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Les émois de la rue arabe

Serge Truffaut   26 mars 2003 
La rue arabe est à vif. Pour preuve, on retiendra cette manifestation contre l'offensive anglo-américaine dans la capitale égyptienne, qui s'est avérée la plus imposante des protestations observées depuis 25 ans dans ce pays. Que des milliers de personnes aient bravé les forces de l'ordre au service d'un gouvernement qui a réduit la liberté d'expression à l'épaisseur d'une feuille de papier à cigarette en dit long sur l'humeur combative de la rue en question.

Restons en Égypte pour souligner que le président Hosni Moubarak a accordé aux militaires américains une permission susceptible d'aiguiser davantage les ardeurs contestataires des opposants à l'intervention commandée par le président Bush. De quoi s'agit-il? Faute de pouvoir amorcer une campagne terrestre à partir de la Turquie, l'état-major américain a été dans l'obligation d'effectuer un redéploiement de troupes obligeant un détour par le canal de Suez.

Au Maroc et en Tunisie, l'inquiétude des gouvernements est d'autant plus vive ces jours-ci que ces pays ne se sont pas encore remis des conséquences économiques afférentes à la première guerre du Golfe. Ces deux pays du Maghreb craignent que la présente campagne n'encourage vivement la contestation, en plus de gommer les importants revenus qu'ils tirent année après année de l'industrie touristique. Pour ce qui est du troisième pays de la région, l'Algérie, on s'attend à ce que les intégristes multiplient leurs actions antigouvernementales dans les mois qui viennent.

En ce qui concerne les nations du golfe Persique, la situation devrait demeurer sous contrôle partout, sauf au sein de la plus imposante, de la plus influente d'entre elles, soit, évidemment, l'Arabie Saoudite. Il est de notoriété publique que depuis les attentats du 11 septembre 2001, l'administration Bush cultive la méfiance, voire la rancoeur, à l'endroit des féodaux qui dirigent ce pays. Ajoutons à cela que près du quart de la population de ce pays extrêmement riche est au chômage, que la dette publique a atteint la zone de tous les dangers, que le pouvoir d'achat des classes moyennes a été amputé du tiers au cours des dix dernières années et, surtout, que les fondamentalistes rêvent de renverser la maison des Saoud. En un mot, le cocktail est explosif.

Il est fort probable que la dynamique induite par la guerre de l'Irak va passablement exacerber les oppositions entre les gouvernements et la société civile au cours des prochains mois.






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