Libre opinion: Quelle hypocrisie!
Isabelle Gélinas - Bachelière en droit
26 mars 2003
Doit-on ou non montrer des images de prisonniers de guerre comme l'ont fait les réseaux al-Jazira, Radio-Canada, la BBC et autres, un peu partout à travers le monde, exception faite des réseaux états-uniens, qui ont cessé leur diffusion à la suite des récriminations des dirigeants de l'équipe Bush?
Les États-Uniens vous répondront d'un non catégorique s'ils sont de l'administration Bush: il s'agit d'une contravention à la Convention de Genève sur les prisonniers de guerre. La réponse sera toujours un non, bien qu'un peu plus nuancé, par certains acteurs des médias. À preuve, Edward Cody, directeur adjoint du secteur étranger du Washington Post, interrogé à ce sujet par René Homier-Roy lundi matin, affirmait qu'il n'est pas acceptable de diffuser de telles images par égard aux familles des victimes, qui devraient être averties avant le reste du monde du décès ou de la capture d'un de leurs proches.
Bien que ces images soient horribles en soi — et c'est sans doute pourquoi l'administration Bush tente d'imposer un interdit de diffusion —, peut-on vraiment, honnêtement et sérieusement, se plaindre au nom du droit international de ce qu'elles soient vues par Mme et M. Tout-le-monde? Même en ce qui a trait au respect des familles, on ne peut pas dire que nos voisins du Sud se soient embarrassés de cette question lors de leurs dernières interventions en Afghanistan ainsi qu'en Irak. Vous vous souvenez des images de CNN montrant ces prisonniers de guerres talibans, blessés, installés dans une baraque les uns contre les autres, le visage bien à la vue des caméras?
Question, M. le président: aviez-vous pris soin d'avertir les familles avant d'autoriser les caméras de CNN et de Fox News à filmer ces hommes? De même, lorsque vous les avez emmenés, enchaînés, un sac sur la tête, dans des cages sur votre base militaire de Guantanamo, les privant de tous leurs droits, n'était-ce pas là de la propagande contraire à la Convention de Genève (pour alléger mon propos, je passerai outre au fait que cette incarcération même est contraire au droit international), ce que vous reprochez actuellement au réseau arabe al-Jazira? Mais plus récemment, cet Irakien qu'on a vu s'agenouiller maintes et maintes fois sur tous les réseaux, ne subissaient-ils pas une humiliation? Ces hommes entourés de barbelés dans le désert, ne devraient-ils pas, eux aussi, être protégés par la Convention de Genève?
La réponse devrait être évidente. Cependant, c'est en temps de guerre, lorsque les médias sont bottes à bottes avec les militaires, que le vieux proverbe «toute vérité n'est pas bonne à dire» semble prendre tout son sens. Les images d'Irakiens s'agenouillant ou s'accroupissant dans un carré de sable barbelé font du bien au moral des États-Uniens, les réconfortent dans leur volonté de croire que cette guerre est légitime, légale et nécessaire. Les images de soldats se rendant aux troupes de la «coalition» soulagent l'âme et convainquent que cette guerre, somme toute, sera courte et proprette.
«Mais pourquoi ne se rendent-ils pas?», s'interroge un commandant de l'armée, Mark Hildenbrand. Oui, en effet! Serait-ce, par le plus grand des hasards, parce qu'ils n'apprécient pas la présence de troupes étrangères sur leur terre? Impossible, voyons: ne détestent-ils pas Saddam Hussein? Soit, ils détestent et craignent sans doute Saddam Hussein, mais ils détestent probablement encore plus les États-Uniens et cette ingérence arrogante organisée de long feu par George W. Bush.
Et peut-être ne se rendent-ils pas, en partie, parce qu'ils refusent de faire partie des images de propagande qui seront diffusées ad nauseam sur les chaînes occidentales. Car il n'y a aucun doute que c'est ce qui se passera chaque fois qu'un soldat irakien baissera les armes. Peut-être ont-ils aussi en mémoire le traitement subi par les derniers prisonniers qu'ont faits les États-Unis, qui croupissent encore à Guantanamo, où le taux de tentatives de suicide ne cesse d'augmenter.
Toutes ces images font partie des horreurs qu'entraîne une guerre. En se lançant dans une agression contre le régime irakien, George W. Bush ne pouvait penser qu'elle serait sans incidence sur ses soldats. Il ne pouvait s'attendre à ce que l'ennemi déclaré ne se défende pas. Et si, d'un côté, certaines images sont autorisées et même appréciées, toutes les images de la guerre devraient être montrées, à tous, aussi terribles soient-elles, et justement parce qu'elles sont terribles et aident à comprendre, du fond de son salon, ce qu'est la guerre.
Mais la plus grande hypocrisie de toute cette affaire est bien au delà du débat sur ces prisonniers états-uniens, avec lesquels je compatis, tout autant que je compatis avec les prisonniers de guerre talibans et irakiens. Comment un pays qui a transgressé le droit international, qui a défié le Conseil de sécurité des Nations unies, peut-il demander à ce que le droit international s'applique à ses ressortissants alors qu'il envahit un pays «pour des raisons fictives», comme l'a si bien dit Michael Moore à la soirée des Oscars?
