Une nouvelle bavure tue 30 civils irakiens
Nouvelle «bavure» au front. Au neuvième jour de l'attaque américano-britannique contre l'Irak, la coalition, qui pilonne sans relâche la ville de Bagdad depuis le 20 mars, a une nouvelle fois raté sa cible hier. Bilan: 30 civils irakiens tués et 47 autres blessés après qu'un missile américain visant un objectif militaire eut fini sa course sur le marché al-Nasser, situé tout près de l'hôpital al-Nour, au nord-ouest de la capitale irakienne. Des «dommages collatéraux» parmi tant d'autres, dont l'administration Bush se serait bien passée, elle qui, depuis plusieurs jours, doit composer avec des critiques qui vont crescendo quant au déroulement de cette campagne militaire.
Le «choc et la stupeur» semblent en effet s'être retournés contre les expéditeurs du message, à en croire la centaine de journalistes «incorporés» dans des unités sur le terrain. Leur constat: depuis le début des combats, les troupes américaines et britanniques vont de surprise en surprise face à la résistance irakienne, visiblement non indiquée au programme des activités, tout comme face aux nombreux problèmes de ravitaillement, qui auraient laissé certaines unités isolées et sans eau potable.
Hier, un officier américain de haut rang a dû le reconnaître: la guerre est loin de se dérouler comme prévu. «L'ennemi contre lequel nous nous battons est différent de celui contre lequel nous nous sommes préparés», a reconnu le général William Wallace, commandant des forces terrestres en Irak, dans une entrevue accordée au Washington Post. Conséquence: les militaires peinent à contenir les tactiques irakiennes de guérilla et mettent en danger les lignes d'approvisionnement en laissant des poches de «résistance ennemies» sur leurs arrières.
N'empêche, tout semble toujours aller pour le mieux dans le meilleur des mondes pour le Pentagone et le commandement central (Centcom) qui, hier, n'ont aucunement confirmé les déclarations du général Wallace. Longuement interrogé par les journalistes au sujet de cette résistance irakienne sous-estimée, le général Vincent Brooks, porte-parole du Centcom, a préféré maintenir la ligne officielle et multiplier les formules laconiques, affirmant que les plans de bataille sont «adaptables» et que seul compte l'objectif final, «la libération de l'Irak», a rapporté l'AFP après une conférence de presse tenue au quartier général américain au Qatar, hier.
Même ton du côté du Pentagone, où le numéro deux du département de la Défense, Paul Wolfowitz, a affirmé hier ne pas avoir sous-estimé «la résistance» militaire des Irakiens mais plutôt «la volonté du régime [de Saddam Hussein] de commettre des crimes de guerre».
Dans ce contexte, la libération de l'Irak ne semble plus être pour demain. La prédiction faite par le vice-président américain Dick Cheney à la mi-mars ne se réalisera donc pas, et la guerre, anticipée comme devant être «relativement rapide, une question de semaines, pas de mois», disait-il à l'époque, s'annonce désormais, selon la Maison-Blanche, «plus longue et plus dangereuse».
C'est du moins le message que voulait envoyer hier l'administration Bush, visiblement irritée par les interrogations des médias américains sur la longueur du conflit. «Le président pense que la guerre fait des progrès, qu'elle est sur les rails, et il est très satisfait», a déclaré Ari Fleischer, porte-parole de la Maison-Blanche.
Sur le terrain, la capitale irakienne a de nouveau essuyé des raids aériens hier, parmi les plus intenses depuis le début de la guerre. Pour la première fois, des bombes géantes perforantes auraient d'ailleurs été utilisées, a indiqué l'agence de presse Reuters. Au sol, les troupes américaines et britanniques, elles, ont plutôt marqué une pause dans leur avancée sur la capitale irakienne, aux prises avec des problèmes de ravitaillement ou avec la résistance irakienne.
Les unités de la troisième division d'infanterie, dont l'avant-garde se trouvait encore à 80 kilomètres au sud de Bagdad jeudi soir, ont dû faire face à une forte résistance près de Najaf. Plus à l'est, les unités de Marines, quant à elles, tentaient de se regrouper pour se ravitailler. À Bassora, les combats entre Britanniques et miliciens irakiens se sont encore poursuivis hier. Huit civils ont été blessés lorsqu'ils ont tenté de quitter la ville, selon la journaliste de l'AFP qui se trouvait sur place.
