Quand Charest vote PQ
La présente campagne électorale a le mérite de faire apparaître des différences philosophiques claires entre les deux partis susceptibles de former le gouvernement. PQ et PLQ sont aux antipodes sur la question nationale et sur la priorité à accorder aux baisses d'impôts dans les prochaines années. De plus, le PQ croit dans l'intervention ordonnée de l'État pour développer l'économie tandis que les candidats du Parti libéral n'y croient guère, bien que, lorsqu'ils ont exercé le pouvoir, ils s'y soient résignés.
À elles seules, ces trois distinctions déterminent déjà l'allégeance partisane du plus grand nombre des électeurs. La classification proposée par le magazine L'actualité illustre d'ailleurs assez bien ce fait. D'autres feront leur choix en fonction de la personnalité des chefs et, dans une moindre mesure, des candidats locaux. La question de confiance est ainsi posée. À cet égard, le débat télévisé de ce soir est important.
L'autre axe déterminant pour le choix du prochain gouvernement est la capacité des partis politiques de bien comprendre les nouveaux enjeux auxquels le Québec d'aujourd'hui est confronté et de proposer les politiques appropriées.
À ce sujet, l'ADQ s'est disqualifiée en suggérant des ruptures radicales et improvisées. Le Parti québécois a, pour sa part, été l'architecte de changements majeurs au cours des huit dernières années et il énonce, dans son programme électoral, sa volonté de poursuivre dans cette voie. Quant au Parti libéral, il se présente devant l'électorat comme un gestionnaire plus compétent que le Parti québécois mais en offrant un nombre limité de voies innovatrices pour répondre aux besoins changeants de la société québécoise.
L'une des conséquences de cette posture électorale (le PLQ mise essentiellement sur la règle de l'alternance), est que Jean Charest appuie implicitement ou explicitement plusieurs politiques structurantes adoptées ou proposées par son principal rival. Sur plusieurs sujets, M. Charest vote donc pour le Parti québécois.
Àu cours de la dernière semaine, il était amusant de voir le PLQ soumettre des solutions déjà mises en oeuvre ou annoncées par le PQ:
- la décentralisation à la carte et le partage des redevances sur les ressources naturelles pour les régions, deux idées sorties tout droit du Rendez-vous national des régions organisé par le gouvernement l'automne dernier;
- un réinvestissement de 240 millions dans les universités et le gel, pour la durée du prochain mandat, des droits de scolarité universitaires;
- la collaboration avec les autres provinces pour dénoncer le déséquilibre fiscal avec le fédéral, une priorité du gouvernement du Parti québécois qui a créé la commission Séguin en 2000 et formé un front commun avec les autres provinces.
Au-delà de l'anecdote, le Parti libéral promet de reconduire des politiques initiées par le gouvernement du Parti québécois, ce qui revient à reconnaître leur bien-fondé:
- l'équilibre budgétaire (déficit zéro);
- le réinvestissement dans la santé (le PLQ propose d'augmenter les budgets de 5,1 % par année; dans son dernier budget, Pauline Marois a annoncé une hausse de 6 % pour l'année qui vient);
- le développement du réseau des centres de la petite enfance (garderies à 5 $);
- l'instauration d'un congé parental québécois;
- M. Charest appuie la Paix des braves, conclue avec les Cris de la baie James, et l'approche commune avec les Innus de la Côte-Nord et du Saguenay-Lac-Saint-Jean;
- il propose, comme M. Landry, un filet de sécurité sociale pour les créateurs;
- la relance des grands projets hydroélectriques, le développement de l'énergie éolienne et de l'exploration gazière;
- une enquête publique sur la gestion de la forêt;
- la réforme du mode de scrutin...
... pour ne mentionner que ceux-là.
À l'Assemblée nationale, au cours des prochains mois, les députés libéraux ont voté en faveur de :
- la Loi visant à lutter contre la pauvreté et l'exclusion sociale;
- la nouvelle Loi sur les normes du travail;
- la loi sur l'union civile, permettant aux couples de même sexe de s'unir légalement;
- la loi péquiste obligeant un vote de l'Assemblée nationale sur tout projet d'accord de libre-échange.
Le PLQ n'ose même pas s'opposer aux fusions municipales. Cependant, il promet de rouvrir de vieilles plaies et de saboter le processus d'intégration amorcé à Montréal, à Longueuil et à Québec en laissant des intérêts locaux exiger des référendums. Il suggère aussi d'imposer l'enseignement de l'anglais en première année, autre pomme de discorde en perspective et de raviver le programme de petites centrales électriques sur les rivières du Québec, qu'artistes et écologistes avaient réussi à faire abolir.
En somme, sauf pour les baisses d'impôts que le PLQ veut poursuivre à raison d'un milliard par année pendant cinq ans (le gouvernement péquiste avait cependant réduit les impôts des particuliers de 15 milliards ces cinq dernières années) et sur la question nationale, le PLQ suggère de continuer, pour l'essentiel, les politiques du PQ. Alors la question se pose sur l'ensemble de ces sujets: qui est le mieux placé pour mettre en oeuvre ces politiques, le parti qui les a conçues ou celui qui s'y est rallié après coup?