Un mal contre un mal ne le transforme pas en bien, mais l'arrogance de l'administration Bush à l'endroit du droit international devrait lui interdire d'en appeler à ce même droit lorsque celui-ci fait enfin son affaire.
Les États-Uniens vous répondront d'un non catégorique s'ils sont de l'administration Bush: il s'agit d'une contravention à la Convention de Genève sur les prisonniers de guerre. La réponse sera toujours un non, bien qu'un peu plus nuancé, par certains acteurs des médias. À preuve, Edward Cody, directeur adjoint du secteur étranger du Washington Post, interrogé à ce sujet par René Homier-Roy lundi matin, affirmait qu'il n'est pas acceptable de diffuser de telles images par égard aux familles des victimes, qui devraient être averties avant le reste du monde du décès ou de la capture d'un de leurs proches.
Bien que ces images soient horribles en soi — et c'est sans doute pourquoi l'administration Bush tente d'imposer un interdit de diffusion —, peut-on vraiment, honnêtement et sérieusement, se plaindre au nom du droit international de ce qu'elles soient vues par Mme et M. Tout-le-monde? Même en ce qui a trait au respect des familles, on ne peut pas dire que nos voisins du Sud se soient embarrassés de cette question lors de leurs dernières interventions en Afghanistan ainsi qu'en Irak. Vous vous souvenez des images de CNN montrant ces prisonniers de guerres talibans, blessés, installés dans une baraque les uns contre les autres, le visage bien à la vue des caméras?
Question, M. le président: aviez-vous pris soin d'avertir les familles avant d'autoriser les caméras de CNN et de Fox News à filmer ces hommes? De même, lorsque vous les avez emmenés, enchaînés, un sac sur la tête, dans des cages sur votre base militaire de Guantanamo, les privant de tous leurs droits, n'était-ce pas là de la propagande contraire à la Convention de Genève (pour alléger mon propos, je passerai outre au fait que cette incarcération même est contraire au droit international), ce que vous reprochez actuellement au réseau arabe al-Jazira? Mais plus récemment, cet Irakien qu'on a vu s'agenouiller maintes et maintes fois sur tous les réseaux, ne subissaient-ils pas une humiliation? Ces hommes entourés de barbelés dans le désert, ne devraient-ils pas, eux aussi, être protégés par la Convention de Genève?
La réponse devrait être évidente. Cependant, c'est en temps de guerre, lorsque les médias sont bottes à bottes avec les militaires, que le vieux proverbe «toute vérité n'est pas bonne à dire» semble prendre tout son sens. Les images d'Irakiens s'agenouillant ou s'accroupissant dans un carré de sable barbelé font du bien au moral des États-Uniens, les réconfortent dans leur volonté de croire que cette guerre est légitime, légale et nécessaire. Les images de soldats se rendant aux troupes de la «coalition» soulagent l'âme et convainquent que cette guerre, somme toute, sera courte et proprette.
«Mais pourquoi ne se rendent-ils pas?», s'interroge un commandant de l'armée, Mark Hildenbrand. Oui, en effet! Serait-ce, par le plus grand des hasards, parce qu'ils n'apprécient pas la présence de troupes étrangères sur leur terre? Impossible, voyons: ne détestent-ils pas Saddam Hussein? Soit, ils détestent et craignent sans doute Saddam Hussein, mais ils détestent probablement encore plus les États-Uniens et cette ingérence arrogante organisée de long feu par George W. Bush.
Et peut-être ne se rendent-ils pas, en partie, parce qu'ils refusent de faire partie des images de propagande qui seront diffusées ad nauseam sur les chaînes occidentales. Car il n'y a aucun doute que c'est ce qui se passera chaque fois qu'un soldat irakien baissera les armes. Peut-être ont-ils aussi en mémoire le traitement subi par les derniers prisonniers qu'ont faits les États-Unis, qui croupissent encore à Guantanamo, où le taux de tentatives de suicide ne cesse d'augmenter.
Toutes ces images font partie des horreurs qu'entraîne une guerre. En se lançant dans une agression contre le régime irakien, George W. Bush ne pouvait penser qu'elle serait sans incidence sur ses soldats. Il ne pouvait s'attendre à ce que l'ennemi déclaré ne se défende pas. Et si, d'un côté, certaines images sont autorisées et même appréciées, toutes les images de la guerre devraient être montrées, à tous, aussi terribles soient-elles, et justement parce qu'elles sont terribles et aident à comprendre, du fond de son salon, ce qu'est la guerre.
Mais la plus grande hypocrisie de toute cette affaire est bien au delà du débat sur ces prisonniers états-uniens, avec lesquels je compatis, tout autant que je compatis avec les prisonniers de guerre talibans et irakiens. Comment un pays qui a transgressé le droit international, qui a défié le Conseil de sécurité des Nations unies, peut-il demander à ce que le droit international s'applique à ses ressortissants alors qu'il envahit un pays «pour des raisons fictives», comme l'a si bien dit Michael Moore à la soirée des Oscars?
Un mal contre un mal ne le transforme pas en bien, mais l'arrogance de l'administration Bush à l'endroit du droit international devrait lui interdire d'en appeler à ce même droit lorsque celui-ci fait enfin son affaire.
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