Reste que le Pentagone est en colère contre la Syrie et l'Iran, que le secrétaire américain à la Défense, Donald Rumsfeld, a accusés hier de mettre des bâtons dans les chenilles des blindés américains. Damas et Téhéran sont en effet tenus responsables par les États-Unis d'entraver le bon déroulement de la guerre en encourageant la résistance. Comment? Par l'introduction sur le territoire irakien, via leurs frontières communes, de matériel militaire, notamment des lunettes de vision nocturne, a précisé sans plus de détails Donald Rumsfeld tout en ajoutant que «ces livraisons représentent une menace directe pour la vie des soldats de la coalition. Nous considérons ces mouvements comme des actes hostiles et nous en tiendrons le gouvernement syrien responsable».
Le gouvernement syrien a d'ailleurs très vite démenti ces accusations au moyen d'un communiqué affirmant que «ce que Donald Rumsfeld dit au sujet du transport d'équipement de la Syrie à l'Irak est une tentative visant à détourner l'attention de ce que ses forces ont commis contre des civils en Irak», a déclaré le ministre syrien des Affaires étrangères.
Si Washington essayait, selon Damas, d'éloigner les regards des «dommages collatéraux» qu'il provoque, Londres tentait plutôt hier d'amoindrir un brin les dimensions humaines du conflit. En effet, en conférence de presse, le chef d'état-major de l'armée de terre britannique, Michael Jackson — aucun lien de parenté avec le chanteur du même nom —, a exhorté les journalistes de cesser de harceler les familles des militaires et des victimes, histoire, probablement, de concentrer les énergies médiatiques sur les aspects techniques et stratégiques de la guerre plutôt que sur les impacts de celle-ci sur les êtres humains qui y prennent part.
Des impacts que les deux côtés de la coalition préfèrent ne pas trop médiatiser. À preuve: 18 dépouilles de soldats américains ont été rapatriées dans la plus grande discrétion sur la base aérienne de Dover, au Delaware, a révélé l'AFP hier. C'était mardi et jeudi, selon l'agence, et les caméras de télévision n'y étaient pas.
Quatre-vingt-dix mille soldats sont actuellement sur le territoire irakien, a précisé jeudi le Pentagone en réponse aux critiques de généraux à la retraite qui trouvent insuffisantes les troupes terrestres engagées dans le conflit. Pour faire face à la musique, dont la sonorité semble déranger plusieurs stratèges, Washington compte désormais sur l'arrivée échelonnée dans la région de 120 000 soldats frais. À commencer par les hommes de la quatrième division d'infanterie, attendue avec ses blindés pour renforcer les troupes de la coalition, qui ont quitté Fort Hood, au Texas, jeudi. Toutefois, il faudra attendre «plusieurs semaines», a précisé hier le colonel Lapan, avant que cette unité, une fois sur place, ne soit opérationnelle. Le décor d'une guerre qui devrait «durer le temps qu'il faudra», dixit George W. Bush, est donc vraiment posé.
Avec Reuters, l'Agence France-Presse et Associated Press
Le «choc et la stupeur» semblent en effet s'être retournés contre les expéditeurs du message, à en croire la centaine de journalistes «incorporés» dans des unités sur le terrain. Leur constat: depuis le début des combats, les troupes américaines et britanniques vont de surprise en surprise face à la résistance irakienne, visiblement non indiquée au programme des activités, tout comme face aux nombreux problèmes de ravitaillement, qui auraient laissé certaines unités isolées et sans eau potable.
Hier, un officier américain de haut rang a dû le reconnaître: la guerre est loin de se dérouler comme prévu. «L'ennemi contre lequel nous nous battons est différent de celui contre lequel nous nous sommes préparés», a reconnu le général William Wallace, commandant des forces terrestres en Irak, dans une entrevue accordée au Washington Post. Conséquence: les militaires peinent à contenir les tactiques irakiennes de guérilla et mettent en danger les lignes d'approvisionnement en laissant des poches de «résistance ennemies» sur leurs arrières.
N'empêche, tout semble toujours aller pour le mieux dans le meilleur des mondes pour le Pentagone et le commandement central (Centcom) qui, hier, n'ont aucunement confirmé les déclarations du général Wallace. Longuement interrogé par les journalistes au sujet de cette résistance irakienne sous-estimée, le général Vincent Brooks, porte-parole du Centcom, a préféré maintenir la ligne officielle et multiplier les formules laconiques, affirmant que les plans de bataille sont «adaptables» et que seul compte l'objectif final, «la libération de l'Irak», a rapporté l'AFP après une conférence de presse tenue au quartier général américain au Qatar, hier.
Même ton du côté du Pentagone, où le numéro deux du département de la Défense, Paul Wolfowitz, a affirmé hier ne pas avoir sous-estimé «la résistance» militaire des Irakiens mais plutôt «la volonté du régime [de Saddam Hussein] de commettre des crimes de guerre».
