Double menace
Serge Truffaut
31 mars 2003
Coutumier de l'emphase, le secrétaire à la Défense Donald Rumsfeld vient d'envoyer un double avertissement. À l'endroit de l'Iran et de la Syrie, le responsable de la défense a formulé un ordre qu'on peut résumer ainsi: ne bougez pas le petit doigt, sinon nous interviendrons militairement. Depuis le début de cette guerre, c'est la première fois qu'un haut responsable américain menace deux des six voisins de l'Irak et qui, dans la foulée, ouvre la boîte de Pandore.
Des deux, le cas iranien est de loin le plus lourd. Cette nation de 65 millions d'habitants dominée par un clergé chiite très corrompu, cette nation mieux armée que l'Irak, économiquement captive de la rente pétrolière, frappée d'un embargo commercial de la part des États-Unis, est une nation que l'on jugeait au bord de l'implosion à cause de la multitude de problématiques qui l'agitent. En agissant comme il l'a fait, Rumsfeld a probablement semé les graines du regain patriotique d'un pays dont il ne faut surtout pas oublier qu'il se sent justement assiégé de tous côtés. À cause de quoi? De la présence militaire du Grand Satan américain à sa périphérie.
L'armée américaine est en effet présente dans les pays du Golfe, en Turquie, en Asie centrale, en Afghanistan et au Pakistan. Soit dit en passant, ce dernier pays à très forte majorité sunnite, ce pays où régulièrement des chiites sont tués, détient cette bombe nucléaire que Téhéran veut posséder à son tour. Toujours est-il que l'Iran sera totalement encerclé lorsque les Américains en auront terminé avec Saddam Hussein et amorceront la reconstruction du pays en fonction de leurs ambitions dont l'une d'entre elles consiste à changer le régime des ayatollahs avec lequel le contentieux est à la fois plus ancien et beaucoup plus profond qu'il ne l'était avec l'Irak.
Qui plus est, les autorités iraniennes sont excédées que leur pays soit devenu le point de chute des milliers et des milliers de réfugiés afghans, irakiens et autres. Et ce, pour des raisons sur lesquelles ils ont peu de prise. Cela rappelé, leur rancoeur est ces jours-ci d'autant plus aiguisée que Washington a qualifié l'Iran de membre de l'axe du mal alors que ce pays fut l'un des principaux opposants au régime des talibans en soutenant notamment l'Alliance du nord du commandant Massoud. Mais il y a pire.
Depuis la fin de la guerre entre l'Iran et l'Irak, ces deux pays poursuivent un chassé-croisé annonciateur de lendemains sanglants. L'opposition armée au régime Iranien, soit les Moudjahidines du Peuple, a trouvé refuge en Irak. Une fois Hussein renversé, cette mouvance forte de quelques milliers de combattants n'aura plus de base de repli. À l'inverse, le Conseil suprême de la révolution islamique en Irak est installé à Téhéran depuis tellement d'années qu'il a amplement eu le temps de former une brigade de 20 000 soldats armée par l'Iran et fin prête à intervenir pour instaurer une république calquée sur le modèle iranien. C'est du moins ce que ces leaders du chiisme irakien souhaitent.
La Syrie, quant à elle, a ceci qui horripile l'administration Bush qu'elle aurait fourni de l'équipement aux Irakiens. Que ce régime dictatorial ait fait main basse sur le Liban, autrement dit qu'il ait fait à ce pays ce que Saddam Hussein avait fait au Koweit, ne semble pas émouvoir le patron du Pentagone. C'est vrai que le Liban a un défaut: il n'a pas de pétrole.
L'Irak pourrait bien être le premier chapitre d'une longue et sanglante histoire.
Des deux, le cas iranien est de loin le plus lourd. Cette nation de 65 millions d'habitants dominée par un clergé chiite très corrompu, cette nation mieux armée que l'Irak, économiquement captive de la rente pétrolière, frappée d'un embargo commercial de la part des États-Unis, est une nation que l'on jugeait au bord de l'implosion à cause de la multitude de problématiques qui l'agitent. En agissant comme il l'a fait, Rumsfeld a probablement semé les graines du regain patriotique d'un pays dont il ne faut surtout pas oublier qu'il se sent justement assiégé de tous côtés. À cause de quoi? De la présence militaire du Grand Satan américain à sa périphérie.
L'armée américaine est en effet présente dans les pays du Golfe, en Turquie, en Asie centrale, en Afghanistan et au Pakistan. Soit dit en passant, ce dernier pays à très forte majorité sunnite, ce pays où régulièrement des chiites sont tués, détient cette bombe nucléaire que Téhéran veut posséder à son tour. Toujours est-il que l'Iran sera totalement encerclé lorsque les Américains en auront terminé avec Saddam Hussein et amorceront la reconstruction du pays en fonction de leurs ambitions dont l'une d'entre elles consiste à changer le régime des ayatollahs avec lequel le contentieux est à la fois plus ancien et beaucoup plus profond qu'il ne l'était avec l'Irak.
Qui plus est, les autorités iraniennes sont excédées que leur pays soit devenu le point de chute des milliers et des milliers de réfugiés afghans, irakiens et autres. Et ce, pour des raisons sur lesquelles ils ont peu de prise. Cela rappelé, leur rancoeur est ces jours-ci d'autant plus aiguisée que Washington a qualifié l'Iran de membre de l'axe du mal alors que ce pays fut l'un des principaux opposants au régime des talibans en soutenant notamment l'Alliance du nord du commandant Massoud. Mais il y a pire.
Depuis la fin de la guerre entre l'Iran et l'Irak, ces deux pays poursuivent un chassé-croisé annonciateur de lendemains sanglants. L'opposition armée au régime Iranien, soit les Moudjahidines du Peuple, a trouvé refuge en Irak. Une fois Hussein renversé, cette mouvance forte de quelques milliers de combattants n'aura plus de base de repli. À l'inverse, le Conseil suprême de la révolution islamique en Irak est installé à Téhéran depuis tellement d'années qu'il a amplement eu le temps de former une brigade de 20 000 soldats armée par l'Iran et fin prête à intervenir pour instaurer une république calquée sur le modèle iranien. C'est du moins ce que ces leaders du chiisme irakien souhaitent.
La Syrie, quant à elle, a ceci qui horripile l'administration Bush qu'elle aurait fourni de l'équipement aux Irakiens. Que ce régime dictatorial ait fait main basse sur le Liban, autrement dit qu'il ait fait à ce pays ce que Saddam Hussein avait fait au Koweit, ne semble pas émouvoir le patron du Pentagone. C'est vrai que le Liban a un défaut: il n'a pas de pétrole.
L'Irak pourrait bien être le premier chapitre d'une longue et sanglante histoire.
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