Michel Venne est directeur de L'annuaire du Québec, chez Fides.
vennem@fides.qc.ca.
À elles seules, ces trois distinctions déterminent déjà l'allégeance partisane du plus grand nombre des électeurs. La classification proposée par le magazine L'actualité illustre d'ailleurs assez bien ce fait. D'autres feront leur choix en fonction de la personnalité des chefs et, dans une moindre mesure, des candidats locaux. La question de confiance est ainsi posée. À cet égard, le débat télévisé de ce soir est important.
L'autre axe déterminant pour le choix du prochain gouvernement est la capacité des partis politiques de bien comprendre les nouveaux enjeux auxquels le Québec d'aujourd'hui est confronté et de proposer les politiques appropriées.
À ce sujet, l'ADQ s'est disqualifiée en suggérant des ruptures radicales et improvisées. Le Parti québécois a, pour sa part, été l'architecte de changements majeurs au cours des huit dernières années et il énonce, dans son programme électoral, sa volonté de poursuivre dans cette voie. Quant au Parti libéral, il se présente devant l'électorat comme un gestionnaire plus compétent que le Parti québécois mais en offrant un nombre limité de voies innovatrices pour répondre aux besoins changeants de la société québécoise.
L'une des conséquences de cette posture électorale (le PLQ mise essentiellement sur la règle de l'alternance), est que Jean Charest appuie implicitement ou explicitement plusieurs politiques structurantes adoptées ou proposées par son principal rival. Sur plusieurs sujets, M. Charest vote donc pour le Parti québécois.
Àu cours de la dernière semaine, il était amusant de voir le PLQ soumettre des solutions déjà mises en oeuvre ou annoncées par le PQ:
- la décentralisation à la carte et le partage des redevances sur les ressources naturelles pour les régions, deux idées sorties tout droit du Rendez-vous national des régions organisé par le gouvernement l'automne dernier;
- un réinvestissement de 240 millions dans les universités et le gel, pour la durée du prochain mandat, des droits de scolarité universitaires;
- la collaboration avec les autres provinces pour dénoncer le déséquilibre fiscal avec le fédéral, une priorité du gouvernement du Parti québécois qui a créé la commission Séguin en 2000 et formé un front commun avec les autres provinces.
Au-delà de l'anecdote, le Parti libéral promet de reconduire des politiques initiées par le gouvernement du Parti québécois, ce qui revient à reconnaître leur bien-fondé:
- l'équilibre budgétaire (déficit zéro);
- le réinvestissement dans la santé (le PLQ propose d'augmenter les budgets de 5,1 % par année; dans son dernier budget, Pauline Marois a annoncé une hausse de 6 % pour l'année qui vient);
- le développement du réseau des centres de la petite enfance (garderies à 5 $);
- l'instauration d'un congé parental québécois;
- M. Charest appuie la Paix des braves, conclue avec les Cris de la baie James, et l'approche commune avec les Innus de la Côte-Nord et du Saguenay-Lac-Saint-Jean;
- il propose, comme M. Landry, un filet de sécurité sociale pour les créateurs;
- la relance des grands projets hydroélectriques, le développement de l'énergie éolienne et de l'exploration gazière;
- une enquête publique sur la gestion de la forêt;
- la réforme du mode de scrutin...
... pour ne mentionner que ceux-là.
À l'Assemblée nationale, au cours des prochains mois, les députés libéraux ont voté en faveur de :
- la Loi visant à lutter contre la pauvreté et l'exclusion sociale;
- la nouvelle Loi sur les normes du travail;
- la loi sur l'union civile, permettant aux couples de même sexe de s'unir légalement;
- la loi péquiste obligeant un vote de l'Assemblée nationale sur tout projet d'accord de libre-échange.
Le PLQ n'ose même pas s'opposer aux fusions municipales. Cependant, il promet de rouvrir de vieilles plaies et de saboter le processus d'intégration amorcé à Montréal, à Longueuil et à Québec en laissant des intérêts locaux exiger des référendums. Il suggère aussi d'imposer l'enseignement de l'anglais en première année, autre pomme de discorde en perspective et de raviver le programme de petites centrales électriques sur les rivières du Québec, qu'artistes et écologistes avaient réussi à faire abolir.
En somme, sauf pour les baisses d'impôts que le PLQ veut poursuivre à raison d'un milliard par année pendant cinq ans (le gouvernement péquiste avait cependant réduit les impôts des particuliers de 15 milliards ces cinq dernières années) et sur la question nationale, le PLQ suggère de continuer, pour l'essentiel, les politiques du PQ. Alors la question se pose sur l'ensemble de ces sujets: qui est le mieux placé pour mettre en oeuvre ces politiques, le parti qui les a conçues ou celui qui s'y est rallié après coup?
Michel Venne est directeur de L'annuaire du Québec, chez Fides.
vennem@fides.qc.ca.
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