Décolonisation intérieure
Le changement est l'un des thèmes clés de la campagne électorale en cours. Or l'appui manifesté par le grand chef du Grand Conseil des Cris du Québec, Ted Moses, à son «ami» et son «frère» Bernard Landry nous rappelle que le gouvernement du Parti québécois a été, au cours des dernières années, un artisan du changement. Et, dans ce cas-ci, ce fut pour le mieux et pour tous.
Le gouvernement du Parti québécois a révolutionné les relations entre l'État du Québec et les nations autochtones. Le cas des Cris est spectaculaire, et on en a fait grand cas, mais que dire de l'apaisement des rapports avec les Mohawks de Kahnawake et les Micmacs de la Gaspésie? Une entente est également survenue pour la création d'un gouvernement autonome inuit dans le nord du nord du Québec.
En outre, les représentants de la majorité des Innus du Saguenay-Lac-Saint-Jean et de la Côte-Nord ont conclu avec les négociateurs désignés par Québec et Ottawa une entente de principe qui, une fois aplanies les difficultés attribuables à l'imprécision des textes, comme l'a recommandé Guy Chevrette dans son rapport de médiation, deviendra sans doute un modèle du genre.
L'entente de principe avec les Innus (que l'on désignait autrefois sous le vocable de Montagnais) rompt avec une perception colonialiste du droit autochtone. Au lieu de chercher à éteindre des droits ancestraux et territoriaux reconnus par la jurisprudence, le Québec (qui semble avoir convaincu Ottawa de le suivre) a plutôt accepté de les reconnaître sur le plan politique en convenant, par voie de négociation, des modalités d'exercice de ces droits.
Nous sommes en train de sortir, mine de rien, d'un cycle infernal de recours stériles et coûteux devant les tribunaux, d'affrontements violents et de discrédit à l'étranger.
La «paix des braves» a le même effet. Cet accord met fin à des années de tension irréductible et aux campagnes de salissage injustes dans lesquelles le Québec était dépeint comme le royaume du racisme et du développement sauvage. La «paix des braves» a rétabli la crédibilité de la Convention de la Baie-James et du Nord québécois, qui, on l'oublie trop facilement, fut, en 1975, le premier traité moderne entre un État et des nations aborigènes.
Ces ententes vont peut-être aussi contribuer à rendre la position des autochtones moins rigide, moins hostile et surtout moins monolithique à l'endroit du projet de souveraineté et, plus largement, du nationalisme québécois. Un politicien a dit un jour: traitez-les comme une faction, ils se comporteront comme une faction. Traitez-les comme une nation, ils se comporteront comme une nation.
Ces effets indéniablement bénéfiques ne sont peut-être pas les plus importants.
Ce qui compte, au premier abord, c'est ce début de décolonisation intérieure auquel l'État du Québec a fini par consentir. Par ces accords, les nations autochtones deviennent politiquement responsables d'un territoire et d'une population. Les Amérindiens accèdent au rang de partenaires dans le développement du Québec en recevant une part des redevances dues pour l'exploitation des ressources naturelles. Ils acceptent de partager la responsabilité de la protection de la faune et de l'environnement. Ils se soumettent volontairement aux chartes des droits.
Dans le cas des Innus, ils conviennent de mettre en place un régime fiscal. Oui, les Amérindiens vont bientôt payer des taxes et des impôts. En fait, les Amérindiens sont souvent si démunis que même s'ils étaient actuellement soumis au régime fiscal québécois et canadien, ils seraient trop pauvres pour payer des impôts, comme 40 % des contribuables québécois. Ces accords vont aider à sortir les autochtones de cette misère. Ceux qui comptabilisent les sommes consacrées par Québec à la lutte contre la pauvreté devraient y ajouter les centaines de millions de dollars de compensations prévues à ces ententes.
Grâce à l'approche commune adoptée pour la négociation avec les Innus, ceux-ci vont devenir propriétaires en propre de territoires et cogestionnaires de plus vastes étendues. C'est un premier pas vers l'abolition des réserves dans lesquelles on les avait confinés. Nous devrions tous avoir honte de ce régime de ségrégation qui a survécu si longtemps. Mais nous devons aussi mesurer avec fierté l'importance du pas que nous sommes en train de franchir. Ce n'est pas qu'un petit changement.
Ces accords ont d'autres mérites. Ils auront des effets positifs sur le développement régional. Ils permettront de reprendre la construction de projets hydroélectriques d'envergure pour subvenir aux besoins du Québec, attirer ici des industries et exporter une énergie plus propre chez nos voisins. Cela rend en outre inutiles les projets de petites centrales qui promettaient de défigurer les cours d'eau du Québec, abandonnés par le gouvernement Landry mais que le Parti libéral s'est engagé à ressusciter.
Certes, ces ententes sont survenues après de nombreuses décisions judiciaires et dans le prolongement de la crise d'Oka de 1990, que personne ne voulait revivre. Il se peut que les libéraux eussent agi de la même façon s'ils avaient exercé le pouvoir. Jean Charest appuie d'ailleurs la politique appliquée par le PQ. Ce n'est pas une raison, toutefois, pour ne pas reconnaître les mérites du gouvernement. Sa réélection est en tout cas une garantie de continuité dans ce domaine où il a été exemplaire. Ted Moses y voit une raison suffisante, en tout cas, pour voter pour lui.
vennem@fides.qc.ca
Michel Venne est directeur de L'Annuaire du Québec chez Fides.
