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La relance économique est-elle vraiment sexiste ?

Daniel Charron - Les auteurs sont respectivement vice-président, Recherche et planification stratégique, et associé principal chez Octane  20 mars 2009 
Le Conseil du statut de la femme déplorait cette semaine que les investissements massifs du gouvernement du Québec dans les infrastructures, en réponse à la crise, favorisent indûment la main-d'oeuvre masculine. Selon le Conseil, ces investissements sont même contraires à l'engagement gouvernemental pour l'égalité entre les femmes et les hommes.

Or, en tout respect du rôle actuel et historique du Conseil du statut de la femme, cette dernière intervention ressemble bien plus à une initiative de façade qu'à une proposition qui tienne compte des véritables effets de la crise. Les investissements «sexistes» du gouvernement répondent en effet à une triste réalité, celle des impacts «sexistes» de la crise.

La prise de position du Conseil du statut de la femme, aussi légitime soit-elle, néglige un aspect important de la situation économique actuelle, soit le fait que les pertes d'emplois des derniers mois au Québec concernent essentiellement les hommes.

Entre février 2008 et février 2009, l'Institut de la statistique du Québec constate en effet la perte de 63 900 emplois au sein de la main-d'oeuvre masculine, alors qu'il enregistre un gain de 1400 emplois au sein de la main-d'oeuvre féminine. D'un point de vue strictement quantitatif, la crise provoque un déséquilibre évident.

Le même phénomène s'observe également lorsqu'on examine le taux de chômage, le taux d'emploi et le taux d'activité. En un an, le taux de chômage a progressé beaucoup plus rapidement chez les hommes (ce taux est actuellement à 11 %) que chez les femmes (6,8 %). De même, les diminutions du taux d'emploi et du taux d'activité ont été plus grandes chez les hommes que chez les femmes. Les écarts hommes-femmes demeurent, mais ont beaucoup rétréci, en raison des pertes d'emplois concentrées chez les hommes.

À la lumière de ces constats, les actions envisagées actuellement par le gouvernement en faveur de la relance de l'économie et de l'emploi peuvent faire l'objet de critiques, mais pas en raison du déséquilibre entre les genres. Le Conseil a d'ailleurs abordé une piste très intéressante en soulignant le potentiel de relance que représentent des dépenses accrues dans les domaines de l'éducation et de la santé. Il demeure toutefois incontestable que des investissements massifs dans les infrastructures sont nécessaires et susceptibles de générer des emplois dans les autres secteurs économiques (bénéficiant aux travailleurs des deux sexes).

Pour tout le monde

Beaucoup de chemin reste encore à faire concernant l'égalité entre les hommes et les femmes, sur la question des salaires, par exemple, ou de la présence des femmes sur le marché du travail en général et dans certains secteurs en particulier (construction, sciences, etc.).

Parallèlement, dans le contexte particulier de la crise économique actuelle et compte tenu de ses impacts, le consensus quant à la nécessité d'agir pour se sortir de la crise est indéniable.

Ce consensus national et international pour une intervention directe et immédiate en faveur de la création d'emplois ne saurait être vu comme une remise en cause du principe fondamental de l'égalité entre les sexes, à plus forte raison de l'engagement de notre société pour l'égalité entre les femmes et les hommes. Au contraire, la poursuite de cet objectif fondamental réside plutôt dans notre capacité de nous mobiliser rapidement pour remettre à l'emploi les Québécoises et les Québécois et générer une relance qui stimulera l'ensemble des secteurs de notre économie.
 
 
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