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Lettres: Un fidèle

Michel Giguère - Québec, le 23 mars 2003  1 avril 2003 
Les canons crachent et le sang coule. Et pourtant les travaux printaniers nous appellent tous. Réparations, nettoyage, peinture. J'aimerais bien commencer par la Maison-Blanche. Il me semble urgent de la repeindre, de lui enlever cette couleur qu'on associe encore à un idéal élevé de démocratie, de liberté et de paix. Effacer ce blanc qui symbolise la vérité, la pureté et la lumière. Le bâtiment immaculé jure de plus en plus dans le paysage remodelé par les Américains.

J'ai d'abord pensé à la feuille d'or. Une «gold house» dirait haut et fort que l'argent décide de tout et règne en maître. «In gold we trust». À moins que la maison dorée ne devienne carrément le nouveau temple dédié à celui qui décide et ordonne sous inspiration divine: Dieu Bush. L'or se confondrait alors avec l'axe du bien.

Mais, guerre oblige, il pourrait être plus utile de tout repeindre l'imposant palais en kaki. Cette couleur brun jaunâtre et peu voyante, utilisée par les armées, est si propice au camouflage. Imaginons l'édifice ainsi badigeonné disparaissant dans le décor. Qui dissimule quoi et à qui? La question ne se poserait plus.

L'immeuble aux colonnes a valeur de symbole. Entre deux bretzels, élu ou pas, on y décide tout de même de la vie et de la mort sans s'étouffer. Entre ces quatre murs, dans ces salons feutrés, on peut mettre le monde à feu et à sang.

Rouge. Des milliers de litres de peinture rouge vif pour tout recouvrir. La population pourrait être invitée à quitter ses écrans de télévision pour prendre le pinceau et participer activement à la transformation, ce qui pourrait éveiller à l'horreur des gestes commis quotidiennement à l'intérieur de la maison chérie de tous. Et voilà la maison rouge feu, rouge sang, entourée d'un gazon toujours aussi vert.

Pourtant, en ces temps de mensonge, de peur et de «top secret», en ces jours de crime de l'homme contre l'homme, alors que le monde semble retourner vers la grande noirceur, pendant que, bien cachés et bien protégés, des guerriers ivres de pouvoir se déguisent en «bons» pour imposer leur loi à ceux qu'ils ont nommés «méchants», le noir l'emporte finalement. La Maison-Noire. «Le porte-parole de la Maison-Noire a déclaré que l'opération "choc et stupeur" venait d'être déclenchée.» Devrait-on repeindre aussi le drapeau et l'aigle? Si la vue de la Maison-Noire peut provoquer choc et stupeur et réveil aux États-Unis et ailleurs, allons-y pour le noir. Et espérons le retour de l'arc-en-ciel
 
 
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