Dans ce contexte, la libération de l'Irak ne semble plus être pour demain. La prédiction faite par le vice-président américain Dick Cheney à la mi-mars ne se réalisera donc pas, et la guerre, anticipée comme devant être «relativement rapide, une question de semaines, pas de mois», disait-il à l'époque, s'annonce désormais, selon la Maison-Blanche, «plus longue et plus dangereuse».
C'est du moins le message que voulait envoyer hier l'administration Bush, visiblement irritée par les interrogations des médias américains sur la longueur du conflit. «Le président pense que la guerre fait des progrès, qu'elle est sur les rails, et il est très satisfait», a déclaré Ari Fleischer, porte-parole de la Maison-Blanche.
Sur le terrain, la capitale irakienne a de nouveau essuyé des raids aériens hier, parmi les plus intenses depuis le début de la guerre. Pour la première fois, des bombes géantes perforantes auraient d'ailleurs été utilisées, a indiqué l'agence de presse Reuters. Au sol, les troupes américaines et britanniques, elles, ont plutôt marqué une pause dans leur avancée sur la capitale irakienne, aux prises avec des problèmes de ravitaillement ou avec la résistance irakienne.
Les unités de la troisième division d'infanterie, dont l'avant-garde se trouvait encore à 80 kilomètres au sud de Bagdad jeudi soir, ont dû faire face à une forte résistance près de Najaf. Plus à l'est, les unités de Marines, quant à elles, tentaient de se regrouper pour se ravitailler. À Bassora, les combats entre Britanniques et miliciens irakiens se sont encore poursuivis hier. Huit civils ont été blessés lorsqu'ils ont tenté de quitter la ville, selon la journaliste de l'AFP qui se trouvait sur place.
Reste que le Pentagone est en colère contre la Syrie et l'Iran, que le secrétaire américain à la Défense, Donald Rumsfeld, a accusés hier de mettre des bâtons dans les chenilles des blindés américains. Damas et Téhéran sont en effet tenus responsables par les États-Unis d'entraver le bon déroulement de la guerre en encourageant la résistance. Comment? Par l'introduction sur le territoire irakien, via leurs frontières communes, de matériel militaire, notamment des lunettes de vision nocturne, a précisé sans plus de détails Donald Rumsfeld tout en ajoutant que «ces livraisons représentent une menace directe pour la vie des soldats de la coalition. Nous considérons ces mouvements comme des actes hostiles et nous en tiendrons le gouvernement syrien responsable».
Le gouvernement syrien a d'ailleurs très vite démenti ces accusations au moyen d'un communiqué affirmant que «ce que Donald Rumsfeld dit au sujet du transport d'équipement de la Syrie à l'Irak est une tentative visant à détourner l'attention de ce que ses forces ont commis contre des civils en Irak», a déclaré le ministre syrien des Affaires étrangères.
Si Washington essayait, selon Damas, d'éloigner les regards des «dommages collatéraux» qu'il provoque, Londres tentait plutôt hier d'amoindrir un brin les dimensions humaines du conflit. En effet, en conférence de presse, le chef d'état-major de l'armée de terre britannique, Michael Jackson — aucun lien de parenté avec le chanteur du même nom —, a exhorté les journalistes de cesser de harceler les familles des militaires et des victimes, histoire, probablement, de concentrer les énergies médiatiques sur les aspects techniques et stratégiques de la guerre plutôt que sur les impacts de celle-ci sur les êtres humains qui y prennent part.
Des impacts que les deux côtés de la coalition préfèrent ne pas trop médiatiser. À preuve: 18 dépouilles de soldats américains ont été rapatriées dans la plus grande discrétion sur la base aérienne de Dover, au Delaware, a révélé l'AFP hier. C'était mardi et jeudi, selon l'agence, et les caméras de télévision n'y étaient pas.
Quatre-vingt-dix mille soldats sont actuellement sur le territoire irakien, a précisé jeudi le Pentagone en réponse aux critiques de généraux à la retraite qui trouvent insuffisantes les troupes terrestres engagées dans le conflit. Pour faire face à la musique, dont la sonorité semble déranger plusieurs stratèges, Washington compte désormais sur l'arrivée échelonnée dans la région de 120 000 soldats frais. À commencer par les hommes de la quatrième division d'infanterie, attendue avec ses blindés pour renforcer les troupes de la coalition, qui ont quitté Fort Hood, au Texas, jeudi. Toutefois, il faudra attendre «plusieurs semaines», a précisé hier le colonel Lapan, avant que cette unité, une fois sur place, ne soit opérationnelle. Le décor d'une guerre qui devrait «durer le temps qu'il faudra», dixit George W. Bush, est donc vraiment posé.
Avec Reuters, l'Agence France-Presse et Associated Press
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