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Le contrat moral de l'UdeM

Collectif d'auteurs  25 mars 2009 
Nous avons sursauté en lisant dans Le Devoir du 11 mars 2009, sous la plume du recteur de l'Université de Montréal, M. Luc Vinet, que la conservation d'un joyau du patrimoine montréalais comme l'ancienne maison-mère des soeurs des Saints Noms de Jésus et de Marie (SNJM) serait «beaucoup mieux» assurée par un promoteur privé que par l'Université!

N'est-ce pas une fonction que doivent assumer les gestionnaires à qui nous confions nos biens publics? Et comment peut-on qualifier un tel bâtiment de «vétuste» alors qu'il a été construit en 1925, qu'il a très bien été entretenu par les religieuses et qu'il a été dessiné par les mêmes architectes que ceux de l'Oratoire Saint-Joseph, qui demeure en excellent état?

En fait, il apparaît surréaliste que des citoyens et des professeurs doivent se mobiliser pour dénoncer la décision de leur Université de céder à un promoteur immobilier le pavillon du 1420, boulevard Mont-Royal. La longue lettre de l'actuel recteur pour tenter de justifier ce geste appelle ainsi de nombreux commentaires et rectificatifs.

Une vocation éducative à conserver

Rappelons, nous aussi, quelques faits. En septembre 2003, l'Université de Montréal acquiert la maison-mère des SNJM à prix de faveur. Les religieuses sont alors convaincues qu'avec un tel acheteur, leur mission d'enseignement s'y poursuivra. Comme l'affirmait le vice-recteur exécutif adjoint de l'époque, M. Jacques Gravel, la congrégation a préféré l'offre de l'Université à d'autres, supérieures, afin de conserver la vocation éducative de l'établissement.

Puis, subitement, on affirme que les coûts de réaménagement de la maison-mère «explosent». Les travaux entamés sont alors interrompus. Cela coïncide avec l'achat de la gare de triage d'Outremont par l'Université, qui souhaite y créer un deuxième campus (30 mars 2006). Cependant, le budget éventuel pour l'acquisition et la décontamination du terrain, les coûts de construction reliés au second campus, tout cela reste flou... De plus, contrairement à ce qu'elle a fait pour d'autres pavillons en construction (Bombardier et Jean Coutu), l'Université n'a même pas envisagé une stratégie plus lente, par étapes, pour faire face aux coûts de rénovation tout à coup devenus excessifs. Sa seule décision: vendre à tout prix!

Pour que le Groupe Catania puisse se porter acquéreur du bâtiment, il faudra changer le zonage puisque le 1420, Mont-Royal fait partie de l'arrondissement historique et naturel du Mont-Royal, tel que décrété par le gouvernement du Québec. L'Université est prête à laisser aller ce joyau patrimonial, son orgue Casavant, sa magnifique chapelle dont profitent actuellement des étudiants de la faculté de musique.

Soit dit en passant, il est faux de prétendre que le public sera toujours le bienvenu dans cette dernière. Elle fera partie du domaine réservé des condominiums de luxe à l'usage exclusif de leurs propriétaires. Cette information nous a été confirmée par le directeur de l'arrondissement d'Outremont.

Nous nous étonnons de même que monsieur le recteur passe sous silence l'un des devoirs de l'Université, qui est de préserver notre patrimoine culturel. Cet héritage dont une architecture se fait le support va bien au-delà de l'enveloppe physique puisqu'il a trait à l'âme de l'institution. Cette âme, cet esprit relèvent de la fonction et des usagers qui les reprennent et les perpétuent. M. Vinet ne fait aucune allusion à ce contrat moral envers nous et envers les religieuses avec lesquelles l'Université a traité.

Nous continuons à nous opposer fermement à cette transaction qui transformerait en bien exclusif ce bien public construit grâce à nos subventions et donations, grâce aux efforts d'une communauté de femmes pour le bien de la collectivité. Nous nous opposons non moins fermement au changement de vocation de la maison-mère, qui doit demeurer un témoin vivant de notre héritage à tous.

L'édifice est là, sur le campus de l'Université, en continuité naturelle avec la faculté de musique et la salle Claude-Champagne; il représente au-delà de 20 000 m2 des 40 000 m2 dont l'Université dit avoir besoin à court terme. L'École de santé publique qui occupait des espaces avant la désormais triste décision pourrait y retourner à brève échéance et faire revivre l'institution.

Nous en appelons donc aux pouvoirs publics, le conseil municipal de Montréal et le ministère de la Culture du Québec, pour bloquer ce projet de vente et aider l'Université de Montréal à préserver ce patrimoine que nous avons en partage.
 
 
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