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La plus grande opération humanitaire de l'histoire

Manon Cornellier   27 mars 2003 
Photo : Agence Reuters
Ottawa - Le Canada a mis 100 millions de dollars à la disposition des organisations multilatérales qui se préparent à venir au secours de la population irakienne. L'annonce canadienne coïncide avec la mise en branle à l'échelle internationale de ce qui pourrait, selon certains, être la plus grande opération humanitaire de l'histoire.

La ministre de la Coopération internationale, Suzan Whelan, a précisé que 20 millions de dollars ont été immédiatement accordés aux organismes des Nations unies, à la Croix-Rouge et à Care Canada pour la fourniture de nourriture, d'eau potable, d'abris et de soins de santé.

Le Haut-Commissariat pour les réfugiés et l'UNICEF recevront, entre autres, chacun quatre millions, le Programme alimentaire mondial (PAM), 6,3 millions, et la Croix-Rouge internationale, 3,5 millions.

Ottawa attend de connaître l'importance du prochain appel des Nations unies avant de distribuer les 80 millions restants. Ce nouvel appel est attendu dans les prochaines heures. Il s'ajoutera à celui de 123 millions fait en décembre pour financer la planification des secours. Le Canada avait alors versé 5,6 millions.

«Cet argent, a tenu à préciser Mme Whelan, n'est pas pour la reconstruction mais pour l'assistance humanitaire. On s'occupera de la reconstruction dans les prochains jours.» L'effort financier consenti, qui représente 3,5 % du budget d'aide au développement du Canada pour 2003-04, pourrait donc s'accroître.

L'annonce d'hier a plu aux partis d'opposition, mais bloquistes, néo-démocrates et conservateurs voudraient avoir l'assurance que les Nations unies seront responsables de l'ensemble de l'aide et de la reconstruction et non le Pentagone ou les agences américaines. «Espérons que ce sera vraiment fait sous l'égide des Nations unies une fois la guerre terminée et non pas sous un protectorat américain. Il faut maintenir cette pression nécessaire et affirmer que ce sera dans le cadre des Nations unies», a déclaré le chef bloquiste Gilles Duceppe.

«Notre ambassadeur [aux Nations unies] travaille à s'assurer que l'aide et la reconstruction se fassent sur une base multilatérale», a répondu le premier ministre Jean Chrétien aux Communes. Une source proche du dossier disait savoir que l'ambassadeur Paul Heinbecker participait à toutes les discussions à ce sujet aux Nations unies, mais personne ne fait état, pour le moment, d'une proposition canadienne particulière.

L'aide d'urgence à l'Irak devait faire l'objet de discussions hier entre le premier ministre britannique, Tony Blair, qui favorise la voie onusienne, et le président américain George W. Bush. Les deux hommes doivent poursuivre leur rencontre aujourd'hui à Camp David.

La réponse doit venir vite car la tâche s'annonce urgente et colossale. «Ce qui nous attend, c'est d'avoir à nourrir 27 millions de personnes. Soit la totalité de la population irakienne, a expliqué à Reuters Trevor Rowe, le principal porte-parole du PAM. Aussi envisageons-nous un énorme programme, probablement le plus important de l'histoire de l'aide humanitaire», a-t-il ajouté. Selon lui, l'opération pourrait coûter «plus d'un milliard de dollars».

Jusqu'à la veille du déclenchement des hostilités, les Nations unies soutenaient, grâce au programme «Pétrole contre nourriture», la distribution de rations alimentaires. Environ 16 des 23 millions d'Irakiens en dépendaient pour leur survie. Ce programme a été interrompu après que l'ONU eut ordonné à son personnel de quitter l'Irak. Selon le secrétaire général Kofi Annan, il faudrait une nouvelle résolution du Conseil de sécurité pour relancer le programme. Il s'est dit confiant hier d'y parvenir.

Entre temps, l'aide a commencé à atteindre le sud de l'Irak. Sept camions envoyés par le Koweït et chargés de vivres et d'eau potable ont atteint Oum Kasr, un port qui a été la scène de plusieurs jours de combats. Cette aide sera distribuée par les Marines américains.

Un navire britannique est attendu d'ici 48 heures avec 231 tonnes de vivres, de médicaments, de couvertures et d'eau potable. Quant aux États-Unis, ils ont annoncé l'envoi par mer, mardi prochain, de 50 000 tonnes de blé. Il faudra environ un mois à la cargaison pour arriver à destination.

L'approvisionnement en eau potable demeure la priorité un peu partout, et en particulier à Bassora, la deuxième ville du pays. Environ 1,2 million de personnes y sont privées d'eau potable depuis que les stations de pompage ont été endommagées par les combats ou paralysées par les coupures de courant. Lundi, Kofi Annan disait craindre un «désastre humanitaire» et demandait la prise de mesures d'urgence.

Hier, une haute responsable américaine, Wendy Chamberlin, de l'Agence pour le développement international (USAID), a indiqué devant une commission du Congrès que le problème restait effectivement celui de l'eau potable et que les forces américaines auraient à porter secours aux populations civiles avant la fin de la guerre.

Le Comité international de la Croix-Rouge a indiqué que ses ingénieurs se sont affairés à rétablir l'approvisionnement à Bassora et y étaient partiellement parvenus en remettant en fonction la station principale.

Des cargaisons d'équipements médicaux en provenance du territoire jordanien sont également en route vers Bagdad et les organisations humanitaires espèrent que ce geste marquera le début d'un lien terrestre vers la capitale irakienne passant à l'ouest via le désert. Les problèmes de sécurité sur cette route, cible des bombardements américano-britanniques, avaient jusque-là freiné le départ des convois des ONG.

Médecins sans frontières (MSF) a indiqué avoir finalement envoyé dix tonnes d'équipements médicaux, d'eau et de générateurs avant l'aube après en avoir avisé les autorités militaires irakiennes et américaines. Les camions étaient couverts de banderoles indiquant que les convois transportaient du matériel destiné à l'aide humanitaire.

Avec Reuters et AFP
 
 
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