Le gouvernement du Parti québécois a révolutionné les relations entre l'État du Québec et les nations autochtones. Le cas des Cris est spectaculaire, et on en a fait grand cas, mais que dire de l'apaisement des rapports avec les Mohawks de Kahnawake et les Micmacs de la Gaspésie? Une entente est également survenue pour la création d'un gouvernement autonome inuit dans le nord du nord du Québec.
En outre, les représentants de la majorité des Innus du Saguenay-Lac-Saint-Jean et de la Côte-Nord ont conclu avec les négociateurs désignés par Québec et Ottawa une entente de principe qui, une fois aplanies les difficultés attribuables à l'imprécision des textes, comme l'a recommandé Guy Chevrette dans son rapport de médiation, deviendra sans doute un modèle du genre.
L'entente de principe avec les Innus (que l'on désignait autrefois sous le vocable de Montagnais) rompt avec une perception colonialiste du droit autochtone. Au lieu de chercher à éteindre des droits ancestraux et territoriaux reconnus par la jurisprudence, le Québec (qui semble avoir convaincu Ottawa de le suivre) a plutôt accepté de les reconnaître sur le plan politique en convenant, par voie de négociation, des modalités d'exercice de ces droits.
Nous sommes en train de sortir, mine de rien, d'un cycle infernal de recours stériles et coûteux devant les tribunaux, d'affrontements violents et de discrédit à l'étranger.
La «paix des braves» a le même effet. Cet accord met fin à des années de tension irréductible et aux campagnes de salissage injustes dans lesquelles le Québec était dépeint comme le royaume du racisme et du développement sauvage. La «paix des braves» a rétabli la crédibilité de la Convention de la Baie-James et du Nord québécois, qui, on l'oublie trop facilement, fut, en 1975, le premier traité moderne entre un État et des nations aborigènes.
Ces ententes vont peut-être aussi contribuer à rendre la position des autochtones moins rigide, moins hostile et surtout moins monolithique à l'endroit du projet de souveraineté et, plus largement, du nationalisme québécois. Un politicien a dit un jour: traitez-les comme une faction, ils se comporteront comme une faction. Traitez-les comme une nation, ils se comporteront comme une nation.
Ces effets indéniablement bénéfiques ne sont peut-être pas les plus importants.
Ce qui compte, au premier abord, c'est ce début de décolonisation intérieure auquel l'État du Québec a fini par consentir. Par ces accords, les nations autochtones deviennent politiquement responsables d'un territoire et d'une population. Les Amérindiens accèdent au rang de partenaires dans le développement du Québec en recevant une part des redevances dues pour l'exploitation des ressources naturelles. Ils acceptent de partager la responsabilité de la protection de la faune et de l'environnement. Ils se soumettent volontairement aux chartes des droits.
Dans le cas des Innus, ils conviennent de mettre en place un régime fiscal. Oui, les Amérindiens vont bientôt payer des taxes et des impôts. En fait, les Amérindiens sont souvent si démunis que même s'ils étaient actuellement soumis au régime fiscal québécois et canadien, ils seraient trop pauvres pour payer des impôts, comme 40 % des contribuables québécois. Ces accords vont aider à sortir les autochtones de cette misère. Ceux qui comptabilisent les sommes consacrées par Québec à la lutte contre la pauvreté devraient y ajouter les centaines de millions de dollars de compensations prévues à ces ententes.
Grâce à l'approche commune adoptée pour la négociation avec les Innus, ceux-ci vont devenir propriétaires en propre de territoires et cogestionnaires de plus vastes étendues. C'est un premier pas vers l'abolition des réserves dans lesquelles on les avait confinés. Nous devrions tous avoir honte de ce régime de ségrégation qui a survécu si longtemps. Mais nous devons aussi mesurer avec fierté l'importance du pas que nous sommes en train de franchir. Ce n'est pas qu'un petit changement.
Ces accords ont d'autres mérites. Ils auront des effets positifs sur le développement régional. Ils permettront de reprendre la construction de projets hydroélectriques d'envergure pour subvenir aux besoins du Québec, attirer ici des industries et exporter une énergie plus propre chez nos voisins. Cela rend en outre inutiles les projets de petites centrales qui promettaient de défigurer les cours d'eau du Québec, abandonnés par le gouvernement Landry mais que le Parti libéral s'est engagé à ressusciter.
Certes, ces ententes sont survenues après de nombreuses décisions judiciaires et dans le prolongement de la crise d'Oka de 1990, que personne ne voulait revivre. Il se peut que les libéraux eussent agi de la même façon s'ils avaient exercé le pouvoir. Jean Charest appuie d'ailleurs la politique appliquée par le PQ. Ce n'est pas une raison, toutefois, pour ne pas reconnaître les mérites du gouvernement. Sa réélection est en tout cas une garantie de continuité dans ce domaine où il a été exemplaire. Ted Moses y voit une raison suffisante, en tout cas, pour voter pour lui.
vennem@fides.qc.ca
Michel Venne est directeur de L'Annuaire du Québec chez Fides.
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