rumsfeld au Pentagone, alors qu'il s'était mis en tête d'imposer aux militaires la plus vaste réforme jamais conçue depuis les années 60. Son plan, brièvement il va sans dire, consistait à élargir le rôle de la technologie aux dépens des hommes du contingent. Sa réforme était une espèce de Guerre des étoiles bis. En moins de deux, celle-ci suscita la grogne, voire la révolte de l'état-major à un tel point que, dans la quinzaine précédant les attentats du 11 septembre, on évoqua ici et là la démission de Rumsfeld.
À la faveur de l'élaboration stratégique de la guerre, Rumsfeld a tout fait pour que sa philosophie militaire prenne le dessus sur celle de ceux dont c'est le métier, à commencer par le général Tommy Franks. Ce qui se passe actuellement sur le terrain est au fond le résultat d'un modus vivendi intervenu entre les uns et les autres. Le général Franks aurait aimé avoir à sa disposition 50 000 soldats de plus qu'actuellement et davantage de bataillons motorisés. Rumsfeld, lui, aurait aimé que l'étape bombardement avant l'offensive terrestre soit plus longue que celle arrêtée et que le contingent soit composé de 50 000 à 60 000 hommes au grand maximum. Son plan comptait sur le ralliement immédiat des chiites du sud et des forces opposées à Saddam Hussein. Il tablait sur un soulèvement généralisé de la population.
Ce dernier point a ceci de fascinant qu'il révèle combien Rumsfeld a été en quelque sorte désinformé. Par qui? Par le Congrès national irakien qui rassemble les leaders des opposants irakiens en exil. Le président du CNI, Ahmed Chalabi, est celui qui avait assuré les autorités irakiennes qu'à peine la frontière franchie, les soldats seraient accueillis triomphalement. Ce n'est évidemment pas le cas. Tout cela parce que M. Rumsfeld n'a que mépris pour la hiérarchie militaire de son pays.
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